GRAN­DEUR ET DÉ­CA­DENCE DE L’EM­PIRE

Le loup de Wall Street ∂∂∂∂∂

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

Mar­tin Scor­sese et Leo­nar­do DiCa­prio at­teignent leur cible avec Le loup de Wall Street.

Jor­dan Bel­fort (Leo­nar­do DiCa­prio) est un an­cien cour­tier de Wall Street qui ra­conte son as­cen­sion au som­met, à em­po­cher des mil­lions de dol­lars par an­née, avant de fi­nir en pri­son pour fraude.

L’au­to­bio­gra­phie de Jor­dan Bel­fort, très cy­nique, est une re­cen­sion de faits, tous plus gro­tesques les uns que les autres. Les soi­rées mon­daines – avec une my­riade d’ac­ti­vi­tés in­con­grues, dont le lan­cer de nains qui ouvre le long mé­trage —, des pros­ti­tués, de la co­caïne, des voi­tures de luxe, etc., se suc­cèdent à un rythme fré­né­tique.

Le tour­billon de cette vie sans autre re­père que l’ap­pât du gain est ad­mi­ra­ble­ment ren­du par un Mar­tin Scor­sese au mieux de sa forme, dont on sent toute la ju­bi­la­tion à nous je­ter au mi­lieu du luxe et du ca­pi­ta­lisme à ou­trance. Là où le film Wall Street d’Oli­ver Stone dé­non­çait les rouages d’un sys­tème à bout de souffle, Le loup de Wall Street de Mar­tin Scor­sese agit comme un exor­cisme col­lec­tif, une vé­ri­table cure de dés­in­toxi­ca­tion.

On ne peut que van­ter les mé­rites du scé­na­rio de Te­rence Win­ter ( Board­walk Em­pire et Les So­pra­no). Les mo­ments hi­la­rants – de l’hu­mour «slaps­tick», c'est-àdire de l’hu­mour de si­tua­tion et de gestes – abondent. Je ga­ran­tis une crise de fou rire quand vous ver­rez la scène dans la­quelle Leo­nar­do DiCa­prio, com­plè­te­ment gi­vré, tente de des­cendre les es­ca­liers – au mi­lieu de cette dé­bauche. Ce­la an­ni­hile com­plè­te­ment l’écoeu­re­ment res­sen­ti à la lec­ture du livre. Autre bonne idée, celle d’éta­blir un rap­port avec le pu­blic, Leo­nar­do DiCa­prio s’adresse constam­ment à la ca­mé­ra.

LA MORT DU RÊVE AMÉ­RI­CAIN

Si l’ac­teur livre ici la meilleure pres­ta­tion en car­rière – il se laisse com­plè­te­ment al­ler et ou­blie cette ré­serve qu’il garde dans tous ses rôles pré­cé­dents —, les ac­teurs de sou­tien sont éga­le­ment à la hau­teur. Jo­nah Hill est re­mar­quable en se­cond de Bel­fort, qui fi­nit par dé­pas­ser son maître; Mat­thew McCo­nau­ghey est in­ou­bliable en men­tor; et Mar­got Rob­bie se tire très bien de son rôle de «femme tro­phée» de Bel­fort.

De­puis quelques an­nées, les ci­néastes d’im­por­tance constatent la mort du rêve amé­ri­cain (de Mar­gin Call de J.C. Chan­dor à, plus ré­cem­ment, Ar­naque amé­ri­caine de Da­vid O. Rus­sell en pas­sant par le su­blime Ne­bras­ka d’Alexander Payne). Mar­tin Scor­sese ne fait pas ex­cep­tion à cette ten­dance avec Le loup de Wall Street. Mais là où ses confrères ont mal, s’in­ter­rogent et perdent pied, lui prend le par­ti de la dé­ri­sion et de l’ab­surde. C’est li­bé­ra­teur et ça pu­ri­fie les hu­meurs.

PHO­TOS COUR­TOI­SIE

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