#Agres­sion­Non­Dé­non­cée

Le Journal de Montreal - Weekend - - MUSIQUE -

En no­vembre der­nier, Renée Mar­tel a par­ti­ci­pé au mou­ve­ment #Agres­sion­Non­Dé­non­cée, avouant pu­bli­que­ment avoir été vic­time d’un viol à l’âge de 18 ans. Elle re­vient au­jourd’hui sur les rai­sons qui l’ont pous­sée à joindre sa voix à celle des autres dé­non­cia­trices. C’était en 1965. Renée Mar­tel avait 18 ans. Elle était en tour­née avec plu­sieurs ar­tistes. Un soir, l’ani­ma­teur de la tour­née l’a dro­guée puis vio­lée. Lors­qu’elle l’a dé­non­cé à ses pa­rents, ils l’ont for­cée à gar­der le si­lence. «C’était ex­trê­me­ment ta­bou. On ne par­lait pas de ça. C’était la men­ta­li­té», ex­plique-t-elle. «Quand tu vou­lais dé­non­cer, ça fi­nis­sait par: ta robe était trop courte, tu as fait ci et ça, tu l’as aga­cé. Au­tre­ment dit, tu l’avais cher­ché, ra­conte-t-elle. Ja­mais le gars n’était ac­cu­sé. On di­sait: l’homme est fait comme ça, il faut l’ac­cep­ter. Je re­grette, mais un viol, c’est un viol. Ce n’est pas vrai que les hommes sont faits comme ça, si­non tous les hommes vio­le­raient.»

SO­LI­DA­RI­TÉ

Ce n’est que des an­nées plus tard, dans sa bio­gra­phie, que Renée Mar­tel a fi­na­le­ment bri­sé le si­lence.

Puis, dans une op­tique de so­li­da­ri­té, elle a joint sa voix au mou­ve­ment #Agres­sion­Non­Dé­non­cée, le 10 no­vembre der­nier. «Quand j’ai vu que les femmes se levaient de­bout et le fai­saient, je l’ai fait par so­li­da­ri­té, pour bri­ser le si­lence de celles qui n’osent pas le faire. Si moi je suis ca­pable de le faire, tu le peux aus­si. Et ça fait du bien», ex­plique-t-elle.

Mais, à ce jour, Renée Mar­tel n’a ja­mais ré­vé­lé l’iden­ti­té de son agres­seur. «Pour beau­coup de rai­sons. Pre­miè­re­ment, c’est une per­sonne connue, ex­plique-t-elle. Deuxiè­me­ment, je n’avais pas en­vie de lui faire de la pu­bli­ci­té. Et les hommes, quand ils se dé­fendent, c’est tou­jours la faute de la fille ou bien ils disent que ce n’est pas ar­ri­vé. Je ne vou­lais pas lui don­ner cette oc­ca­sion. Je ne le di­rai ja­mais. Mais lui le sait et c’est as­sez. Il sait qui il est et ce qu’il m’a fait.»

En 24 heures, on es­time qu’en­vi- ron huit mil­lions de per­sonnes de par­tout à tra­vers le monde au­raient par­ti­ci­pé à cette cam­pagne qui en­cou­ra­geait les vic­times d’agres­sion sexuelle à bri­ser le si­lence.

FÉ­MI­NISTE

Renée Mar­tel se­rait-elle fé­mi­niste? «Ce mot-là peut être ex­trê­me­ment né­ga­tif comme il peut être positif. Moi, je le suis, mais du cô­té positif, ré­pond-elle. Je pense que, dans n’im­porte quel mou­ve­ment, il y a des gens qui exa­gèrent. Et dans le fé­mi­nisme, il y a des gens qui vont trop loin. Je pense que le fé­mi­nisme, c’est d’être une femme qui s’as­sume, qui prend sa place et qui n’a pas peur de dire les choses. Il y a cer­taines épreuves de la vie qui n’ar­rivent qu’aux femmes. Le viol, ça ar­rive aux hommes aus­si, mais en gé­né­ral, je di­rais à 80 %, c’est aux femmes que ça ar­rive», dit-elle.

Se­lon le mi­nis­tère de la Sé­cu­ri­té pu­blique du Qué­bec, de 80 à 90 % des vic­times d’agres­sion sexuelle sont des femmes et jus­qu’à 90 % de ces agres­sions ne sont pas dé­non­cées à la po­lice. Si vous êtes une vic­time d’agres­sion sexuelle, femme ou homme, vous pou­vez trou­ver de l’aide et de l’in­for­ma­tion au agres­sions­sexuelles.gouv.qc.ca.

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