Têtes en­flées

Le Journal de Montreal - Weekend - - MUSIQUE -

Ra­re­ment a-t-on en­ten­du Renée Mar­tel don­ner son opi­nion. Plu­tôt ré­ser­vée, elle s’en­flamme sou­dai­ne­ment lors­qu’elle parle des com­pé­ti­tions de ta­lent. « Star Aca­dé­mie, La Voix, j’ai bien de la mi­sère avec ça parce que c’est de faire mi­roi­ter des choses. Sur­tout au mo­ment où le show business va le plus mal», confie-t-elle.

Ce n’est pas de la frus­tra­tion, c’est plu­tôt de la peine que Renée Mar­tel res­sent lors­qu’elle pense aux nou­velles re­crues de La Voix et com­pa­gnie. «On crée des ve­dettes. Il y en a beau­coup trop. Et ces ve­dettes pensent qu’elles sont par­ties pour la vie. Je trouve ça dom­mage parce qu’on leur fait mi­roi­ter un mé­tier qui n’est pas réel», ex­plique-t-elle.

À son avis, il est im­por­tant d’en­trer dans le show business gra­duel­le­ment, de faire son che­min et d’ap­prendre de ses er­reurs. «Il y a des étapes à suivre. Tu ne pas peux par­tir de la marche d’en bas et être sur la marche d’en haut quatre mois plus tard sans tom­ber en pleine face», fai­telle va­loir.

QUI ?

La glo­ri­fi­ca­tion d’in­con­nus, très peu pour elle. «Je trouve ça épou­van­table de prendre un ar­tiste et, après deux se­maines dans le concours, il fait tous les fronts [de ma­ga­zines et de jour­naux]. Et tu ne sais même pas c’est qui. Tu ar­rives à l’épi­ce­rie: rup­ture entre un­tel et une­telle. Oui, mais c’est qui? Et deux mois plus tard, ils sont au Centre Bell. Il y a quelque chose qui n’est pas nor­mal», dit-elle. Puis, in­évi­ta­ble­ment, le suc­cès ins­tan­ta­né leur monte à la tête, af­firme la chan­teuse.

«C’est nor­mal qu’ils de­viennent la tête enflée. La se­maine pas­sée tu ven­dais des beignes et cette se­maine tu es au Centre Bell. Il y a quelque chose qui n’est pas nor­mal et qui fait que la tête de ces en­fants-là ne peut pas le sup­por­ter. Je trouve ça épou­van­table, mais on ne peut pas les blâ­mer, concède-t-elle. Sans nom­mer de noms, on peut juste blâ­mer l’or­ga­ni­sa­tion qui leur rentre dans la tête qu’ils vont faire de l’ar­gent, faire le Centre Bell et tout cas­ser au Qué­bec. Ça fait juste nour­rir la ma­chine. […] Je trouve ça triste pour eux.»

AI­DER LES JEUNES

Renée Mar­tel pré­cise tou­te­fois qu’elle n’est ni pour, ni contre ce genre d’émis­sion. Elle com­prend qu’un ar­tiste puisse avoir en­vie de par­ta­ger son ex­pé­rience en étant juge.

«C’est sûr que s’ils m’appelaient un jour pour être juge, par exemple à La Voix, peut-être que j’ac­cep­te­rais, avoue-t-elle. En même temps, il y a l’autre fa­cette du fait que tu as tel­le­ment d’ex­pé­rience que tu vou­drais ai­der la per­sonne en avant de toi, lui dire com­ment faire, la conseiller. Je par­lais avec Isa­belle Bou­lay et elle adore ça. Elle m’a dit: pour­quoi tu ne le fe­rais pas, Renée? J’ai­me­rais ça, éven­tuel­le­ment, mais je n’y avais ja­mais pen­sé. Et on ne me l’a ja­mais of­fert. Si on me l’of­frait, j’y ré­flé­chi­rais.»

L’idée d’ai­der et de gui­der des ar­tistes lui plaît, quoi­qu’elle ne l’ait pas fait sou­vent dans sa car­rière.

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