Sport et té­lé, un ma­riage très payant

Le Journal de Montreal - Weekend - - TÉLÉVISION -

Alors qu’à Mon­tréal, le maire De­nis Co­derre et d’autres ama­teurs en­ra­gés de ba­se­ball font des pieds et des mains pour que les Ex­pos (de nou­veaux Ex­pos, évi­dem­ment) re­viennent au Qué­bec, l’en­goue­ment pour le ba­se­ball di­mi­nue aux États-Unis. À l’is­sue d’un grand son­dage ins­truit en dé­cembre der­nier chez les Amé­ri­cains, le ba­se­ball s’est clas­sé au 2e rang avec 16 % d’af­fi­cio­na­dos. C’est 7 % de moins qu’il y a 30 ans.

Le foot­ball rem­porte de loin la fa­veur du pu­blic. À 32 %, il compte deux fois plus d’adeptes qu’en 1985, une aug­men­ta­tion de 11 %. Même si le nombre des fer­vents du ho­ckey a aug­men­té de 4 %, notre sport na­tio­nal ar­rive seule­ment en 5e po­si­tion chez nos voi­sins avec 6 % de fi­dèles.

Rares sont les per­sonnes qui n’ont pra­ti­qué au­cun sport dans leur vie. Dans tous les pays du monde, les en­fants jouent avec un bal­lon, qu’il s’agisse d’un bal­lon rond ou d’un bal­lon ovale. Au Ca­na­da, tous les jeunes pa­tinent ou jouent au ho­ckey. L’été, quand on voyage aux États-Unis, on voit une par­tie de ba­se­ball en cours dans chaque vil­lage. À l’au­tomne, c’est une par­tie de foot­ball et l’hi­ver, c’est du bas­ket. Sur les autres conti­nents, on joue au foot mur à mur, à lon­gueur d’an­née.

DU PAIN ET DES JEUX

Les em­pe­reurs de la Rome an­tique avaient conclu sa­ge­ment qu’avec «du pain et des jeux», ils pou­vaient comp­ter sur l’ap­pui in­dé­fec­tible du peuple. Les temps n’ont guère chan­gé, mais la té­lé­vi­sion a don­né aux sports pro­fes­sion­nels un élan in­croyable.

L’ef­fet de la té­lé­vi­sion sur le sport est ma­gique. Les plus vieux se rap­pellent ce­lui qu’a eu L’heure des quilles au Qué­bec, au dé­but de la té­lé. En quelques an­nées, des di­zaines de salles de quilles ont pous­sé comme des cham­pi­gnons et des mil­liers d’en­thou­siastes ont com­men­cé à pra­ti­quer ce qui n’est pour­tant qu’un jeu.

La té­lé­vi­sion a ren­du tous les sports pro­fes­sion­nels po­pu­laires. Ce fai­sant, elle s’est joué un mau­vais tour puis­qu’elle est de­ve­nue du même coup leur vache à lait. Pour ac­qué­rir les droits du ho­ckey au Ca­na­da pour les 12 pro­chaines an­nées, Ro­gers a dé­bour­sé 5,2 mil­liards $. C’est plus que le bud­get en­tier de la ville de Mon­tréal!

Avec la té­lé­vi­sion, le sport pro­fes­sion­nel est de­ve­nu une grosse «business» à la­quelle toutes les grandes en­tre­prises veulent se rac­cro­cher. Non sans rai­son.

Lors de la pre­mière éli­mi­na­toire du Ca­na­dien contre les Sé­na­teurs, le tiers de la po­pu­la­tion du Qué­bec a sui­vi cha­cune des par­ties, si j’ajoute à ceux qui syn­to­ni­saient TVA Sports les autres qui re­gar­daient la CBC. Que le Tri­co­lore se rende en fi­nale et la moi­tié des Qué­bé­cois et plus sui­vront chaque par­tie.

L’an der­nier, 115 mil­lions d’Amé­ri­cains ont re­gar­dé le Su­per Bowl à la té­lé. Les com­man­di­taires ont payé 4 mil­lions $ pour la dif­fu­sion d’un seul mes­sage pu­bli­ci­taire. De son cô­té, la Ligue nationale de foot­ball des États-Unis re­çoit plus de 3 mil­liards $ par an­née seule­ment en droits de la té­lé­vi­sion.

LE « DEAL » DE MAR­CEL AU­BUT

Mar­cel Au­but était cer­tain d’avoir conclu le «deal» du siècle en 1995 quand il a ven­du ses Nor­diques pour 75 mil­lions $. Au­jourd’hui, pour les ra­che­ter, il fau­drait dé­bour­ser au moins 500 mil­lions $, si ce n’est pas plus.

Dans le contexte ac­tuel du sport pro­fes­sion­nel, cha­cun cherche à ti­rer son épingle du jeu, c’est le cas de le dire! Même les ven­deurs de bois­sons se bous­culent au por­tillon. À Qué­bec, au centre Vi­déo­tron, les dés sont dé­jà je­tés: c’est La­batt qui se­ra la seule so­cié­té au­to­ri­sée à pro­mou­voir ses bières. La Bud­wei­ser et la Bud Light de­vraient donc de­ve­nir les bières officielles du nou­veau «co­li­sée», comme la Mol­son Ex­port l’est au Centre Bell.

L’an pro­chain, que les ama­teurs des Rap­tors de To­ron­to ne se sur­prennent pas de voir dis­pa­raître le Sprite comme bois­son of­fi­cielle du bas­ket. Après 28 ans, Co­ca Co­la s’est fait da­mer le pion par Pep­si, qui a si­gné une en­tente de plu­sieurs an­nées pour que ses bois­sons soient les pro­chaines ve­dettes du bas­ket.

DU COKE AU STADE SA­PU­TO

En 2011, moyen­nant près de 1 mil­liard $ US, Pep­si avait aus­si évin­cé Co­ca Co­la comme com­man­di­taire prin­ci­pal du foot­ball amé­ri­cain. On conti­nue­ra de voir les joueurs de bas­ket boire du Ga­to­rade, mais Pep­si fe­ra sur­tout la pro­mo­tion de son Moun­tain Dew, puis de son eau en bou­teille Aqua­fi­na.

Pour ne pas être en reste, Co­ca Co­la, com­man­di­taire prin­ci­pal de la FI­FA de­puis 1974, vient de si­gner une en­tente avec la Fé­dé­ra­tion de soc­cer des É.-U. et la MLS. Il y au­ra donc du Coke à boire aux joutes de l’Im­pact!

Si les com­man­di­taires dé­pensent de plus en plus, c’est qu’ils veulent re­joindre tous les spec­ta­teurs qui s’épar­pillent à me­sure que naissent de nou­velles pla­te­formes.

Heu­reu­se­ment pour les com­man­di­taires, le sport pro­fes­sion­nel semble im­mu­ni­sé contre toute ré­ces­sion.

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