UNE ADAP­TA­TION DE TROP

∫ Loin de la foule dé­chaî­née ∂∂∂∂∂

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI Avec Ca­rey Mul­li­gan, Ju­no Temple, Mi­chael Sheen.

Le ro­man de Tho­mas Har­dy ( Far from the Mad­ding Crowd), qui date de 1874, fait l’ob­jet d’une autre adap­ta­tion ci­né­ma­to­gra­phique, cette fois-ci avec Ca­rey Mul­li­gan, Mat­thias Schoe­naerts, Mi­chael Sheen et Ju­no Temple.

Loin de la foule dé­chaî­née a été por­té plu­sieurs fois au ci­né­ma. La ver­sion la plus connue date de 1967, a été réa­li­sée par John Schle­sin­ger et met­tait en ve­dette Ju­lie Ch­ris­tie dans le rôle de Bath­she­ba Ever­dene, sorte de fé­mi­niste avant l’heure.

Bath­she­ba Ever­dene (Ca­rey Mul­li­gan) est une or­phe­line qui vit sur une ferme avec sa tante. Son voi­sin, Ga­briel Oak (Mat­thias Schoe­naerts) est un éle­veur de mou­tons qui de­mande sa main après avoir dis­cu­té avec elle cinq mi­nutes (nous sommes au XIXe siècle, ne l’ou­bliez pas). Mais pas ques­tion pour la jeune femme d’ap­par­te­nir à un homme (ce sont ses mots), elle est dé­ter­mi­née à me­ner sa vie comme elle l’en­tend. Par un coup du sort, Ga­briel perd son trou­peau, tan­dis que Bath­she­ba, elle, hé­rite de l’ex­ploi­ta­tion de son oncle. Les deux voi­sins vivent dé­sor­mais sé­pa­rés par leur rang so­cial (tou­jours ce XIXe siècle).

La jeune hé­ri­tière doit se frayer un che­min dans un monde d’hommes (la scène au mar­ché du grain rend d’ailleurs bien compte de ce com­bat ar­du) et elle em­bauche Ga­briel pour s’oc­cu­per de ses mou­tons. Pa­ral­lè­le­ment, son nou­veau voi­sin, William Bold­wood (Mi­chael Sheen) – un vieux gar­çon im­men­sé­ment riche qui tombe amou­reux d’elle au pre­mier re­gard – lui tape dans l’oeil. Mais c’est sans comp­ter le ser­gent Troy (Tom Stur­ridge). Ce troi­sième homme – dont Fan­ny (Ju­no Temple), sa fian­cée, s’est trom­pée d’église le jour de leur ma­riage – est bru­tal, in­con­sé­quent, mais il lui plaît. Du coup, Bath­she­ba re­nonce à son in­dé­pen­dance et l’épouse… mais s’aper­çoit bien vite de son erreur.

Il y a beau­coup de choses qui clochent dans cette ver­sion de Loin de la foule dé­chaî­née, réa­li­sée par Tho­mas Vin­ter­berg ( La chasse) d’après un scé­na­rio de Da­vid Ni­cholls ( Les grandes es­pé­rances ain­si que la sé­rie té­lé­vi­sée Tess). La beau­té des pay­sages et des dé­cors ne par­vient pas à faire ou­blier ces la­cunes. L’in­trigue semble par­fois ri­di­cule (le fa­meux des­tin qui s’acharne, tour à tour, sur tous les per­son­nages), sen­ti­ment ac­cen­tué par le fait que le ci­néaste a cou­pé des scènes au mon­tage fi­nal. Ré­sul­tat, on a l’im­pres­sion de pas­ser du coq à l’âne sans dis­po­ser de toutes les mo­ti­va­tions des per­son­nages, on est ain­si ré­duit à dé­duire, par exemple, que c’est par pure sen­sua­li­té que Bath­she­ba ac­cepte de se ma­rier avec Troy ou que Fan­ny est morte en couches.

Le per­son­nage de Bath­she­ba ne gé­nère pas, non plus, beau­coup d’em­pa­thie. Im­pos­sible de s’iden­ti­fier à cette jeune femme qui re­fuse tous les pré­ten­dants sé­rieux pour ac­cep­ter le pire. Pas plus qu’on ne com­pa­tit à son mal­heur, qu’elle a elle-même gé­né­ré. Le jeu des ac­teurs de­meure néan­moins suf­fi­sam­ment bon pour qu’on re­garde Loin de la foule dé­chaî­née sans s’en­nuyer, mais je ne suis pas convain­cue de son at­trait en salle.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.