Cha­cun peut de­ve­nir son propre dif­fu­seur

Le Journal de Montreal - Weekend - - TÉLÉVISION -

Il y a quatre ans, Mi­chelle Cou­dé-Lord, di­rec­trice des arts et spec­tacles du Jour­nal, me de­mande d’écrire la cri­tique du Bye Bye met­tant en ve­dette pour la troi­sième fois le couple Vé­ro­nique Clou­tier et Louis Mo­ris­sette. Même si je sais que je pas­se­rai les fêtes de Noël et du jour de l’an à Pa­ris, j’ac­cepte en me di­sant que je trou­ve­rai bien un moyen de m’ac­quit­ter de la tâche. Le 31 dé­cembre est un sa­me­di et mon pa­pier doit pa­raître le lun­di ma­tin.

Du­rant quelques jours, je me gratte le ci­bou­lot. Com­ment faire? Le Bye Bye ne pour­ra être vi­sible sur tou.tv avant le 3 jan­vier, donc trop tard pour que je puisse le re­gar­der sur mon or­di. Je ne vais tout de même pas re­ve­nir à Mon­tréal. Ma­ryse, qui me trouve bien té­mé­raire d’avoir ac­cep­té la tâche, me sug­gère iro­ni­que­ment que je vienne re­gar­der le Bye Bye chez un ami qui ha­bite Halifax. «C’est tout de même plus près de Pa­ris que Mon­tréal», dit-elle avec un sou­rire.

N’em­pêche que c’est elle qui trouve la so­lu­tion. Elle sug­gère de de­man­der à une amie dont le ma­ri se dé­brouille bien en in­for­ma­tique de pla­cer la ca­mé­ra de son or­di­na­teur de­vant l’écran de té­lé et de trans­mettre l’image par Skype à mon or­di­na­teur. Quelques jours avant de prendre l’avion pour Pa­ris, nous fai­sons une ten­ta­tive d’Ou­tre­mont à L’Île-des-Soeurs. Ça marche! Ne reste plus qu’à es­pé­rer qu’on réus­sisse de Pa­ris.

PAR LE BIAIS DE SKYPE

Une heure avant le dé­but du Bye Bye, je re­çois par Skype un ap­pel de nos amis mont­réa­lais. Ils veulent faire un test avant que l’émis­sion com­mence. Quelques mi­nutes plus tard, l’or­di­na­teur por­table de mon «cor­res­pon­dant» est fixé sur l’écran de Ra­dio-Ca­na­da à Mon­tréal et je re­çois l’image «10-4», comme di­rait Claude Poi­rier, sur mon por­table à Pa­ris. Il est presque 5 h du ma­tin.

Quelques mi­nutes plus tard, je re­garde à Pa­ris le Bye Bye en di­rect. Le len­de­main, je ré­dige mon pa­pier et l’en­voie au Jour­nal. Grâce au dé­ca­lage – six heures avec Mon­tréal- je suis bien en avance sur l’heure de tom­bée.

COM­BAT DE BUTE GRA­TIS!

Quelques mois plus tard, Lu­cian Bute se bat contre le Bri­tan­nique Brian Ma­gee au Centre Bell de Mon­tréal. J’achète le com­bat à la té­lé­vi­sion et, uti­li­sant le même pro­cé­dé que pour le Bye Bye, je le trans­mets par Skype à mon fils qui ha­bite les Lau­ren­tides. Le match ne lui coûte pas un sou noir.

Sans en avoir la moindre conscience, je ve­nais dans les deux cas de pré­cé­der deux ap­pli­ca­tions – Périscope et Meer­kat - qui don­ne­ront dans les an­nées qui viennent de sé­rieux maux de tête aux pro­mo­teurs de spec­tacles et aux dif­fu­seurs de vi­déo à la de­mande.

Grâce à l’une ou l’autre de ces ap­pli­ca­tions et par le biais de Twit­ter, on peut dif­fu­ser à tous ceux qui sont ses abon­nés ce qu’on en­re­gistre avec son té­lé­phone cel­lu­laire ou son or­di­na­teur. In­utile d’ajou­ter que le pe­tit laïus qu’on ré­pète avant chaque spec­tacle, à sa­voir qu’on ne peut ni le pho­to­gra­phier ni l’en­re­gis­trer, pren­dra dé­sor­mais une grande im­por­tance sans pour au­tant qu’on puisse empêcher les plus au­da­cieux de faire à leur guise.

PRE­MIÈRE VIC­TIME, GRE­GO­RY CHARLES

L’une des pre­mières «vic­times» de Périscope et de Meer­kat est notre touche-à-tout Gre­go­ry Charles. Presque chaque soir, à New York, des spec­ta­teurs ont en­re­gis­tré une par­tie de son spec­tacle Vin­tage Live pour le trans­mettre en di­rect à des amis. Ni Gre­go­ry ni ses col­la­bo­ra­teurs n’ont rous­pé­té, car c’était une fa­çon de faire gra­tui­te­ment la pro­mo­tion du spec­tacle.

Par contre, sa­me­di der­nier, à Las Ve­gas, les pro­mo­teurs du com­bat du siècle entre Floyd May­wea­ther et Man­ny Pac­quiao s’ar­ra­chaient les che­veux.

De nom­breux spec­ta­teurs en­re­gis­traient le match de boxe avec leurs cel­lu­laires le trans­met­tant à leurs amis et leurs abon­nés. Des mil­liers d’autres ont fait comme moi pour le com­bat entre Bute et Ma­gee. Ils ont payé les 99 $ US qu’exi­geait la té­lé­vi­sion à la de­mande, trans­met­tant en­suite le com­bat à leurs abon­nés pour rien ou pour quelques dol­lars. L’image n’est pas par­faite soit! mais

quand on l’a pour rien ou presque…

DES PI­RATES PRESQUE IN­TOU­CHABLES

En prin­cipe, c’est du pi­ra­tage, mais com­ment ar­rê­ter ces «pi­rates»? Twit­ter, qui vient d’ache­ter l’ap­pli­ca­tion Périscope pour 100 mil­lions $, s’est en­ga­gée à ce qu’elle ne serve pas à pi­ra­ter des spec­tacles payants, mais la di­rec­tion sait très bien qu’elle n’a pas tel­le­ment les moyens de faire res­pec­ter son en­ga­ge­ment.

D’au­tant plus qu’au len­de­main du com­bat de boxe, Dick Costello, le grand pa­tron de Twit­ter, dé­cla­rait fiè­re­ment que le vain­queur n’était pas May­wea­ther, mais l’ap­pli­ca­tion Périscope!

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