L’EF­FET LA VOIX

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Marc-An­dré Le­mieux

La Voix a cou­ron­né Ke­vin Ba­zi­net le mois der­nier. De­puis son triomphe, le chan­teur de Mont-Lau­rier – et an­cien pro­té­gé de Marc Du­pré – fonce à la vi­tesse grand V. Une pres­ta­tion au Ga­la Ar­tis, des en­tre­vues mé­dia­ti­sées, un al­bum bi­lingue en chan­tier… Le jeune homme de 23 ans a as­su­ré­ment le vent dans les voiles. Mais qu’en est-il des autres par­ti­ci­pants, ceux qui n’ont pas ex­plo­sé de joie sous une pluie de confet­tis le 12 avril der­nier?

MARC-ANDRE.LE­MIEUX@QUE­BE­COR­ME­DIA.COM

Chan­ter de­vant 2,8 mil­lions de per­sonnes a-t-il chan­gé leur vie? L’ef­fet La Voix les touche-t-il éga­le­ment? Le té­lé­phone sonne-t-il da­van­tage? Pour ré­pondre à ces ques­tions, Le Jour­nal s’est en­tre­te­nu avec plu­sieurs par­ti­ci­pants du po­pu­laire concours de chant de TVA.

∫ KA­RINE STE-MA­RIE

Re­pê­chée par Pierre La­pointe, la chan­teuse de Sainte-Mar­gue­rite-du-Lac-Mas­son a quit­té La Voix après avoir chan­té Always on My Mind avec Ma­thieu Ho­lu­bows­ki aux duels. Voi­là pour­quoi, contrai­re­ment aux can­di­dats qui ont fran­chi plu­sieurs étapes, elle res­sent moins les ef­fets du concours. La com­pé­ti­tion de TVA a tou­te­fois pro­vo­qué une im­por­tante prise de conscience chez elle. « La Voix fait gran­dir en tant que per­sonne... en tant qu’ar­tiste», dé­clare la jeune femme de 30 ans. «Au­jourd’hui, je sais où je m’en vais. Je veux conti­nuer à dé­ve­lop­per mon cô­té au­teure-com­po­si­trice-in­ter­prète. Je vais prendre les bonnes dé­ci­sions en consé­quence.»

En juillet, Ka­rine don­ne­ra un spec­tacle dans son pa­te­lin, au Théâtre Ha­ras Lau­ren­tien, un centre équestre dans les Lau­ren­tides. Son tour de chant ma­rie­ra mu­sique et che­vaux. «Je ne pense pas qu’il puisse y avoir du né­ga­tif qui res­sorte d’une ex­pé­rience comme La Voix, confie-telle. Même si ça ne t’ap­porte pas né­ces­sai­re­ment les ré­sul­tats sou­hai­tés, il y a tou­jours quelque chose que tu peux en ti­rer.»

∫ DA­VID FLEU­RY

Éli­mi­né aux Chants de ba­taille, Da­vid Fleu­ry dit avoir plus de fa­ci­li­té à or­ga­ni­ser des spec­tacles de­puis son pas­sage au concours de chant de TVA. «Tout d’un coup, les gens nous prennent au sé­rieux, in­dique le gui­ta­riste de Saint-Bru­no-de-Mon­tar­ville. Avant, quand j’ap­pe­lais pour boo­ker un show, une salle, je di­sais: “Sa­lut, je m’ap­pelle Da­vid Fleu­ry, je suis au- teur-com­po­si­teur-in­ter­prète. Je chante des chan­sons ori­gi­nales, mais je peux aus­si faire des co­vers”. Chaque fois, c’est à peine si on m’écou­tait. On me ré­pon­dait tou­jours un truc comme: “C’est bon. On va voir ce qu’on peut faire”. Ça vou­lait dire: “On va mettre ton nom sur une liste avec tout le monde qui nous ap­pelle pour ça”. Mais quand t’ap­pelles, pis tu dis: “Sa­lut, je m’ap­pelle Da­vid Fleu­ry et j’ai fait La Voix”, au­to­ma­ti­que­ment, ils te prennent plus au sé­rieux. Ça pique leur cu­rio­si­té. Ça vient bo­ni­fier ton pitch de vente.»

L’an­cien pro­té­gé de Pierre La­pointe, dont la re­lec­ture acous­tique du cé­lèbre Ton amour a chan­gé ma vie, des Clas­sels, a mar­qué plu­sieurs té­lé­spec­ta­teurs, voit tou­te­fois une date de pé­remp­tion à toute cette at­ten­tion.

« La Voix, ça peut ou­vrir des portes, mais seule­ment cette an­née. Parce que l’an pro­chain, ça re­vient, pis on va être rem­pla­cés par d’autre monde dans la tête des gens.»

∫ SYL­VIE DES­GRO­SEILLIERS

Syl­vie Des­gro­seilliers es­pé­rait « créer un buzz » en fai­sant La Voix. La chan­teuse de 50 ans a cer­tai­ne­ment at­teint son ob­jec­tif dans les se­maines qui ont sui­vi sa mé­mo­rable au­di­tion à l’aveugle en jan­vier. Du jour au len­de­main, son nom était sur toutes les lèvres et dans tous les jour­naux. Trois mois plus tard, la pous­sière semble être re­tom­bée.

«Les gens me re­con­naissent dans la rue, mais sans plus, sou­ligne-t-elle. C’est un mythe ur­bain de pen­ser que dès qu’on te voit à la té­lé, ta vie change. C’est peut-être le cas pour Ke­vin, mais pas pour les autres. Ma vie n’a pas fait un vi­rage à 180 de­grés.»

En en­tre­vue au Jour­nal, Syl­vie Des­gro­seilliers avoue qu’elle «court en­core après ses gigs ». «Je ne me suis pas as­sise sur mes lau­riers en pen­sant que parce que 3 mil­lions de per­sonnes m’avaient en­ten­due chan­ter pen­dant 2 mi­nutes, tout al­lait chan­ger. Je dois conti­nuer à tra­vailler. Ceux qui s’as­soient et qui at­tendent que le té­lé­phone sonne risquent d’at­tendre long­temps. Être ar­tiste, c’est un tra­vail de longue ha­leine.»

∫ RO­SA LA­RIC­CHIU­TA

La ro­ckeuse d’Éric La­pointe mul­ti­plie­ra les allers-re­tours Mon­tréal–Nou­veau-Bruns­wick cet été. «Le té­lé­phone n’ar­rête pas de son­ner», confie la res­sor­tis­sante de She­diac. «Je vais don­ner plus de 58 shows jus­qu’en sep­tembre. Mes ven­dre­dis et sa­me­dis soir sont dé­jà tous boo­kés. Je com­mence même à prendre des offres les mer­cre­dis et di­manches. J’ai beau­coup de de­mandes pour des shows acous­tiques, en band ou en so­lo.»

Ro­sa sait qu’elle fou­le­ra les planches avec Éric La­pointe cet été. D’autres pro--

jets sont éga­le­ment en chan­tier, mais rien n’est en­core cou­lé dans le bé­ton.

La chan­teuse de 41 ans vou­drait éga­le­ment en­re­gis­trer un mi­ni-al­bum en fran­çais avant de son­ger à lan­cer un disque en bonne et due forme.

∫ MA­THIEU HO­LU­BOWS­KI

Le pro­té­gé de Pierre La­pointe res­sent in­ten­sé­ment les ef­fets du concours. La preuve? Les billets pour son spec­tacle au Festival in­ter­na­tio­nal de jazz de Mon­tréal, pré­vu le 5 juillet, se sont écou­lés en 30 mi­nutes le mois der­nier. Voyant qu’il rem­plis­sait la Cinquième salle de la Place des Arts, les or­ga­ni­sa­teurs du cé­lèbre festival ont ajou­té une sup­plé­men­taire… au Mé­tro­po­lis, une en­ceinte pou­vant ac­cueillir en­vi­ron 2300 per­sonnes.

«Quand on a an­non­cé la sup­plé­men­taire, c’était le plus grand hon­neur qu’on pou­vait me faire… et toute une sur­prise! s’ex­clame l’au­teur-com­po­si­teur-in­ter­prète de 26 ans. Je sa­vais que les gens avaient ai­mé ce que je fai­sais, mais je ne pen­sais ja­mais qu’ils al­laient suivre au­tant que ça!»

Sur scène, Ma­thieu chan­te­ra les titres de son pre­mier al­bum, Old men, sor­ti sous son nom de plume, Ogen. Les ventes du disque (ac­ces­sible sur ogen­mu­sic.com) ont d’ailleurs ex­plo­sé cet hi- ver. His­toire de ra­vir ses nou­veaux fans, le gui­ta­riste re­vi­si­te­ra quelques nu­mé­ros mu­si­caux ayant mar­qué sa pro­gres­sion au concours té­lé­vi­sé, dont Feuille

d’ar­gent et feuille d’or, la chan­son ori­gi­nale de Pierre La­pointe et Phi­lippe B qu’il a en­ton­née à la grande fi­nale.

∫ AN­GE­LIKE FAL­BO

Deux jours après la grande fi­nale, An­ge­like dé­cro­chait son tout pre­mier contrat pro­fes­sion­nel en al­lant chan­ter à une soi­rée pour la Com­mis­sion sco­laire En­glish-Mon­tréal. Pour le mo­ment, l’ado­les­cente de 16 ans gère les de­mandes qu’elle re­çoit avec son père.

«Il faut conti­nuer à tra­vailler, à pro­vo­quer des choses, à louer des salles, à chan­ter dans des res­tau­rants… Il ne faut pas ar­rê­ter.»

La fi­na­liste d’Isa­belle Bou­lay es­père lan­cer son pre­mier al­bum d’ici le prin­temps 2016.

∫ CÉ­LESTE LÉ­VIS

L’ex-pro­té­gée d’Éric La­pointe dit avoir re­çu beau­coup, beau­coup d’ap­pels pour des gigs non seule­ment au Qué­bec, mais au Nou­veau-Bruns­wick. «C’est plate que l’émis­sion soit fi­nie, mais d’une cer­taine fa­çon, ça conti­nue quand même», ob­serve la na­tive de Tim­mins, en On­ta­rio.

Pour le mo­ment, la de­mi-fi­na­liste gère elle-même les de­mandes qu’elle re­çoit. «C’est moi qui fais tout! J’ap­prends le cô­té business d’être un ar­tiste. C’est

l’fun. » Fait à sou­li­gner, Cé­leste avait en­re­gis­tré un mi­ni-al­bum avant La Voix. Un EP qu’elle comp­tait lan­cer après son pas­sage au concours. Mais au­jourd’hui, avec tout ce qu’elle a ap­pris au cours des der­niers mois, elle re­met beau­coup de choses en ques­tion. «J’ai­me­rais re­tra­vailler cer­taines chan­sons, ex­plique la can­di­date de 20 ans. J’ai beau­coup gran­di du­rant mon pas­sage à La Voix. Je suis cer­taine que je fe­rais les choses dif­fé­rem­ment au­jourd’hui.»

∫ SIMON MO­RIN

Avec rai­son, les bonzes du mi­lieu du disque qué­bé­cois avaient re­mar­qué Simon Mo­rin à Star Aca­dé­mie en 2012.

La Voix semble avoir ra­vi­vé leur in­té­rêt en­vers lui.

«Beau­coup de gens avec qui j’avais tra­vaillé après Star Ac sont re­ve­nus me voir pour me dire: “C’est hot ce que tu fais. Conti­nue. On croit en toi”. Ça fait plai­sir d’en­tendre ça. C’est l’fun d’en­tendre le té­lé­phone son­ner, pis voir sa cré­di­bi­li­té re­mon­ter. Ça me rend heu­reux», dé­clare le Mont­réa­lais.

Le ro­ckeur de 26 ans, qui chan­te­ra dans plu­sieurs fes­ti­vals cet été, ca­resse de grands rêves pour 2016. «Le but, c’est de re­pas­ser à La Voix, mais avec mon propre stock. Être in­vi­té avec mes propres chan­sons... J’ai tou­jours vou­lu re­ve­nir sur un pla­teau de té­lé­vi­sion comme ça. Je crois qu’avec tous les ou­tils qu’on nous a don­nés cette an­née, tout est pos­sible.»

∫ JO­HANNE LE­FEBVRE

Ga­gnante du Festival in­ter­na­tio­nal de la chan­son de Gran­by en 1998 (de­vant un cer­tain Jean-Fran­çois Breau), Jo­hanne Le­febvre a ga­gné plu­sieurs fans cet hi­ver. Avant La Voix, elle avait 232 amis Fa­ce­book. De­puis sa par­ti­ci­pa­tion au concours, elle en compte 5000. «J’ai bon es­poir d’être ca­pable de rem­plir mes salles main­te­nant», in­dique la chan­teuse de 45 ans.

Pro­prié­taire d’une fer­mette en Es­trie, Jo­hanne es­père pro­fi­ter de toutes les chances qui s’offrent à elle.

«L’in­dus­trie ne nous court pas après, mais je pense que les gens veulent nous en­tendre, in­dique-t-elle. Pour moi, c’est la plus belle ré­com­pense. Non, je ne m’at­tends pas à si­gner avec une mai­son de disques de­main ma­tin parce que j’ai fait La Voix. Sur­tout à mon âge. Mais je sens un in­té­rêt du pu­blic. Je vais louer des salles plus grandes pour mes spec­tacles. Je vais sai­sir ma chance en pre­nant mes af­faires en main.»

–Ke­vinBa­zi­net, ga­gnant­deLaVoix

«

La Voix

fait gran­dir

« Tout d’un coup,

les gens nous

en tant que per­sonne...

en tant qu’ar­tiste. »

prennent au sé­rieux. »

–Ka­ri­neSte-Ma­rie

–Da­vidF­leu­ry

« Être ar­tiste,

c’est un tra­vail de

longue ha­leine. »

–Syl­vieDes­gro­seilliers

de de­mandes pour des

shows acous­tiques, en band ou en so­lo. »

–Ro­saLa­ric­chiu­ta

« J’ai beau­coup

– Ma­thieuHo­lu­bows­ki

« C’est moi qui fais tout!

« J’ai bon es­poir d’être

J’ap­prends le cô­té

ca­pable de rem­plir mes

business d’être un ar­tiste.

salles main­te­nant. »

C’est l’fun. »

–Jo­han­neLe­febvre

« C’est l’fun d’en­tendre le

« Il faut conti­nuer

–Cé­les­teLé­vis

té­lé­phone son­ner, pis voir sa cré­di­bi­li­té

à tra­vailler, à pro­vo­quer

re­mon­ter. Ça me rend heu­reux. »

des choses. »

–Si­monMo­rin

– An­ge­li­keFal­bo

« Je sa­vais que les gens avaient ai­mé

ce que je fai­sais, mais je ne pen­sais ja­mais

qu’ils al­laient suivre au­tant que ça! »

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