UNE NOU­VELLE

VIE

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Éli­za­beth Mé­nard Le Jour­nal de Mon­tréal

Qua­si in­con­nu du grand pu­blic il n’y a pas si long­temps, Alex Nevs­ky est de­ve­nu, en quelques mois, la nou­velle co­que­luche du Qué­bec. Tran­quille­ment, il ap­pri­voise cette in­dus­trie qu’il a long­temps ju­gée. Por­trait d’un homme plein de contra­dic­tions.

Dif­fi­cile de ne pas re­con­naître Alex Nevs­ky dans le pe­tit ca­fé de la rue Beau­bien où il nous a don­né ren­dez-vous. Avec son cha­peau de feutre et ses lu­nettes de so­leil, il a l’air d’une vraie rock star. «Je suis dé­so­lé pour les lu­nettes de so­leil, dit-il. C’est parce que j’ai des al­ler­gies [sai­son­nières]. C’est vrai­ment in­tense. J’ai les yeux rouges et tout en­flés, on di­rait que j’ai fu­mé du pot toute la jour­née», blague-t-il.

Dans la der­nière an­née, le musicien de 29 ans a été men­tor à La Voix, il a rem­por­té trois prix Fé­lix, dont ce­lui de la chan­son de l’an­née pour On leur a fait

croire, ses chan­sons ont tour­né en boucle sur les ra­dios, il a com­po­sé la mu­sique du nou­veau spec­tacle de Maxim Mar­tin, il a don­né des di­zaines de spec­tacles à tra­vers la pro­vince et a été choi­si pour être le nou­veau porte-pa­role du Festival in­ter­na­tio­nal de la chan­son de Gran­by.

«En ce mo­ment, je fais des shows, des émis­sions de té­lé, des en­tre­vues. Ma vie, c’est un peu ça, en ce mo­ment», dit-il d’un air im­pos­sible à dé­cryp­ter.

En 2010, quand son pre­mier al­bum est sor­ti, Alex Nevs­ky était en­core bus­boy au cabaret La Tu­lipe. «Il y avait plein de gens qui me re­con­nais­saient là-bas et ça me fai­sait chier, des fois, de ra­mas­ser de la pisse, confie-t-il. Mais c’est ça la vie.»

À cette époque, il re­gar­dait l’in­dus­trie de la mu­sique avec un mé­lange d’en­vie et de mé­pris. «Je ju­geais toute cette in­dus­trie, mais je ne sa­vais pas, dit-il. C’est ça aus­si: c’est simple de ju­ger quand tu ne connais pas. Main­te­nant, tous les chan­teurs que je rencontre, n’im­porte qui, je ne juge pas. Je vais vers l’hu­main avant tout.»

Re­la­tion amour/haine? «Com­plè­te­ment, avoue-t-il. Mais c’est de plus en plus de l’amour. C’est que je n’ai pas en­vie d’être une ve­dette, mais je veux que mes chan­sons soient des su­per­stars. Je veux qu’elles s’en aillent, qu’elles fassent leur vie, mais ce n’est pas ce que je veux pour moi.»

C’est d’ailleurs le su­jet de la fa­meuse chan­son qui a lan­cé sa car­rière: On leur a

fait croire.

«C’est un peu un constat sur mon mi­lieu. J’ai écrit cette chan­son quand mon pre­mier disque ve­nait de sor­tir. C’est une chan­son qui est une réac­tion au fait que je suis en­tré dans une in­dus­trie avec la­quelle je n’étais pas for­cé­ment à l’aise. Il y a un cou­plet qui dit: on s’est soumis, on a plié, on s’est fait pute pour briller. C’est […] à quel point j’al­lais de­ve­nir ce que je ju­geais», confie-t-il.

Iro­ni­que­ment, il a ac­cep­té de mo­di­fier les pa­roles de la chan­son pour un numéro pré­sen­té au Ga­la Ar­tis en 2014. «J’ai chan­gé les pa­roles alors que la “toune” est un peu contre toute cette in­dus­trie-là. Ce que j’es­sayais d’évi­ter, j’em­barque com­plè­te­ment de­dans. J’étais comme: “OK, je fais une erreur.” En même temps, c’est ça la beau­té: le piège était là, je me le suis ten­du moi-même et j’ai sau­té à pieds joints de­dans. Et je suis al­lé parce que je suis bon joueur, ra­conte-t-il. J’ai en­vie d’être bon joueur et de rire de moi.»

Alex Nevs­ky ne veut sur­tout pas se prendre trop au sé­rieux. «En bout de ligne, je reste dans mon don­jon de trois et de­mi et je joue de la gui­tare», re­la­ti­vise-t-il.

Reste que ces jours-ci, il semble que tout ce qu’il touche se trans­forme en or.

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