NE TOUCHE PAS AU FU­TUR !

Le monde de de­main ∂∂∂Σ∂∂

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINEMA WEEKEND - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI Avec George Cloo­ney, Britt Ro­bert­son, Raf­fey Cas­si­dy Avec Kris­ten Wiig et Tim Rob­bin. Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

Ayant gran­di avec des pro­duc­tions de Walt Dis­ney, il m’en est res­té quelque chose dont, no­tam­ment, mon op­ti­misme ou ma ma­nière de re­gar­der la vie avec, par­fois, une cer­taine naï­ve­té.

C’est pour cette rai­son que Le monde de de­main me «par­lait», d’au­tant plus que j’ai eu la chance, pe­tite, de voir l’une des ver­sions de l’at­trac­tion To­mor­row­land à Dis­ney­land.

La pre­mière de­mi-heure de ce long­mé­trage de 107 mi­nutes est conforme à ce qu’on at­tend d’un film sor­ti des stu­dios de Walt Dis­ney et qui se sert d’une at­trac­tion comme point de dé­part d’une his­toire. On fait la connais­sance de Frank Wal­ker (George Cloo­ney, et Tho­mas Ro­bin­son qui l’in­carne quand il est en­fant) alors qu’il se rend à la Foire in­ter­na­tio­nale de New York en 1964. Dans son sac, une invention (un «jet pack») qui de­vrait lui per­mettre de rem­por­ter le prix de 50 $. Mais son ré­ac­teur dor­sal ne fonc­tionne pas adé­qua­te­ment, quelque chose que lui fait re­mar­quer plu­tôt abrup­te­ment Nix (Hugh Lau­rie), le scien­ti­fique res­pon­sable.

Ce der­nier est sui­vi par Athe­na (Raf­fey Cas­si­dy), une fillette d’une in­tel­li­gence re­dou­table qui se lie d’ami­tié avec Frank. Elle lui donne un écus­son

Film de Brad Bird.

mar­qué d’un T (pour «To­mor­row­land») et l’en­joint à suivre la dé­lé­ga­tion de di­gni­taires qui va prendre part à l’inau­gu­ra­tion de l’at­trac­tion «It’s a Small World» (oui, celle de Dis­ney, et ce fait est his­to­ri­que­ment exact) sans se faire voir. Il est alors trans­por­té dans une ville du fu­tur, dans la­quelle des scien­ti­fiques s’af­fairent à construire un monde uto­pique.

De nos jours, Ca­sey New­ton (Britt Ro­bert­son), dont le père va perdre son em­ploi à la NASA pour cause d’ar­rêt du pro­gramme spa­tial, re­çoit un écus­son de la part d’Athe­na et voit la ville du fu­tur. Vou­lant sa­voir exac­te­ment quel est cet en­droit mys­té­rieux, elle dé­bute une quête qui lui fait ren­con­trer Frank Wal­ker et prendre conscience que le monde contem­po­rain court un im­mense dan­ger.

FIN G­CHÉE

Ain­si que je le sou­li­gnais ci-des­sus, la pre­mière de­mi-heure est im­pres­sion­nante. L’es­prit «Dis­ney» est là, on rit, on sou­rit et on s’émer­veille des dé­cors, des ef­fets ain­si que de la quan­ti­té de clins d’oeil dis­sé­mi­nés un peu par­tout. L’heure sui­vante est un peu plus la­bo­rieuse, cer­tains as­pects du film s’es­soufflent (no­tam­ment le manque to­tal de connexion émo­tive éprou­vée pour les per­son­nages) mal­gré d’ex­cel­lentes trou­vailles (celle de la Tour Eif­fel vaut son pe­sant d’or, tout comme celle du mo­ment dans la bou­tique Blast from the Past, qui re­gorge d’ac­ces­soires d’an­ciennes pro­duc­tions Dis­ney et de Star Wars).

Quant aux 20 der­nières mi­nutes, elles sont ir­ré­mé­dia­ble­ment gâ­chées par l’ex­pli­ca­tion «scien­ti­fique» (vous no­te­rez les guille­mets) du dan­ger que court la Terre. Ces quelques ré­pliques – la chose est ex­pé­diée de ma­nière dis­gra­cieuse et ri­di­cule en quelques phrases qui semblent avoir été écrites sur le coin d’une table par Brad Bird et Da­mon Lin­de­lof, les deux scé­na­ristes – ont suf­fi à me faire dé­cro­cher et à me faire re­gret­ter l’en­semble.

Mon­ter une his­toire et de­man­der au pu­blic d’y adhé­rer pen­dant 1 h 30 pour en­suite dé­truire le tout fait plus pen­ser à du M. Night Shya­ma­lan qu’à du Dis­ney. De sur­croît, même les jeunes n’y com­pren­dront rien tant l’ex­pli­ca­tion en ques­tion est bru­meuse.

En sub­stance, ce que je to­lère de M. Night Shya­ma­lan, je ne l’ad­mets pas des stu­dios Dis­ney. Pour­quoi? Parce que, et c’est ce que j’in­di­quais au dé­but de cette cri­tique, Dis­ney, c’est les films de notre en­fance et de­vant une telle aber­ra­tion, j’avoue m’être sen­tie aus­si tra­hie que le jour où mes pa­rents m’ont dit que le père Noël n’exis­tait pas. Et de la part des stu­dios de la sou­ris, c’est im­par­don­nable.

Cette co­mé­die très noire per­met à Kris­ten Wiig de sor­tir de son ré­per­toire ha­bi­tuel de plai­san­te­ries lé­gères.

Ce scé­na­rio peu com­mun, si­gné Eliot Lau­rence et por­té à l’écran par Shi­ra Pi­ven (la soeur de Je­re­my Pi­ven) met en scène Alice Klieg (Kris­ten Wiig), at­teinte d’un trouble de la per­son­na­li­té bor­der­line, qui passe son temps à re­gar­der des émis­sions de té­lé­vi­sion en­re­gis­trées. So­cia­le­ment, elle est tout sauf adap­tée, mal­gré ses séances avec le doc­teur Mof­fet (Tim Rob­bins).

Un jour, elle gagne 38 mil­lions $ à la lo­te­rie. Ce qu’elle fait d’une par­tie de son ar­gent est très simple, elle va voir une chaîne de té­lé­vi­sion lo­cale et de­mande son propre talk-show. Le titre? «Wel­come to Me» (lit­té­ra­le­ment «Bien­ve­nue à l’in­té­rieur de moi»). Pour un to­tal de 15 mil­lions $, elle exige donc 100 épi­sodes dé­diés à sa per­sonne. Au pro­gramme, des re­cettes de cui­sine, des re­cons­ti­tu­tions d’épi­sodes trau­ma­ti­sants de son en­fance, des confi­dences très crues et tout ce qui lui passe par la tête.

Comme la chaîne de té­lé est au bord du gouffre, les pro­prié­taires Rich (James Mars­den) et Gabe (Wes Bent­ley) ac­ceptent au grand désar­roi de toute l’équipe. Alice couche avec n’im­porte qui, ne mâche pas ses mots, pique des crises de co­lère en di­rect… et s’at­tire un au­di­toire fi­dèle, à tel point qu’elle de­vient une per­son­na­li­té in­con­tour­nable.

On sait par­fai­te­ment qu’Alice est une bombe à re­tar­de­ment et qu’il suf­fit d’at­tendre la suite des évè­ne­ments pour qu’elle ex­plose. Kris­ten Wiig s’en sort ad­mi­ra­ble­ment bien, jouant son per­son­nage avec toute la maî­trise né­ces­saire pour qu’on y trouve, à la fois un se­cond, voire un troi­sième de­gré, et qu’on s’at­tache à cette femme fon­ciè­re­ment désa­gréable.

De fausses in­fo­pubs, la chan­son Where Is My Mind des Pixies, une ap­pa­ri­tion de Lo­ret­ta De­vine, un re­gard vio­lem­ment cy­nique sur la so­cié­té contem­po­raine sont au­tant d’élé­ments qui pour­raient re­bu­ter, mais qui, au contraire, contri­buent à la fas­ci­na­tion exer­cée par ce drôle de film.

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