LE CÔ­TÉ SOMBRE DU CRÉA­TEUR

∫ Saint Laurent ∂∂∂∂∂

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINEMA WEEKEND - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI Avec Gas­pard Ul­liel, Jé­ré­mie Re­nier, Léa Sey­doux et Louis Gar­rel.

Après le Yves Saint Laurent, réa­li­sé par Ja­lil Les­pert et sor­ti au Qué­bec le 15 août der­nier, voi­ci le nou­veau ve­nu du ci­néaste Ber­trand Bo­nel­lo.

On y trouve Gas­pard Ul­liel dans le rôle du cou­tu­rier, Jé­ré­mie Re­nier dans ce­lui de Pierre Ber­gé, Léa Sey­doux dans ce­lui de Lou­lou de la Fa­laise et Louis Gar­rel dans ce­lui de Jacques de Ba­scher.

Moins réus­si que son pré­dé­ces­seur (les deux longs mé­trages sont sor­tis l’an der­nier en France!), Saint Laurent s’in­té­resse prin­ci­pa­le­ment aux an­nées si­tuées entre 1967 et 1976 dans la vie du créa­teur gé­nial. Par contre, et c’est une vo­lon­té du ci­néaste Ber­trand Bo­nel­lo, pas ques­tion d’adop­ter la forme nar­ra­tive tra­di­tion­nelle d’une bio­gra­phie.

NON AU­TO­RI­SÉ

Les évé­ne­ments de la vie d’Yves Saint Laurent sont pré­sen­tés en poin­tillés, puis­qu’il s’agit d’une bio­gra­phie non au­to­ri­sée et que le réa­li­sa­teur n’a pas eu un libre ac­cès aux do­cu­ments d’ar­chives. L’ac­cent est da­van­tage mis sur les col­lec­tions du de­si­gner fran­çais, qui s’en­chaînent sur fond mu­si­cal. Sou­hai­tant mon­trer la so­li­tude de l’homme, le réa­li­sa­teur le montre dans des boîtes de nuit, au mi­lieu d’une foule, sans dia­logue. Les ré­pliques se font éga­le­ment rares tout au long de ce film de 150 mi­nutes.

Rien n’est ex­pli­qué, rien n’est dé­cor­ti-

Film de Ber­trand Bo­nel­lo.

qué. Une scène ex­trê­me­ment longue (huit mi­nutes), no­tam­ment, cen­sée ex­pri­mer la ma­nière dont Pierre Ber­gé gère la mai­son de cou­ture est as­som­mante, entre autres parce que Ber­trand Bo­nel­lo s’at­tarde sur le vi­sage de l’in­ter­prète, Ber­ger ne par­lant pas an­glais. Bref, au­cune fio­ri­ture, au­cune ten­dresse, au­cune émo­tion ne fran­chissent la bar­rière de l’écran, pas même dans les mo­ments avec Lou­lou de la Fa­laise.

«Le film ne montre pas com­ment Saint Laurent est de­ve­nu Saint Laurent, mais ce qui lui en coûte d’être Saint Laurent. Ce que ce­la lui coûte de pas­ser du noir et blanc à la cou­leur, du fi­gé à l’aé­rien, de de­voir li­vrer quatre col­lec­tions par an, d’être une star», dit le ci­néaste dans le dos­sier de presse du film.

Et c’est là que ça cloche. Si une bio­gra­phie n’ex­plique pas la «mé­ca­nique de fonc­tion­ne­ment» d’un grand homme, je ne vois pas très bien à quoi il sert.

PHO­TOS COUR­TOI­SIE

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