L’hu­main avant tout

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINEMA WEEKEND -

Ils ont ébloui le monde en­tier avec In­tou­chables, une co­mé­die dra­ma­tique sur un té­tra­plé­gique mil­liar­daire (Fran­çois Clu­zet) se liant d’ami­tié avec son as­sis­tant is­su de la dia­spo­ra afri­caine (Omar Sy). Forts de ce suc­cès, le plus im­por­tant de l’his­toire du ci­né­ma fran­çais, Éric To­le­da­no et Oli­vier Na­kache au­raient pu se lan­cer dans la su­per­pro­duc­tion oné­reuse. Ils ont au contraire choi­si d’en­chaî­ner avec ce qu’ils savent faire le mieux: la co­mé­die so­cia­le­ment en­ga­gée. Sam­ba, sur la rencontre d’un sans-pa­piers (Sy, en­core lui) avec une bé­né­vole en burn-out (Char­lotte Gains­bourg), a connu moins de suc­cès, mais n’en mé­ri­tait pas moins. Pour nous en par­ler à l’heure de sa pa­ru­tion en DVD et sur les pla­te­formes VSD, rencontre avec Oli­vier Na­kache. In­tou­chables vous a ou­vert toutes les portes, mais sa­chant qu’un tel mi­racle ne se pro­duit ja­mais deux fois, com­ment avez­vous en­vi­sa­gé la pro­duc­tion de Sam­ba ? On s’est dit que le meilleur moyen de ne pas se mettre de pres­sion, c’était de fa­bri­quer un film réa­liste à bud­get rai­son­nable et très proche de ce qu’on aime faire. Comme vous le dites très jus­te­ment, ça ne nous ar­ri­ve­ra qu’une seule fois. In­tou­chables, c’est comme un phare qui va nous éclai­rer toute notre vie. Et un pas­se­port. Pour Sam­ba, on nous a ou­vert toutes les portes: les centres de dé- ten­tion, les tri­bu­naux ad­mi­nis­tra­tifs, les as­so­cia­tions. Les gens nous ont fait confiance. Votre film part d’un su­jet très uni­ver­sel, qui est ce­lui de l’im­mi­gra­tion, mais, ul­ti­me­ment, ça parle de trou­ver sa place et sa propre iden­ti­té. On n’a pas vou­lu faire un film sur l’im­mi­gra­tion, plu­tôt un film sur la com­plexi­té de notre so­cié­té, du monde du tra­vail. Le pro­ta­go­niste ne fait que tra­vailler et perd son iden­ti­té en tra­vaillant, tan­dis que celle qui lui vient en aide tra­vaille trop et ne sait plus vers quoi elle court. C’est vrai qu’en toile de fond, nous ra­con­tons la vie dif­fi­cile d’un sans-pa­piers, mais on a es­sayé de faire en sorte que l’hu­ma­ni­té qui se dé­gage des per­son­nages de­vienne le vé­ri­table mo­teur du récit. On re­marque une at­ten­tion très par­ti­cu­lière por­tée aux corps très contras­tés d’Omar Sy et de Char­lotte Gains­bourg. En fait, on a beau­coup tra­vaillé avec la sty­liste. C’est peut-être la pre­mière fois qu’Omar in­carne un per­son­nage qui est aus­si loin de lui. On a vrai­ment vou­lu lui construire une ca­ra­pace avec ce blou­son, sa fa­çon de mar­cher, sa fa­çon de par­ler et de ré­agir… On avait en­vie de le voir en­ve­lop­per cette pe­tite chose qu’est Char­lotte Gains­bourg. Avant même d’écrire le pre­mier mot du scé­na­rio, nous sommes al­lés voir Char­lotte pour son­der son in­té­rêt. Elle nous a dit: «Oui, mais moi, je ne suis pas drôle.» Et on lui a dit: «Laisse-nous faire!»

Qu’est-ce qui vous in­té­res­sait chez elle ? Sa com­plexi­té. Elle est à la fois très belle et pas un man­ne­quin. Elle dé­gage quelque chose de fra­gile et, en même temps, elle est très puis­sante dans son jeu.

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