UN DRAME INS­PI­RANT DANS LE­QUEL ON SE PERD UN PEU

La salle de danse

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Isabelle Hon­te­bey­rie

En met­tant en scène une par­tie de la vie de Jim­my Gral­ton, Ken Loach livre un drame évo­ca­teur, mais dans le­quel on se perd un peu. Nous sommes en 1932. Jim­my Gral­ton (Bar­ry Ward) re­vient en Ir­lande après avoir pas­sé 10 ans à New York (le film s’ouvre d’ailleurs sur des images d’époque de la mé­tro­pole). Dès son retour, le père She­ri­dan (Jim Nor­ton) offre de lui trou­ver du tra­vail à Londres, comme s’il crai­gnait le retour de cet en­fant du pays au pas­sé trouble.

Car Jim­my rap­porte dans ses ba­gages, non pas ses idéaux so­cia­listes – il les avait en par­tant –, mais des disques de jazz. Et quand il ac­cepte de rou­vrir le Pearse-Con­nol­ly Hall, dans le­quel la po­pu­la­tion lo­cale peut dan­ser, lire et vivre hors du re­gard pe­sant de l’église, les pro­blèmes com­mencent.

Comme le dit l’une des vil­la­geoises, «the mas­ters and the pas­tors» («les maîtres et les prêtres») sont l’op­po­si­tion prin­ci­pale à ce lieu de re­grou­pe­ment, à tel point que Jim­my est bien vite pré­sen­té par le père She­ri­dan comme le diable en per­sonne. De fait, ses op­po­sants mettent tout en oeuvre pour se dé­bar­ras­ser de ce lieu, et donc de lui.

Jim­my Gral­ton, seul ir­lan­dais dé­por­té de son pays après l’in­dé­pen­dance, est un per­son­nage ins­pi­rant, même s’il est in­car- né par un ac­teur peu connu. À cause de la clar­té du com­bat pré­sen­té – obs­cu­ran­tisme du cler­gé contre li­bé­ra­tion so­ciale prô­née par les com­mu­nistes –, on ne peut s’em­pê­cher d’être de tout coeur avec ce hé­ros d’un autre temps.

DIF­FI­CILE À COM­PRENDRE

Par contre, et c’est le plus grand point né­ga­tif du long mé­trage, Ken Loach ne s’em­bar­rasse pas d’ex­pli­ca­tions sur le contexte po­li­tique ir­lan­dais de l’époque. On est donc, au ha­sard de cer­taines scènes, je­té dans des dis­cus­sions aux sub­ti­li­tés dif­fi­ciles à com­prendre (mal­gré les quelques phrases d’in­tro­duc­tion du film).

Pré­sen­té en sé­lec­tion of­fi­cielle au Fes­ti­val de Cannes de 2014, Jim­my’s Hall est, sans conteste, un film ins­pi­rant, d’au­tant que Ken Loach ne tombe ja­mais dans la lour­deur et l’api­toie­ment. Par contre, on en sort avec une im­pres­sion d’être pas­sé à cô­té de tout ce que cette his­toire au­rait pu of­frir.

Film de Ken Loach. Avec Bar­ry Ward, Si­mone Kir­by, Jim Nor­ton et De­nise Gough.

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