« J’AI­ME­RAIS PLAIRE À TOUT LE MONDE »

PARIS | Peu im­porte la ville fran­çaise dans la­quelle il se trouve, si Jean-Marc Gé­né­reux se pro­mène dans les rues et clame sa cé­lèbre for­mule «Et ça...? », les pas­sants ré­pon­dront au­to­ma­ti­que­ment «j’achète!».

Le Journal de Montreal - Weekend - - TÉLÉVISION - Fa­bien Boi­leau Agence QMI

Avec Danse avec les Stars, l’émis­sion phare de TF1 dont il est ju­ré de­puis 2011, le cho­ré­graphe a at­teint le rang de ve­dette en France. À quelques se­maines de la sor­tie qué­bé­coise de son au­to­bio­gra­phie Danse avec l’es­poir, nous avons ren­con­tré le Lon­gueuillois à Paris.

La po­pu­la­ri­té de Jean-Marc Gé­né­reux ne cesse de croître en France. Re­cru­té en 2010 par la pro­duc­tion fran­çaise de BBC World­wide pour faire par­tie du ju­ry d’une nou­velle émis­sion de danse, le cho­ré­graphe inonde lit­té­ra­le­ment les té­lé­vi­sions fran­çaises et mul­ti­plie les pro­jets ar­tis­tiques à tra­vers l’hexa­gone.

AJUS­TE­MENTS

Dé­jà juge sur la ver­sion ca­na­dienne de So You Think You Can Dance, Jean-Marc Gé­né­reux a dû pro­cé­der à quelques ajus­te­ments en ar­ri­vant en France.

«Être juge c’est une res­pon­sa­bi­li­té, mais tout le dé­fi était de com­mu­ni­quer avec la France, at-il ex­pli­qué. Je m’adresse à des Fran­çais, il faut que je sois le plus co­hé­rent pos­sible, si les gens sont uni­que­ment amu­sés par mon ac­cent, mes fo­lies et mes en­vo­lées poé­tiques, ils ne cap­te­ront pas l’es­sen­tiel du pro­pos, j’ai donc dû trou­ver ma propre to­na­li­té.»

Très cri­tique sur sa pre­mière pres­ta­tion au sein du ju­ry, Jean-Marc Gé­né­reux n’a ces­sé de se re­mettre en ques­tion avant d’être plei­ne­ment à l’aise dans son rôle.

«J’ai oeu­vré dans le do­maine de la com­pé­ti­tion pen­dant plus 20 ans, donc c’est na­tu­rel pour moi d’être au­to­cri­tique, a-t-il sou­li­gné. Je me suis concen­tré sur mes dé­fauts et j’ai es­sayé de les cor­ri­ger. En tant que juge, je ne pou­vais pas en­ri­chir mes pa­roles avec du mou­ve­ment, il fal­lait que mes pro­pos, mon ton, et mon ni­veau de langue soient justes. J’avais l’im­pres­sion d’avoir com­plè­te­ment ra­té ma pre­mière im­pres­sion. Heu­reu­se­ment, je crois en la 2e, la 3e et la 4e! (rires)»

AU­TO­BIO­GRA­PHIE

Au­jourd’hui, le cho­ré­graphe signe son au­to­bio­gra­phie avec les cé­lèbres édi­tions Michel La­fon, pré­pare la pré­sen­ta­tion d’une émis­sion té­lé­vi­sée sur la chaîne Gul­li et se frotte à la fic­tion à la té­lé­vi­sion et au ci­né­ma – le pro­duc­teur Tho­mas Lang­mann ( L’ar­tiste) lui a pro­po­sé un rôle dans son pro­chain long mé­trage. Une car­rière bien dif­fé­rente de celle qu’il mène au Qué­bec.

«Les Qué­bé­cois ne me connaissent pas! J’ai fait Les en­fants de la té­lé en France, et j’ai re­çu trois in­vi­ta­tions pour Fort Boyard. Rien de tout ça chez moi! Le Ca­na­da an­glais, les États-Unis et la France me sol­li­citent, mais pas le Qué­bec. J’ai­me­rais plaire à tout le monde, mais ce n’est pas pos­sible!»

Et si Jean-Marc Gé­né­reux ad­met une cer­taine frus­tra­tion, il reste en­core au­to­cri­tique face au constat de bou­de­rie dans ses propres terres.

«C’est en grande par­tie ma faute, car je n’ai pas as­sez pris le temps de culti­ver un lien de proxi­mi­té avec le marché qué­bé­cois. Je ne peux pas me plaindre, j’ai une place d’hon­neur en France, mais mon rêve est de pou­voir al­ler tra­vailler, ren­trer le soir pour me cou­cher dans le même lit que ma femme et me le­ver le ma­tin avec mes en­fants.»

LOIN DES SIENS

Après plus de 20 ans pas­sés à dan­ser à tra­vers le monde dans les bras de sa femme et par­te­naire France Mous­seau, Jean-Marc Gé­né­reux se re­trouve pour la pre­mière fois à exer­cer son art en so­lo.

«Je vi­vais 28 heures par jour, 8 jours sur 7 avec ma femme, elle com­men­çait une phrase, je la fi­nis­sais, a ex­pli­qué le cho­ré­graphe. Je ne peux même ima­gi­ner dan­ser avec une autre par­te­naire. J’ai un peu l’im­pres­sion de vivre en trait d’union, de lais­ser beau­coup de blancs der­rière moi, des vides que j’es­saye de com­bler.»

Jean-Marc Gé­né­reux est aus­si père de deux en­fants: Jean-Fran­cis 19 ans et Fran­ces­ca, 16 ans, qui souffre du syn­drome de Rett, une ma­la­die gé­né­tique neu­ro­lo­gique qui se tra­duit par un trouble du dé­ve­lop­pe­ment du sys­tème ner­veux cen­tral.

«Lorsque ma fille a été diag­nos­ti­quée, France a as­su­ré son rôle de mère à 2000 %. Nous sommes une vé­ri­table équipe, mais elle m’a dit de pro­fi­ter des op­por­tu­ni­tés pro­fes­sion­nelles. L’an­née der­nière, j’ai pas­sé moins de 100 jours en Amé­rique du Nord. Je pour­rais vivre 365 jours par an à Paris et être constam­ment oc­cu­pé, mais avec la ma­la­die de Fran­ces­ca, c’est im­pos­sible d’en­vi­sa­ger de les faire ve­nir ici.»

Une dis­tance qui pèse par­fois lourd pour le cho­ré­graphe ému aux larmes lors­qu’il évoque son exil pro­fes­sion­nel.

«Mon fils me de­mande sou­vent «Pour­quoi tu veux for­cé­ment ve­nir tra­vailler au Qué­bec? Tu veux plaire à 8 mil­lions de per­sonnes alors que tu en as dé­jà conquis plus de 60 mil­lions.» Je lui ré­ponds sim­ple­ment qu’en France, lorsque j’ai fi­ni de tra­vailler, c’est un oreiller que je serre dans mes bras, et pas lui.» Pu­bliée chez Michel La­fon, l’au­to­bio­gra­phie Danse avec l’es­poir de Jean-Marc Gé­né­reux se­ra dis­po­nible au Qué­bec à l’au­tomne pro­chain.

JEAN-MARC GÉ­NÉ­REUX

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