RE­GARD SUR L’INS­TINCT PA­TER­NEL

Pour son qua­trième long mé­trage, Jeff Ni­chols a de nou­veau fait ap­pel à Mi­chael Shan­non et, cette fois-ci, il est ac­com­pa­gné de Joel Ed­ger­ton, Kirs­ten Dunst, Adam Dri­ver et Sam She­pard.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hon­te­bey­rie Agence QMI

Pré­sen­té à la Ber­li­nale, Mid­night Spe­cial a frap­pé, parce qu’il mé­lange d’une ma­nière par­ti­cu­lière sus­pense, science-fic­tion et pa­ter­ni­té. Gros plan sur un long mé­trage qui fait ja­ser…

«Je com­pare sou­vent ce film à une pou­pée russe in­ver­sée. En ef­fet, les pou­pées russes com­mencent par quelque chose de gros, et, en plu­sieurs étapes, de­viennent de plus en plus pe­tites jus­qu’à ar­ri­ver au coeur. Le film, lui, dé­bute d’une ma­nière très ser­rée et s’élar­git peu à peu», a in­di­qué Jeff Ni­chols. Car, au dé­but de Mid­night Spe­cial, deux hommes se trouvent dans la chambre d’un mo­tel alors que la té­lé­vi­sion dif­fuse les images d’Al­ton (Jae­den Lie­be­rher), un en­fant qui a été kid­nap­pé. Or, ce­lui-ci, ca­ché sous la table de la chambre, est étran­ge­ment se­rein.

On ap­prend ra­pi­de­ment que les deux hommes en ques­tion ne sont autres que Roy (Mi­chael Shan­non), le père d’Al­ton, et son ami d’en­fance, Lu­cas (Joel Ed­ger­ton). Le trio en fuite de­man­de­ra, au cours de son pé­riple, l’aide de Sa­rah (Kirs­ten Dunst), la mère d’Al­ton.

C’est que le gar­çon­net de huit ans n’est pas comme les autres. Il est ca­pable, sans le moindre ef­fort, de dé­cryp­ter des mes­sages top-se­cret. De fait, Al­ton est pour­chas­sé par les membres d’une secte re­li­gieuse pla­cée sous le contrôle de Cal­vin Meyer (Sam She­pard) ain­si que par le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, l’équipe étant me­née par Paul Se­vier (Adam Dri­ver).

Comme Jeff Ni­chols, Mi­chael Shan­non vient du sud des États-Unis. Les deux hommes par­tagent une cer­taine sen­si­bi­li­té. Et pour l’ac­teur qui a été de tous les longs mé­trages du scé­na­riste et ci­néaste, «je trouve une conti­nui­té thé­ma­tique à tous ses films. Ils traitent tous de la re­la­tion entre pa­rents et en­fants. Dans Take Shel­ter et Mid­night Spe­cial, le père est gui­dé par le be­soin de pro­té­ger son en­fant. Dans Shot­gun Sto­ries, le père a dis­pa­ru et a lais­sé ses fils se dé­brouiller seuls. Puis dans Mud, on trouve deux gar­çons qui cherchent une es­pèce de guide.»

MYS­TÈRE ET FOI…

Parce qu’il pos­sède des pou­voirs spé­ciaux et in­ex­pli­cables, Al­ton a été éle­vé dans la secte de Third Hea­ven Ranch jus­qu’à ce que Roy le sauve des griffes de Cal­vin Meyer.

«Le sous-en­ten­du est qu’Al­ton est fait pour quelque chose de plus grand, que ses pou­voirs sont les ma­ni­fes­ta­tions de ce qu’il doit ac­com­plir. Roy et Lu­cas ne com­prennent pas les ha­bi­le­tés du gar­çon, pas plus que le pu­blic n’est cen­sé les com­prendre. D’une cer­taine ma­nière, il s’agit là d’une mé­ta­phore sur le fait que nos en­fants vont de­ve­nir quel­qu’un en qui nous de­vons avoir confiance.»

«Cette his­toire en est une d’une croyance en quelque chose qu’on ne peut com­prendre. Le film ex­plore aus­si la na­ture de la foi, dans toutes ses ma­ni­fes­ta­tions. Il aborde ce dont sont ca­pables les gens quand ils ont la foi. Que fe­riez-vous si vous sa­viez que votre en­fant est des­ti­né à quelque chose où vous ne pou­vez pas le suivre?» C’est après une ur­gence mé­di­cale pour son fils d’un an que Jeff Ni­chols s’est plon­gé dans la psy­cho­lo­gie pa­ter­nelle pour écrire Mid­night Spe­cial. «J’ai réa­li­sé qu’avoir un en­fant si­gni­fiait qu’on don­nait une par­tie de soi-même à l’uni­vers. C’est comme si une bles­sure s’ou­vrait, sans pos­si­bi­li­té de gué­ri­son. Si quelque chose ar­rive à notre en­fant, on le res­sent d’au­tant plus qu’on l’aime, et c’est un sen­ti­ment d’im­puis- sance to­tale que de réa­li­ser qu’il existe dé­sor­mais un être pour le­quel on est prêt à tout, mais sur le­quel on n’a au­cun contrôle. Ce­la a été la base de Mid­night Spe­cial. Take Shel­ter a été écrit par un homme qui s’ap­prê­tait à de­ve­nir père et dé­cri­vait toute l’an­goisse que ce­la sus­ci­tait, tan­dis que Mid­night Spe­cial a été écrit par un homme dé­jà père.»

Et c’est éga­le­ment cet as­pect qui a par­ti­cu­liè­re­ment ré­son­né chez Mi­chael Shan­non, no­tam­ment dans ses scènes avec le jeune Jae­den Lie­be­rher. «Nous n’avons pas pu pas­ser beau­coup de temps avec Jae­den avant de com­men­cer le tour­nage, tout sim­ple­ment parce que ma deuxième fille ve­nait tout juste de naître, elle est née une se­maine avant le pre­mier tour de ma­ni­velle! Mais mes ins­tincts pa­ter­nels étaient à fond! C’est une chose à la­quelle je pense sys­té­ma­ti­que­ment quand je re­garde ce film, il me rap­pelle ce temps-là», a confié l’ac­teur à Ber­lin.

Le jeune Al­ton (Jae­den Lie­be­rher) pos­sède le don de dé­cryp­ter des mes­sages top-se­cret sans le moindre ef­fort.

Mid­night Spe­cial ar­rive dans les salles obs­cures de la pro­vince dès le

18 mars.

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