EX­TRAIT

Le Journal de Montreal - Weekend - - SOMMAIRE - Ma­rie-France Bornais Le Jour­nal de Qué­bec

«Elle s’avan­ça vers un gar­çon de table au pan­ta­lon noir et à la che­mise blanche fer­mée d’un noeud pa­pillon. Le style gar­çon de ca­fé par ex­cel­lence avec son long ta­blier bou­clé à la taille, rap­pe­lant Yves Mon­tand dans le film Gar­çon! du ci­néaste Claude Sau­tet sor­ti deux ans plus tôt en 1983. Les trois co­pines étaient al­lées le voir au ci­né­ma rue Saint-De­nis. - B’jour! J’peux v’z’ai­der? de­man­da ce­lui-ci en re­muant à

Son hé­roïne, Si­mone Bou­quet, est fraî­che­ment di­plô­mée de l’Ins­ti­tut de tou­risme et d’hô­tel­le­rie du Qué­bec et rêve d’ou­vrir un res­tau­rant gas­tro­no­mique à Mon­tréal. Elle part en stage dans un res­to de Nantes, en France, et craque pour le beau et jeune chef Thier­ry Car­ton.

À son re­tour au Qué­bec, elle tra­vaille d’ar­rache-pied pour at­teindre ses ob­jec­tifs et es­suie bien des re­vers en cours de route: des unions ra­tées, des en­fants qu’elle es­saie d’ap­pri­voi­ser et une mère en fin de vie. Heu­reu­se­ment que ses co­pines Daph­née et Ra­chel sont là pour l’en­cou­ra­ger!

Christine La­mer, une co­mé­dienne qui a une plume dé­li­cieuse et très vive, s’est lan­cée avec bon­heur dans cette his­toire où elle a pu don­ner libre cours à sa pas­sion pour la cui­sine. «J’adore cui­si­ner et je m’in­té­resse à la cui­sine de­puis que je suis toute pe­tite. J’étais vé­gé­ta­rienne avant l’heure — je ne man­geais pas de viande. C’était mal vu. C’est une pas­sion pour moi de cui­si­ner, et j’ai dé­jà ani­mé une émis­sion de cui­sine.» Elle a donc ima­gi­né la vie de son per­son­nage, Si­mone, née de pa­rents fran­çais, mais qui a gran­di à Mon­tréal. «Cette fille a la cui­sine dans le sang. Elle dé­sire ou­vrir son res­tau­rant à Mon­tréal, mais part en stage dans un coin de la France où, en 1985, on ne pense pas al­ler; on pense plu­tôt à Pa­ris ou à la ca­pi­tale gas­tro­no­mique, Lyon. Elle veut al­ler dans les cui­sines de Thier­ry Car­ton, à Nantes, et c’est là que com­mence sa grande aven­ture.» peine les lèvres comme s’il était ven­tri­loque la nuit dans un ca­ba­ret de Mont­martre. - J’ai ren­dez-vous avec mon­sieur Lu­cien... Le gar­çon prit un air hau­tain et sno­bi­nard. Il lui ex­pli­qua en mar­mon­nant entre ses dents qu’il n’était pas ques­tion pour elle de se rendre aux cui­sines en tra­ver­sant la salle à man­ger et de sur­croît trem­pée jus­qu’aux os.»

- Christine La­mer, Bou­quet gar­ni

SCÈNES SEN­SUELLES

Elle s’est aus­si don­né la per­mis­sion d’écrire des scènes très sen­suelles et de mettre des gros mots dans la bouche de ses per­son­nages, elle qui était beau­coup plus ré­ser­vée dans ses ro­mans pré­cé­dents. Bou­quet gar­ni est moins prude, plus émou­vant et plus au­da­cieux.

«Je com­mence dans ce mé­tier. C’est un ap­pren­tis­sage. Je suis en train de trou­ver mon style et ce que je veux ra­con­ter comme his­toire. C’est un ro­man d’amour très pi­men­té. Je trouve que la bouffe et l’amour, c’est très lié. C’est sen­suel, c’est ré­vé­la­teur des gens qui aiment la cui­sine et les bons vins et le cham­pagne.» Si­mone s’en donne à coeur joie avec Thier­ry Car­ton!

Christine ajoute que le fait d’avoir vé­cu un ra­mas­sis d’épreuves dans sa vie per­son­nelle au cours des der­niers mois dé­teint aus­si sur le ro­man. «Je suis une fille qui a ap­pris à sa­crer parce que j’ai vé­cu la ma­la­die et le dé­cès de mes pa­rents en l’es­pace de 18 mois. J’en parle dans Bou­quet gar­ni, quand on entre dans les hô­pi­taux: c’est là que j’ai ap­pris à sa­crer. J’étais très en co­lère contre le sys­tème.»

Le fait de voir par­tir ses pa­rents a eu un ef­fet sur son écri­ture. «Ma mère trou­vait que mon ro­man Ka­te­ri était osé. Je me re­te­nais, mais, dans Bou­quet gar­ni, j’ai lais­sé al­ler mon cô­té sen­suel. Le dé­cès de mes pa­rents m’a ai­dée à m’ou­vrir et à me lais­ser al­ler en écri­ture. C’est une li­bé­ra­tion.»

Christine La­mer croit aux belles his­toires d’amour comme celle de Si­mone et de Thier­ry. «Je n’ai ja­mais vé­cu ça, car, en 2017, ça va faire 40 ans que je suis ma­riée. Je crois que l’amour est une nour­ri­ture.» Christine La­mer a cam­pé l’hor­rible Ja­ckie dans L’or du temps, ain­si que la douce Ma­ri­sol et l’es­piègle Bo­bi­nette à la té­lé. Elle joue éga­le­ment au théâtre dans Les sor­cières de Sa­lem, avec La Co­mé­die hu­maine, jus­qu’au 25 avril. Elle a com­men­cé la suite de Bou­quet gar­ni.

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