UNE CO­MÉ­DIE SUR LE SUI­CIDE AS­SIS­TÉ?

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hon­te­bey­rie Agence QMI

Dans le réa­li­sa­teur et cos­cé­na­riste suisse Lio­nel Baier met en scène un per­son­nage qui, at­teint d’un can­cer, a re­cours aux ser­vices d’une as­so­cia­tion pour l’ai­der à mou­rir.

La va­ni­té,

En en­tre­vue, Baier a ex­pli­qué les rai­sons de son choix d’un tel su­jet et sa ma­nière hu­mo­ris­tique de le trai­ter.

La va­ni­té c’est Da­vid Miller (Pa­trick Lapp), un vieil homme at­teint d’un can­cer, qui se pré­sente dans un hô­tel où l’at­tend Es­pe­ran­za (Car­men Mau­ra), ac­com­pa­gna­trice bé­né­vole d’une as­so­cia­tion d’aide au sui­cide. Mais la soi­rée ne se dé­roule pas comme pré­vu, leur voi­sin de chambre, Tre­plev (Ivan Geor­giev), un pros­ti­tué russe, se re­trou­vant im­pli­qué, bien mal­gré lui, dans cette si­tua­tion.

SU­JET DÉ­LI­CAT

«En Suisse, les per­sonnes qui aident les autres à mou­rir sont is­sues de la so­cié­té ci­vile. Ils font par­tie de l’as­so­cia­tion Exit, dé­peinte de ma­nière un peu ro­cam­bo­lesque dans le film. Ce sont des gens qui ont re­çu une for­ma­tion com­plé­men­taire, mais les ac­com­pa­gna­teurs ou ac­com­pa­gna­trices pour­raient être vous ou n’im­porte qui d’autre», a ex­pli­qué Lio­nel Baier, re­joint à Lau­sanne quelques jours avant sa ve­nue au Qué­bec pour pré­sen­ter le film.

Si le su­jet est grave, le trai­te­ment est léger, quelque chose que Lio­nel Baier et Ju­lien Bouis­soux, les deux scé­na­ristes, avaient pré­vu dès l’écri­ture du pro­jet. «Je trouve sou­vent que la co­mé­die ou une forme d’humour, que le fait de rire ou de sou­rire dans un film, est une forme de po­li­tesse au ci­né­ma. C’est une fa­çon, pour le réa­li­sa­teur ou la réa­li­sa­trice, de lais­ser une dis­tance. J’avais l’im­pres­sion que, comme le su­jet est très grave, la gra­vi­té du trai­te­ment n’était pas de bon aloi.»

«Et c’est ce que nous nous sommes dit dès le dé­part avec le cos­cé­na­riste. Il y a un cô­té ab­surde, car rien, dans notre vie, ne nous pré­pare à ac­com­pa­gner quel­qu’un de cette fa­çon-là. C’est très ré­cent dans l’his­toire de l’hu­ma­ni­té qu’on a à se po­ser ce genre de ques­tions, et je me suis dit que ce­la de­vait gé­né­rer pas mal de si­tua­tions très co­casses», a sou­li­gné Lio­nel Baier.

Une par­tie de l’as­pect co­mique de La va­ni­té vient éga­le­ment du fait que rien ne se dé­roule comme pré­vu. «Le per­son­nage de Da­vid Miller est as­sez va­ni­teux. Il doit se dire que même pour la mort, il y a une loi donc au­tant l’uti­li­ser. Mais ça ne marche pas comme pré­vu et ça le rend dingue.»

LA CULTURE DU DÉ­BAT AU QUÉ­BEC

«Je suis ve­nu à Mon­tréal en oc­tobre der­nier, alors que vous étiez en pleine dis­cus­sion sur la loi concer­nant les soins de fin de vie [NDLR: en­té­ri­née en 2014, mais en­trée en vi­gueur en dé­cembre 2015]. Ce qui est très in­té­res­sant chez vous, et ce qui se passe aus­si en France ac­tuel­le­ment, c’est qu’on sent qu’il y a un plai­sir à dis­cu­ter, à po­ser des ques­tions.

«Il y a, au Qué­bec, une culture du dé­bat qui est liée à votre his­toire et qui est très forte, de com­men­ter le ci­néaste. Cette culture fait que, même si la loi va abou­tir à quelque chose, c’est l’abou­tis­se­ment qui est un vrai ques­tion­ne­ment social. Pour les Suisses, la loi est l’ad­mi­nis­tra­tion au quo­ti­dien. Ici, la dis­cus­sion sur le sui­cide as­sis­té a re­la­ti­ve­ment peu eu lieu. […] Elle n’a pas eu les mêmes ré­per­cus­sions phi­lo­so­phiques, re­li­gieuses, etc. qu’elle a eues chez vous. J’ai l’im­pres­sion que la dis­cus­sion que vous avez me­née au Qué­bec se­ra plus pro­fi­table à long terme. Pour les Suisses, quand il y a un pro­blème, on trouve une loi et on vote. C’est le cô­té très suisse que pos­sède Da­vid, c’est très pro­tes­tant, très cal­vi­niste.»

Et Lio­nel Baier de conclure: «Pour plein de rai­sons per­son­nelles, la mort est une pré­oc­cu­pa­tion qui m’ha­bite tous les jours. C’est vrai qu’on a tou­jours l’im­pres­sion qu’un su­jet comme l’eu­tha­na­sie, le sui­cide as­sis­té ou la mort est un su­jet qui ne concerne que les per­sonnes plus âgées. En même temps, une ma­nière re­la­ti­ve­ment saine de vivre au quo­ti­dien est de ne ja­mais oc­cul­ter le fait qu’on va mou­rir.»

La va­ni­té a pris l’af­fiche le 18 mars.

En Suisse, la dis­cus­sion sur le sui­cide as­sis­té

n’a pas eu les mêmes ré­per­cus­sions phi­lo­so­phiques et re­li­gieuses qu’au Qué­bec.

Les choses ne se dé­rou­le­ront pas comme pré­vu. PHO­TOS COUR­TOI­SIE

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