SE QUES­TION­NER SUR SES CROYANCES

La cé­lèbre pièce Le vi­si­teur, de l’au­teur fran­çais ÉricEm­ma­nuel Sch­mitt, est pré­sen­tée au Centre Se­gal dans une toute nou­velle mise en scène. Le texte met de l’avant le très ré­pu­té psy­cha­na­lyste Sig­mund Freud, qui est aux prises avec un can­cer. À l’aub

Le Journal de Montreal - Weekend - - THÉÂTRE - Louise Bour­bon­nais Col­la­bo­ra­tion spé­ciale louise.bour­bon­nais @que­be­cor­me­dia.com

La pièce est cam­pée à Vienne en 1938, tan­dis que l’Al­le­magne vient d’an­nexer l’Au­triche et que les na­zis oc­cupent la ville, l’émi­nent psy­cha­na­lyste Sig­mund Freud, vit avec sa fille An­na, et se ques­tionne à sa­voir s’ils doivent quit­ter l’Au­triche, d’au­tant plus qu’ils sont d’ori­gine juive et qu’un of­fi­cier SS les har­cèle et les me­nace. Pour ajou­ter au mal­heur, l’homme est gra­ve­ment ma­lade, frap­pé par un can­cer de la gorge. Faut-il fuir ou res­ter?

«C’est un texte for­mi­dable», re­con­naît d’en­trée de jeu le co­mé­dien Fré­dé­ric De­sa­ger qui in­ter­pré­te­ra l’in­con­nu. «Ce texte est tou­jours d’ac­tua­li­té en plus d’être fas­ci­nant.»

Heu­reux ha­sard pour l’ac­teur, qui était éga­le­ment de la dis­tri­bu­tion de cette pièce qui avait été mon­tée en 1998 et qui avait tour­né pen­dant quatre ans pour 160 re­pré­sen­ta­tions. À l’époque, Fré­dé­ric De­sa­ger cam­pait alors l’of­fi­cier na­zi. «Cette pièce a joué 2500 fois à Pa­ris lors de sa créa­tion», rap­pelle le co­mé­dien. Un suc­cès sans précédent qui lui a d’ailleurs va­lu en 1994 trois prix Mo­lière.

UN VI­SI­TEUR

Alors que la Ges­ta­po vient d’ar­rê­ter sa fille An­na, in­ter­pré­tée par Ka­ryne Le­mieux, le Dr Freud, per­son­ni­fié par Alain Four­nier, hap­pé par la ma­la­die, se re­trouve plus seul que ja­mais. Un étrange vi­si­teur lui ap­pa­raî­tra. Ce­lui-ci pré­ten­dra être Dieu. C’est une ter­rible nuit d’an­goisse qui l’at­tend.

«Freud va se de­man­der si ce vi­si­teur est un fou qui se fait pas­ser pour Dieu ou si fi­na­le­ment c’est une in­car­na­tion de Dieu, ou en­core s’il s’agit d’un rêve ou d’une hal­lu­ci­na­tion», ré­vèle l’ac­teur qui se voyait in­ca­pable de re­fu­ser ce rôle.

Se­lon la pro­po­si­tion du met­teur en scène Ariel Ifer­gan, le spec­ta­teur de­meu­re­ra dans le doute sur l’iden­ti­té de cet in­con­nu.

«À mon avis, il s’agit de Dieu, ima­gi­né par Freud et comme c’est Freud qui l’a ima­gi­né ça ne peut être qu’un fou», convient le co­mé­dien.

LE VI­SI­TEUR

FOI ET CONVIC­TION

Cette ren­contre entre Freud et l’in­con­nu n’au­ra rien de ba­nal puisque l’in­con­nu ira jus­qu’à pous­ser le psy­cha­na­lyste aux li­mites de sa foi et ses convic­tions. De sur­croît, l’in­con­nu semble tout connaître sur la vie de Freud, son en­fance, son tra­vail, ses dé­cou­vertes. Pour le psy­cha­na­lyste, qui se di­sait athée, de nou­velles ques­tions exis­ten­tielles sur­vien­dront.

«Freud était ron­gé par la ma­la­die, et il ar­rive que de­vant la mort et la souf­france on de­vienne croyant», fait re­mar­quer Fré­dé­ric De­sa­ger. «Cette pièce est à la fron­tière du réa­lisme et de l’ima­gi­naire.»

Le pro­pos de la pièce de­vrait éveiller un dé­bat exis­ten­tiel chez le spec­ta­teur prin­ci­pa­le­ment pour ceux qui sont fon­da­men­ta­le­ment athées, se­lon Fré­dé­ric De­sa­ger.

«Cette pièce est un chef-d’oeuvre qui nous pousse à ré­flé­chir, car au-de­là de la re­li­gion cette pièce est très spi­ri­tuelle et uni­ver­selle», conclut-il.

Le Centre Se­gal, dé­dié au théâtre an­glo­phone, s’est don­né comme nou­vel ob­jec­tif de pré­sen­ter des pièces fran­co­phones afin de dé­ve­lop­per un nou­veau pu­blic.

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