HE­LEN MIR­REN, COLONNELLE UNE IM­PI­TOYABLE

Une mis­sion se­crète conduite par drones tourne au cau­che­mar dans ce th­riller réa­li­sé par Ga­vin Hood ( Dé­ten­tion se­crète) et met­tant en ve­dette He­len Mir­ren, Alan Ri­ck­man et Aa­ron Paul.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hon­te­bey­rie Agence QMI

Drones, ex­cellent long mé­trage d’An­drew Nic­col avec Ethan Hawke, s’in­té­res­sait à l’uti­li­sa­tion de drones mi­li­taires par les Amé­ri­cains. Eye in the Sky, un film bri­tan­nique, pousse les choses en­core plus loin. En ef­fet, dans ce scé­na­rio si­gné par Guy Hib­bert ( Le sang du pé­trole), la co­lo­nelle Ka­the­rine Po­well (He­len Mir­ren) doit su­per­vi­ser la traque de per­sonnes soup­çon­nées de ter­ro­risme de­puis un bun­ker à Londres.

Elle est aux com­mandes d’une opé­ra­tion d’en­ver­gure – et top se­crète – se dé­rou­lant à Nai­ro­bi, au Ke­nya. Elle doit su­per­vi­ser le dé­ploie­ment de troupes spé­ciales sur le ter­rain, char­gées de cap­tu­rer des in­di­vi­dus d’im­por­tance, alors que la sur­veillance aé­rienne est ef­fec­tuée par Steve Watts (Aa­ron Paul), un lieu­te­nant amé­ri­cain si­tué à la base aé­rienne de Las Ve­gas.

Or, tout dé­rape lorsque Ka­the­rine Po­well réa­lise que les sus­pects sont en train de pla­ni­fier un at­ten­tat-sui­cide dans cette mai­son d’un quar­tier de Nai­ro­bi, contrô­lé par Al-Shab­baab. La mis­sion en de­vient donc une de liquidation des sus­pects. Seul pro­blème: Alia (Ai­sha Ta­kow), une fillette de neuf ans, ac­com­pa­gnée de sa mère, entre dans la zone qui doit être bom­bar­dée. Le lieu­te­nant-gé­né­ral Frank Ben­son (Alan Ri­ck­man), James Willett (Iain Glen), le se­cré­taire de la Dé­fense, Brian Woo­dale (Je­re­my Nor­tham), membre du gou­ver­ne­ment ain­si qu’An­ge­la North­man (Mo­ni­ca Do­lan), une po­li­ti­cienne, se livrent alors à une ré­flexion sur les vic­times col­la­té­rales et la jus­ti­fi­ca­tion de leur meurtre.

UN RÔLE D’HOMME…

En li­sant le scé­na­rio, Ga­vin Hood a im­mé­dia­te­ment pen­sé à He­len Mir­ren pour le rôle prin­ci­pal de Ka­the­rine Po­well, une co­lo­nelle en fa­veur de l’en­voi d’un mis­sile sur la cible, sans égard aux vic­times col­la­té­rales po­ten­tielles. «Je n’ar­rê­tais pas de pen­ser à He­len Mir­ren… mais le rôle était écrit pour un homme!», a-t-il in­di­qué en confé­rence de presse, il y a quelques se­maines. «Ce per­son­nage de fer, avec une pré­sence phé­no­mé­nale, in­tel­li­gent, sexy [rires], qui d’autre pou­vait le jouer sauf He­len? Je dois éga­le­ment avouer que j’ai trou­vé que le su­jet du film de­vait en être un abor­dé par le maxi­mum de per­sonnes.»

«Il ne fal­lait pas que les femmes soient ex­clues de la conver­sa­tion tout sim­ple­ment parce que la dis­tri­bu­tion se­rait ma­jo­ri­tai­re­ment mas­cu­line et que le film de­vienne une sorte de “film de guerre ré­ser­vé aux hommes”. Soyons hon­nêtes, He­len ap­porte une force et une puis­sance in­croyable à ce rôle. […] J’ai ap­pe­lé Guy [Hib­bert], j’en ai par­lé avec lui et il a été d’ac­cord.»

«Parce que tout le monde fait par­tie de la conver­sa­tion, le pro­pos de­vient uni­ver­sel, a sou­li­gné He­len Mir­ren. Le scé­na­rio se li­sait tout seul, je ne pou­vais pas m’ar­rê­ter. Mais, d’abord et avant tout, c’est le su­jet qui m’a in­ter­pel­lée. C’est un film sé­rieux, qui ini­tie un im­por­tant dé­bat à avoir. C’est la nou­velle réa­li­té de la guerre, et il faut que nous en par­lions, il est in­dis­pen­sable que nous soyons conscients des en­jeux.»

Pour l’ac­trice de 71 ans, Eye in the Sky aborde des en­jeux im­por­tants. «Je n’avais au­cune idée de la ma­nière dont la tech­no­lo­gie avait évo­lué, a-t-elle sou­li­gné. Et la ques­tion à se po­ser, compte te­nu de l’évo­lu­tion que nous ob­ser­vons au­jourd’hui, est celle qui est à ve­nir, dans 20 ou 30 ans.»

«C’est sûr, tout le monde lit les jour­naux et suit les at­taques de drones, mais per­sonne n’y pense vrai­ment sé­rieu­se­ment.

Le film m’a vrai­ment fait ré­flé­chir à ce qui se passe au sol et à la ma­nière dont la guerre a chan­gé. On pense à la guerre au XIXe siècle, aux sol­dats à che­val avec un sabre. Puis, à la Pre­mière Guerre mon­diale et aux tran­chées, puis à la Deuxième Guerre mon­diale et aux avions et aux bombes. […]»

Et Ga­vin Hood a ajou­té à quel point les drones avaient un ef­fet dé­vas­ta­teur sur la po­pu­la­tion lo­cale. «L’une des choses que les re­cherches ont mon­trées, no­tam­ment au Pa­kis­tan, où des at­taques de drones ont lieu tous les jours, est que la po­pu­la­tion lo­cale est trau­ma­ti­sée par ces frappes. Elle est trau­ma­ti­sée par le son des drones.»

«Les drones sont moins ef­fi­caces, pour des rai­sons évi­dentes, quand le ciel est cou­vert. Les en­fants sortent donc jouer de­hors quand il n’y a pas de so­leil. Pour eux, les jours en­so­leillés sont des jour­nées pen­dant les­quelles il faut avoir peur. Pen­sez-y un ins­tant, au-de­là du fait de sa­voir si les at­taques de drones sont jus­ti­fiées ou non, pour moi c’est quelque chose d’hor­rible.»

E I S O T R U O C S O T O H P

Loin d’un film de guerre tra­di­tion­nel, Eye in the Sky re­lève des di­lemmes mo­raux as­so­ciés à l’uti­li­sa­tion des drones.

La mis­sion se­crète au coeur du film se si­tue à Nai­ro­bi, au Ke­nya.

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