DE L’AB­SURDE AU ME­NU

Le réa­li­sa­teur grec Yorgos Lanthimos offre ici son pre­mier long mé­trage dans la langue de Sha­kes­peare, une fable sur­réa­liste à l’hu­mour ab­surde.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hon­te­bey­rie Agence QMI

Film de Yorgos Lanthimos. Avec Colin Far­rell, Ra­chel Weisz, Jes­si­ca Bar­den

Colin Far­rell est Da­vid, ré­cem­ment di­vor­cé. Or, dans cette ville du fu­tur, les cé­li­ba­taires sont une aber­ra­tion et ne peuvent exis­ter. Ils sont donc en­voyés dans un hô­tel – sorte de centre de vil­lé­gia­ture cauchemardesque – où ils ont 45 jours pour trou­ver un(e) conjoint(e) faute de quoi ils sont alors trans­for­més en ani­mal de leur choix avant d’être re­lâ­chés dans la na­ture (je vous laisse ap­pré­cier l’ex­pli­ca­tion don­née par Da­vid pour jus­ti­fier le ho­mard).

Les règles de ce sé­jour tout sauf ro­man­tique sont clai­re­ment ex­pli­quées par la di­rec­trice de l’hô­tel (Oli­via Col­man, vue dans «Broad­church») – Da­vid est l’unique per­son­nage avec un pré­nom, tous les autres sont iden­ti­fiés, soit par leur fonc­tion, soit par leur han­di­cap –, par­mi les­quelles l’in­ter­dic­tion for­melle de se mas­tur­ber, la pu­ni­tion étant de se faire sé­rieu­se­ment brû­ler la main (droite!) dans un grille-pain au pe­tit-dé­jeu­ner. Une fois ins­tal­lé, notre hé­ros se re­trouve à faire la connais­sance de plu­sieurs pen­sion­naires. Il se lie d’«ami­tié» avec l’homme qui boîte (Ben Whi­shaw) et son co­pain, l’homme qui zo­zote (John C. Reilly) avant de dé­bu­ter une re­la­tion avec la femme sans coeur (An­ge­li­ki Pa­pou­lia). À cause d’elle, il s’en­fuit de l’hô­tel afin de re­joindre un groupe de ré­sis­tants cé­li­ba­taires me­nés par la chef (Léa Sey­doux). Et c’est là qu’il tombe sur une femme myope (Ra­chel Weisz) et tous deux tombent fol­le­ment amou­reux l’un de l’autre.

ORI­GI­NAL

Nul doute que ce conte mo­derne dans le­quel les ac­teurs dé­bitent leurs ré­pliques avec une mo­no­to­nie est une al­lé­go­rie in­tel­li­gente et ori­gi­nale sur la ty­ran­nie du couple qui pré­vaut dans notre so­cié­té ac­tuelle. Toutes les scènes de l’hô­tel, avec son cor­tège d’ac­ti­vi­tés toutes plus aber­rantes les unes que les autres (la soi­rée dan­sante est mé­mo­rable, de même que la conver­sa­tion de Da­vid avec la femme aux bis­cuits), sont par­mi les meilleures de ce «Ho­mard» dont la se­conde par­tie et le dé­noue­ment manquent un peu de punch.

Lau­réat du prix du Ju­ry lors du der­nier Fes­ti­val de Cannes, «Le Ho­mard» de­meure, mal­gré ses dé­fauts, un film à voir.

Colin Far­rell in­ter­prète un homme ré­cem­ment di­vor­çé

LE HO­MARD

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