LE CI­NÉ­MA LIBRE D’AN­DRÉ FOR­CIER

Cinq ans après la sor­tie de Co­teau Rouge, le ci­néaste An­dré For­cier, «l’en­fant ter­rible du ci­né­ma qué­bé­cois», est de re­tour avec son 13e film, Em­brasse-moi comme tu m’aimes, un drame d’époque fan­tai­siste qui nous trans­porte dans le Mon­tréal des an­nées 194

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Maxime De­mers Em­brasse-moi comme tu m’aimes prend l’af­fiche le ven­dre­di 16 sep­tembre.

La sor­tie d’un nou­veau film de For­cier est un vé­ri­table évé­ne­ment dans le pe­tit monde du ci­né­ma qué­bé­cois. C’est que le réa­li­sa­teur de L’eau chaude, l’eau frette, La Com­tesse de Bâ­ton Rouge et Une his­toire in­ven­tée nous a ha­bi­tués à prendre son temps entre cha­cune de ses oeuvres, qu’il écrit, réa­lise et peau­fine tou­jours avec son style si sin­gu­lier.

Ré­com­pen­sé par deux prix au der­nier FFM, Em­brasse-moi comme tu m’aimes re­late l’amour im­pos­sible entre Pierre (Émile Sch­nei­der) et sa soeur ju­melle Berthe (Ju­liette Gos­se­lin). Jeune homme idéa­liste, Pierre rêve d’al­ler à la guerre, mais il ne peut quit­ter le do­mi­cile fa­mi­lial parce qu’il doit prendre soin de Berthe, qui est in­firme de nais­sance et sur qui il fan­tasme se­crè­te­ment.

«Je me suis tou­jours de­man­dé pour­quoi mon père n’était pas al­lé à la guerre, ex­plique An­dré For­cier lors­qu’on le ques­tionne sur l’ins­pi­ra­tion de son nou­veau film.

«Il s’en­traî­nait, mais il avait peur de la conscrip­tion et il ne vou­lait pas y al­ler. J’ai donc vou­lu écrire une his­toire avec un hé­ros qui vou­lait al­ler à la guerre, mais qui de­vait res­ter cram­pon­né à Mon­tréal à cause de ses obli­ga­tions fi­liales avec une soeur ju­melle qui l’ac­cuse de l’avoir pa­ra­ly­sée avec son cor­don om­bi­li­cal.

«Le thème de l’in­ceste est ap­pa­ru pen­dant l’écri­ture du scé­na­rio, mais je ne vou­lais pas faire un film sur l’in­ceste hy­per psy­cho­lo­gique où les per­son­nages s’en­tre­dé­chirent. J’ai donc créé un per­son­nage qui est as­sailli par les fan­tasmes de sa soeur. Le titre du film est d’ailleurs un peu trom­peur. Ce n’est pas un film sur des gens qui s’em­brassent. C’est un film sur un gars qui est ha­bi­té par le fan­tasme de sa soeur.»

«UN MAR­CHAND DE LI­BER­TÉ»

Si Em­brasse-moi comme tu m’aimes réunit à l’écran plu­sieurs jeunes ac­teurs (Émile Sch­nei­der, Ju­liette Gos­se­lin, My­lène Ma­ckay, Lu­ca As­se­lin), An­dré For­cier a aus­si écrit cer­tains rôles de son film à des ac­teurs qu’il a souvent di­ri­gés dans le pas­sé, comme Cé­line Bon­nier et Roy Dupuis, deux ha­bi­tués de l’uni­vers fan­tai­siste du ci­néaste qué­bé­cois.

«C’est mon cin­quième film avec For­cier et c’est tou­jours un plai­sir, dé­clare Cé­line Bon­nier Pour moi, For­cier est unique. Jouer pour lui nous laisse beau­coup de li­ber­té et d’es­pace pour créer. Tout est per­mis dans ses films.» Même son de cloche du cô­té de Roy Dupuis: «Pour moi, For­cier est un mar­chand de li­ber­té», in­dique l’ac­teur qui en est à sa qua­trième col­la­bo­ra­tion avec le ré­pu­té ci­néaste.

«Il ne peut pas vivre sans ra­con­ter des his­toires et il a sa fa­çon bien à lui de les ra­con­ter. On ne le verra ja­mais al­ler tour­ner une pu­bli­ci­té, par exemple. Il a be­soin de ra­con­ter ses his­toires et de lais­ser libre cours à son ima­gi­na­tion.»

«For­cier est un pi­lier, ajoute Cé­line Bon­nier. Il crée des uni­vers très poé­tiques et co­lo­rés, mais il est aus­si très culti­vé au su­jet de la pe­tite et la grande his­toire du Qué­bec. Il y a tou­jours des ré­fé­rences à notre His­toire dans ses films. À sa fa­çon, il ra­conte le Qué­bec.»

Une scène d’Em­brasse-moi comme tu m’aimes, le nou­veau film du ci­néaste qué­bé­cois An­dré For­cier. PHO­TOS COUR­TOI­SIE

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