Serge Bou­cher aux anges avec Feux

Dans une ère où tout le monde veut tout, tout de suite, Serge Bou­cher a osé avec Feux. En pre­nant le temps «d’ins­tal­ler les choses», le dra­ma­turge cou­rait le risque de perdre des té­lé­spec­ta­teurs en dé­but de sai­son. Mais cette éro­sion n’a ja­mais eu lieu. A

Le Journal de Montreal - Weekend - - SOMMAIRE - Marc-An­dré Le­mieux

Thril­ler psy­cho­lo­gique conju­guant le pas­sé au pré­sent, Feux ra­conte les retrouvailles entre Marc Le­maire (Alexandre Goyette), un agent im­mo­bi­lier ré­cem­ment de­ve­nu père, et son an­cienne gar­dienne, Clau­dine Gre­nier (Maude Gué­rin), une femme d’af­faires et mère de fa­mille mo­dèle, 30 ans après qu’un ter­rible in­cen­die eut em­por­té la mère du jeune garçon. Leur ren­contre for­tuite a dé­clen­ché un tour­billon qui conti­nue de dé­ter­rer des secrets en­fouis de­puis des dé­cen­nies.

Bien qu’il soit absent des ré­seaux so­ciaux, Serge Bou­cher est bom­bar­dé de com­men­taires de­puis sep­tembre. Ces ré­ac­tions ont re­dou­blé d’in­ten­si­té de­puis la dif­fu­sion du sixième épi­sode, dont la chute a ré­vé­lé une tra­gé­die sans nom.

«J’ai été éton­né, avoue l’au­teur des sé­ries Aveux et Ap­pa­rences. Je ne pen­sais pas que ça bou­le­ver­se­rait au­tant. Des gens m’ont dit qu’ils avaient eu mal au ventre après. D’autres m’ont dit qu’ils n’avaient pas dor­mi... C’est au-de­là de ce que je pou­vais es­pé­rer. Je suis à la fois content et mal d’avoir créé ça.»

THRIL­LER JUS­QU’AU BOUT

Au­teur de théâtre (Mo­tel Hé­lène, Avec Norm), Serge Bou­cher avait dé­sta­bi­li­sé plu­sieurs té­lé­spec­ta­teurs en 2012 avec Ap­pa­rences, cette sé­rie avec Ge­ne­viève Brouillette et My­riam Le­blanc qui re­la­tait la dis­pa­ri­tion d’une soeur ju­melle. Alors que tout le monde croyait re­gar­der un sus­pense ha­le­tant, la conclu­sion aux al­lures de drame psy­cho­lo­gique avait dé­rou­té l’au­di­toire.

L’an­cien pro­fes­seur de fran­çais n’a pas com­mis la même er­reur avec Feux, un thril­ler as­su­mé du pre­mier au der­nier épi­sode.

«C’était la vo­lon­té: je vou­lais dé­jouer le pu­blic et créer des fausses pistes, dé­clare Serge Bou­cher. Avec Ap­pa­rences, j’étais moins conscient de créer un sus­pense. J’avais été dé­pas­sé par toute l’af­faire d’«Où est Ma­non?» C’est quelque chose que je n’avais pas vu ve­nir du tout.»

LA TÉ­LÉ DU MA­LAISE

Serge Bou­cher vou­lait ex­ploi­ter le ma­laise avec Feux. Après avoir re­gar­dé les huit pre­miers épi­sodes, nous pou­vons dire «mis­sion ac­com­plie». «J’es­pé­rais créer un cer­tain in­con­fort, pré­cise le lau­réat d’un prix Gé­meaux. C’est quelque chose qui a tou­jours été. Quand j’ai com­men­cé à écrire, je vou­lais faire du théâtre du ma­laise.» «Dans Feux, je n’avais pas en­vie d’ex­pli­quer les mo­ti­va­tions des per­son­nages, pour­suit-il. Je n’avais pas en­vie de dire au monde quoi pen­ser. C’est ce que je re­proche sou­vent aux sé­ries té­lé: on sur­ligne trop, on parle trop... C’est quand même étrange, parce qu’au dé­part, la té­lé­vi­sion, c’est un mé­dium d’images. Mais on di­rait qu’il faut dire les af­faires. Je n’aime pas la té­lé qui me dit ce que je suis en train de voir. Quel­qu’un qui pleure n’a pas be­soin de dire: «Je suis triste!» Il y a quand même des li­mites à prendre la main des té­lé­spec­ta­teurs!»

UNE FA­MILLE

Serge Bou­cher a tra­vaillé de pair avec Claude Des­ro­siers, le réa­li­sa­teur de Feux, pour bâ­tir la dis­tri­bu­tion cinq étoiles du drame de Ra­dio-Ca­na­da. «On cher­chait une uni­té, ra­conte le dra­ma­turge. On vou­lait créer une fa­mille d’ac­teurs. La ma­jo­ri­té d’entre eux, Maude Gué­rin, Alexandre Goyette, De­nis Ber­nard, Syl­vie Léo­nard et Isa­belle Vincent, ont fait beau­coup de théâtre. Si bien qu’au fi­nal, per­sonne ne dé­tonne. En tant qu’au­teur, quand je re­garde le cas­ting, je suis com­blé. Je suis as­sez bien ser­vi mer­ci.»

Serge Bou­cher ne ta­rit pas d’éloges en­vers Claude Des­ro­siers non plus. «Claude a lu 30 à 40 fois le texte. Ça lui a per­mis de faire des choix de réa­li­sa­tion ju­di­cieux. Claude, ce n’est pas quel­qu’un qui fait beau­coup de plans; c’est quel­qu’un qui fait plu­sieurs prises, mais du même plan. Il sait quoi de­man­der aux ac­teurs. Il sait quoi al­ler cher­cher pour trans­po­ser cette ten­sion à l’écran.»

«Je suis vrai­ment fier de Feux. Je suis fier de Claude, des ac­teurs... Ils me ré­vèlent ce que j’ai écrit. C’est le plus grand ca­deau.» ICI Ra­dio-Ca­na­da Té­lé dif­fuse Feux les lun­dis à 21 h.

Isa­belle Vincent, Syl­vie Léo­nard et Maude Gué­rin dans Feux

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