DIRE DES CHOSES À TRA­VERS LE CINÉMA

Tout feu tout flamme après avoir pré­sen­té son pre­mier long mé­trage, Sa­rah pré­fère la course, au Fes­ti­val de Cannes, Ch­loé Ro­bi­chaud était prête dès 2013 à se lan­cer dans le tour­nage de Pays. La jeune ci­néaste qué­bé­coise a ce­pen­dant eu la sa­gesse de cal­mer

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger ce­dric.be­lan­ger@que­be­cor­me­dia.com

«Je me se­rais cas­sé la gueule si je l’avais tour­né tout de suite», avoue can­di­de­ment Ro­bi­chaud.

Tour­né en grande par­tie à l’île Fo­go, à Terre-Neuve, Pays est ef­fec­ti­ve­ment un film qui ne manque pas d’am­bi­tion. Entre drame et co­mé­die, on y suit des né­go­cia­tions entre le Canada et le pays fic­tif de Bes­co ayant pour en­jeu de l’ex­ploi­ta­tion de res­sources mi­nières.

En pa­ral­lèle, Pays plonge dans l’in­ti­mi­té de trois femmes im­pli­quées dans ces rudes né­go­cia­tions: la pré­si­dente de Bes­co Da­nielle (Ma­cha Gre­non), la mé­dia­trice amé­ri­caine Emi­ly (Emi­ly VanCamp) et une jeune dé­pu­tée ca­na­dienne idéa­liste, Fé­lixe (Na­tha­lie Doum­mar).

Bref, beau­coup de ma­tière qui de­man­dait un cer­tain re­cul et bien de la re­cherche, re­con­naît la ci­néaste âgée de 28 ans.

«Au dé­part, le coeur et l’âme des per­son­nages étaient là. C’est tout le contexte au­tour qui s’est dé­ve­lop­pé, que ce soit mes ré­flexions sur les en­jeux in­ter­gé­né­ra­tion­nels et en­vi­ron­ne­men­taux.»

Ro­bi­chaud ne cache d’ailleurs pas qu’elle s’est ins­pi­rée de l’ac­tua­li­té po­li­tique ré­cente pour créer son in­trigue. On re­con­naî­tra fa­ci­le­ment les références à l’élec­tion mas­sive de plu­sieurs jeunes dé­pu­tés du NPD. Un re­bon­dis­se­ment qui sur­vient vers la fin du film rap­pel­le­ra aus­si de tristes évé­ne­ments vi­sant des po­li­ti­ciens.

MACHO PO­LI­TIQUE

Dans sa pré­pa­ra­tion, Ch­loé Ro­bi­chaud a fait lire son scé­na­rio à des po­li­ti­ciens afin de va­li­der les élé­ments de son ré­cit. À sa grande sur­prise, on lui a sou­vent dit qu’elle n’al­lait pas as­sez loin. C’était le cas no­tam­ment du per­son­nage d’un mi­nistre, in­car­né par Ré­my Gi­rard. Dans une scène au dé­but du film, il se ré­jouit de l’élec­tion de la jeune Fé­lixe parce qu’elle est «une belle fille», lui dit-il sur le ton du macho condes­cen­dant, des propos qui prennent une sa­veur en­core plus ac­tuelle de­puis l’écla­te­ment de l’af­faire Ger­ry Sk­la­vou­nos ver­sus Alice Pa­quet. «Je ne vou­lais pas dire que les femmes en po­li­tique sont pures au contraire des hommes. Mais ce qu’in­carne Ré­my, on n’a pas le choix d’ad­mettre que c’est une fa­cette qui existe et j’ai été sur­prise que ce soit des po­li­ti­ciens hommes qui me le disent dans mes re­cherches. Le per­son­nage de Ré­my était plus nuan­cé au dé­part. Mais ils m’ont dit que je de­vais le pous­ser plus parce que ça existe et que c’est im­por­tant que j’en parle.»

« DI­VER­TIR À MA FA­ÇON »

Ce­la dit, Ch­loé Ro­bi­chaud se dé­fend d’avoir tour­né un film re­ven­di­ca­teur.

«Par contre, je fais du cinéma parce que j’ai choses à dire. Bien sûr, je veux di­ver­tir à ma fa­çon, mais le jour où je n’au­rai plus rien à dire, je ne tour­ne­rai plus.»

«J’es­père que ça n’ar­ri­ve­ra ja­mais», s’em­presse-t-elle d’ajou­ter en sou­riant.

«Cer­tains, en­chaîne-t-elle, m’ont dit que c’est éton­nant qu’une fille de mon âge fasse un film po­li­tique. Je ne crois pas. J’ar­rive à un mo­ment de ma vie où je dois me po­ser des ques­tions sur mon ave­nir comme ci­toyenne et je pense que c’est à mon âge qu’ar­rive le germe de la conscien­ti­sa­tion.»

Pays prend l’af­fiche le 18 no­vembre.

PHOTO COUR­TOI­SIE

Les co­mé­diens Na­tha­lie Doum­mar et Ré­my Gi­rard.

Ch­loé Ro­bi­chaud

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