L’ÉTU­DIANT, L’HU­MAIN ET LE GLOBE-TROT­TEUR

ANTIGUA, Gua­te­ma­la | De­puis long­temps, je rê­vais d’un voyage en so­lo au Gua­te­ma­la, qui me per­met­trait de dé­cou­vrir des ter­ri­toires in­con­nus tout en don­nant un coup de main sur place à des com­mu­nau­tés en dif­fi­cul­té.

Le Journal de Montreal - Weekend - - VACANCES - Pa­tri­cia Miot­to Col­la­bo­ra­tion spé­ciale Pa­tri­cia Miot­to se pas­sionne pour les voyages et les causes hu­ma­ni­taires et se charge de mon­trer les réa­li­tés qui frappent notre monde. Elle voyage dans le res­pect de l’hu­ma­ni­té et des dif­fé­rences.

Mon choix s’est por­té sur la ville d’Antigua. Sur place, du­rant un mois, j’y ai ap­pris l’es­pa­gnol et j’ai tra­vaillé comme bé­né­vole dans un hô­pi­tal pour en­fants dé­mu­nis.

Belle, mon­ta­gneuse et co­lo­rée, Antigua at­tire de nom­breux tou­ristes et étu­diants. Riche de son pa­tri­moine unique, l’an­cienne ca­pi­tale du Gua­te­ma­la a tout pour sé­duire: quatre vol­cans qui montent la garde, des ruines ma­gni­fi­que­ment pré­ser­vées, un vaste choix d’hô­tels de style co­lo­nial et de nom­breuses écoles d’es­pa­gnol.

«Bien­ve­ni­da!» me lance Li­lian, la di­rec­trice de Mun­do Spa­nish School. De­puis 2002, Li­lian fait par­tie de ces Gua­té­mal­tèques dé­ter­mi­nés à faire tour­ner le tou­risme dans leur pays en ins­tau­rant l’édu­ca­tion et le bé­né­vo­lat au­près d’étu­diants ve­nus des quatre coins du monde. Au pro­gramme, quatre heures de cours d’es­pa­gnol cinq jours par se­maine, dans ce lieu co­lo­nial ma­gni­fique.

Ha­bi­tée par cette soif du sa­voir et par une vo­lon­té d’ai­der les autres, je consacre mes après-mi­di aux en­fants. Je me rends à la Ca­sa Jack­son, un hô­pi­tal qui re­çoit des en­fants âgés de un à deux ans souf­frant de mal­nu­tri­tion. Âmes sen­sibles s’abs­te­nir, la plu­part d’entre eux ont presque deux ans et tiennent tout juste sur leurs pe­tites pattes. Des re­gards vides té­moignent d’un manque d’at­ten­tion, et ces pe­tits corps pèsent tout juste 10 livres lors­qu’ils ar­rivent à l’hô­pi­tal.

UNE AUTRE FA­ÇON DE VOYA­GER

En quelques se­maines, en plus de pou­voir pra­ti­quer l’es­pa­gnol au quo­ti­dien, je par­viens à éta­blir un lien avec ces bam­bins. Les nour­rir, les chan­ger et leur don­ner sou­tien et amour peuvent trans­for­mer leur quo­ti­dien, et le nôtre; pas be­soin d’un doc­to­rat pour ça, n’im­porte qui peut s’ins­crire et of­frir son temps pour les ai­der à re­trou­ver l’élan de la vie.

Et après? La plu­part des pa­rents viennent cher­cher leurs en­fants après quelques se­maines. Mais cer­tains les aban­donnent.

Les jeunes filles sont sou­vent mères à seize ans. À 24 ans, elles ont 5 à 6 en­fants, mais ne peuvent les nour­rir. Triste réa­li­té, car dans ces pays où la re­li­gion et

l’église exercent un fort pou­voir sur la po­pu­la­tion, prin­ci­pa­le­ment dans les vil­lages en re­trait, il de­meure im­pos­sible de contrô­ler les nais­sances. Et l’édu­ca­tion est sou­vent in­ac­ces­sible.

Don­ner à son voyage une autre di­men­sion, édu­ca­tive et hu­maine, n’a ja­mais été aus­si po­pu­laire ces der­nières an­nées. Mal­heu­reu­se­ment, cette idée par­tie d’une bonne in­ten­tion est de­ve­nue un at­trait com­mer­cial et de nom­breuses or­ga­ni­sa­tions à but non lu­cra­tif en pro­fitent pour vendre des voyages hu­ma­ni­taires! En au­cun cas, on ne doit payer pour al­ler of­frir son temps. Sur place, il existe de nom­breuses or­ga­ni­sa­tions qui ac­ceptent à bras ou­verts des vo­lon­taires pour don­ner un coup de main.

LE LAC, LE SO­LEIL ET LES TA­COS

Quit­ter le pays sans dé­cou­vrir la cul­ture se­rait une er­reur, mais par­tir sans vi­si­ter le lac Atit­lan se­rait une tragédie!

L’âme du Gua­te­ma­la re­pose au lac Atit­lan. Ber­ceau de la ci­vi­li­sa­tion maya, gor­gé d’his­toire, ce lieu est ma­gique pour les ran­don­nées et le re­pos. Au­tour du lac, plu­sieurs vil­lages per­mettent de dé­cou­vrir les po­pu­la­tions lo­cales et leurs modes de vie an­ces­traux. No­tam­ment le vil­lage de Pa­na­ja­chel qui four­mille de tis­seuses mayas et d’ar­ti­sans. Il faut res­ter à la Ca­sa Pa­lo­po, à San­ta Ca­ta­ri­na de Pa­lo­po; ce sanc­tuaire ro­man­tique sur­plombe le lac dans un dé­cor co­lo­ré, ty­pi­que­ment gua­té­mal­tèque et les pe­tits dé­jeu­ners vous sor­ti­ront du lit avant l’aube!

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PHO­TOS COURTOISIE PA­TRI­CIA MIOT­TO

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∫ 1. L’école Mun­do Spa­nish School offre des cours d’es­pa­gnol à des étu­diants de tous âges. ∫ 2. Une femme en train de tis­ser. ∫ 3. La Mer­ced est une des plus vieilles églises ba­roques d’Antigua. ∫ 4. Une Gua­té­mal­tèque dans une te­nue tra­di­tion­nelle. ∫ 5. Les mar­chés ar­ti­sa­naux grouillent de vie les di­manches ma­tins. ∫ 6. Les in­fir­mières à l’hô­pi­tal. ∫7. La Ca­sa Pa­lo­po sur­plombe le lac Atit­lan. ∫ 8. San­tia­go, âgé de 2 ans, ne pe­sait que 12 livres en ar­ri­vant à l’hô­pi­tal en juillet 2016. Il est res­sor­ti 5 se­maines plus tard à 20 livres. ∫ 9. La La­gu­na Lodge à San­ta Cruz.

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