LES MOTS DES AUTRES

Après avoir culti­vé un com­plexe par rap­port à sa voix du­rant presque 60 ans, c’est à tra­vers les mots des autres que Jean-Pierre Fer­land a ap­pris à s’as­su­mer comme chan­teur, au cours des der­niers mois. «Sur cet al­bum, j’ai pu chan­ter d’une fa­çon dif­fé­rent

Le Journal de Montreal - Weekend - - MUSIQUE - Va­nes­sa Gui­mond

Le com­plexe de Jean-Pierre Fer­land a com­men­cé à se dé­ve­lop­per peu après le lan­ce­ment de son tout pre­mier disque, un 45 tours pa­ru en 1958, sur le­quel on re­trou­vait les chan­sons Le chas­seur de

ba­leine et Ma­rie-Ange la douce. «Les col­lègues avec qui je tra­vaillais, à Ra­dio-Ca­na­da, m’avaient re­com­man­dé de suivre des cours de chant, puisque je faus­sais un peu. C’est ce que j’ai fait. J’ai sui­vi des cours et mon com­plexe a com­men­cé là.»

L’ar­tiste dit avoir été bles­sé par les com­men­taires de son pro­fes­seur, mais aus­si par ceux du pré­sident d’un concours – dont il avait rem­por­té le grand prix pour

Feuille de gui, à Bruxelles –, qui lui avait rap­pe­lé que c’était pour la beau­té de sa chan­son qu’on l’avait cou­ron­né, puis­qu’il chan­tait «très mal».

«De­puis, je me suis tou­jours dé­fen­du en écri­vant mes chan­sons. Je me suis dit que comme je les écri­vais, j’avais le droit de les chan­ter.»

COM­PLICES

Jean-Pierre Fer­land ex­plique que c’est grâce à An­dré Le­Clair, qui signe les ar­ran­ge­ments et la réa­li­sa­tion de ce nou­vel al­bum, qu’il peut au­jourd’hui pré­sen­ter des chan­sons aus­si réus­sies.

«Il a tra­vaillé de son cô­té pour trou­ver la vraie to­na­li­té de ma voix, a-t-il ex­pli­qué. Il m’a orien­té à la bonne place. Il a com­pris ma voix.»

«Mon com­plexe de chan­teur s’est ef­fa­cé au fur et à me­sure qu’on en­re­gis­trait les chan­sons. Ce disque-là, je l’écoute tous les jours et je m’aime, des­sus, a-t-il ajou­té, ému. Pour la pre­mière fois de ma vie, je trouve que je chante bien.»

INS­PI­RA­TION

Di­rec­teur mu­si­cal de l’ar­tiste de­puis fé­vrier, An­dré Le­Clair a réus­si à sé­duire ce der­nier en lui dé­mon­trant son sa­voir­faire, tout sim­ple­ment. «Pen­dant que je tra­vaillais sur La

femme du roi (son pro­jet de co­mé­die mu­si­cale), je lui ai de­man­dé d’écrire une mu­sique, de l’en­re­gis­trer et de me l’en­voyer, a ra­con­té le chan­teur, qui cher­chait alors de nou­veaux col­la­bo­ra­teurs. J’ai été blowé. Il m’a pré­sen­té quelque chose de mo­derne, de nou­veau et de sen­ti. C’est ce que je cher­chais.»

C’est donc à deux que s’est amor­cée la créa­tion de ce nou­veau pro­jet, qui a per­mis à l’au­teur de clas­siques comme

Une chance qu’on s’a et Le pe­tit roi de chan­ter les chan­sons des autres pour la pre­mière fois de sa car­rière. «On a com­men­cé en ne sa­chant pas où on s’en al­lait. J’ai donc dres­sé une liste de chan­sons. Tout de suite, j’ai su qu’il de­vait y avoir Si

Dieu existe de Claude Du­bois et du Fé­lix (Le­clerc). Je ne pou­vais pas me pas­ser de lui sur ce pro­jet. Il m’a tout ap­pris.»

Pour la suite des choses, l’ar­tiste dit s’être tour­né vers des au­teurs­com­po­si­teurs qui l’ont «ins­pi­ré».

«Quand on com­mence dans ce mé­tier­là, on ap­prend des autres, for­cé­ment, a-t-il sou­li­gné. Léo Fer­ré, dont je chante la pièce Est-ce ain­si que les hommes vivent?, fait par­tie de ceux-là. Quand je suis al­lé chez lui, la pre­mière fois, il m’a dit: viens, je vais te faire en­tendre quelque chose. C’est là, en Ita­lie, que j’ai en­ten­du la mu­sique qu’il avait faite pour ce poème d’Ara­gon. J’ai trou­vé ça tel­le­ment fort, tel­le­ment beau. Cette chan­son-là, à mes yeux, est la vraie chan­son qui ins­pire toutes les chan­sons fran­co­phones du monde.»

COM­PÉ­TI­TION

En plus de rendre hom­mage à des ar­tistes de qui il a beau­coup ap­pris, Jean-Pierre Fer­land re­prend éga­le­ment des clas­siques de Gilles Vi­gneault (J’ai pour toi un lac) et Ro­bert Char­le­bois (Or­di­naire), avec qui il dit avoir été «en com­pé­ti­tion», à une cer­taine époque. «Alors que moi, j’étais juste un sen­sible, un ro­man­tique, Char­le­bois, lui, était un co­mique. Il a chan­gé la chan­son qué­bé­coise. Quant à Gilles Vi­gneault... Quel poète ex­cep­tion­nel!» En plus d’in­ter­pré­ter des pièces comme Mon ange (Éric La­pointe), Si j’étais un homme (Diane Tell), La chan­son des vieux amants (Jacques Brel) et Tout sim­ple­ment ja­loux (Mi­chel Ri­vard), le chan­teur n’a pu s’em­pê­cher de re­prendre l’une de ses créa­tions: La mu­sique.

«Dans la po­chette du disque, je dis que je ne vou­lais pas être ja­loux de la per­sonne qui al­lait écrire une chan­son comme celle-là, que c’est pour cette rai­son que je l’ai com­po­sée avant (...) C’est ma chan­son pré­fé­rée.»

Sur Chan­sons ja­louses, Jean-Pierre Fer­land re­prend des chan­sons de Diane Tell, Claude Du­bois, Éric La­pointe et Fé­lix Le­clerc, entre autres.

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