MA­RIE-JO­SÉE CROZE, AC­TRICE LIBRE

Tour­né dans les pay­sages spec­ta­cu­laires du Nu­na­vut, le film Iqa­luit de Be­noît Pi­lon suit Car­men (Ma­rie-Jo­sée Croze), dont l’époux (Fran­çois Pa­pi­neau) meurt dans un ac­ci­dent.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CI­NÉ­MA - Isa­belle Hon­te­bey­rie

Et, à tra­vers la quête de ré­ponses de la veuve, le long mé­trage a, pour toile de fond, la réa­li­té de la po­pu­la­tion inuite. Mais ce n’est pas le mes­sage so­cial et po­li­tique qui a at­ti­ré l’ac­trice…

Pre­mier et unique choix de Be­noît Pi­lon, Ma­rie-Jo­sée Croze a re­fu­sé un rôle dans la sé­rie House of Cards pour tour­ner Iqa­luit. «Le plus im­por­tant, ce sont les gens. Qui suis-je pour avoir un re­gard sur un scé­na­rio, alors qu’une per­sonne hu­maine, ça, je peux sa­voir si je m’en­tends avec elle ou pas. Ça passe par l’hu­mour, par une af­fi­ni­té, une chi­mie qu’il peut y avoir entre moi et le réa­li­sa­teur ou la réa­li­sa­trice, le fait que je croie en sa vi­sion, en sa sen­si­bi­li­té», ex­plique l’ac­trice lors de son pas­sage à Mon­tréal à l’oc­ca­sion de la pre­mière d’Iqa­luit.

«L’amour [que Be­noît] porte au peuple inuit était très im­por­tant pour un film comme ce­lui-ci. Si on sent qu’il y a un cal­cul un peu stra­té­gique, ce se­rait af­freux. J’ai fait pas mal de films – qui n’ont pas né­ces­sai­re­ment été vus ici – un peu en­ga­gés, où il y a une di­men­sion un peu po­li­tique et il faut tou­jours y al­ler avec des gens qui portent le su­jet en eux, si­non, c’est n’im­porte quoi», ajoute celle qui a rem­por­té le Prix d’in­ter­pré­ta­tion fé­mi­nine aux Lau­riers pour Le piège af­ghan.

Parce qu’ac­ci­den­telle, la mort de Max prend Car­men par sur­prise. Elle se rend à Iqa­luit pour veiller sur son époux dans le co­ma lors­qu’il dé­cède bru­ta­le­ment. Elle dé­couvre peu à peu, au tra­vers de ses ren­contres avec plu­sieurs de ses col­lègues, que ce­lui qu’elle croyait connaître avait une deuxième vie.

«C’est un rôle de femme ma­gni­fique. C’est quel­qu’un de re­vêche, elle a un as­pect pas très sym­pa­thique au pre­mier abord. Je pense qu’après, on ar­rive à em­bar­quer avec elle dans sa quête, avec ses dé­cep­tions, ses sur­prises. C’est un per­son­nage très hu­main, c’est presque un an­ti­hé­ros tant c’est un per­son­nage qui ne fait rien pour qu’on l’ap­pré­cie.»

La ma­jes­té des pay­sages lui a per­mis «de tout de suite trou­ver la note juste» pour in­ter­pré­ter Car­men. Par contre, Ma­rieJo­sée Croze ne sup­porte pas le froid… un as­pect avec le­quel elle a dû com­po­ser.

«C’est de­ve­nu un han­di­cap parce qu’il faut se gé­rer. On joue la scène toute la jour­née et c’est plu­sieurs fois! On n’est pas cen­sé être tran­si de froid lors­qu’on sort d’un taxi dans la scène. J’avais des mi­graines cé­pha­lées et je me bat­tais contre des trucs phy­siques qui ne m’ai­daient pas», dit-elle.

PAS DE CAL­CUL…

Alors qu’elle évo­lue dans un mi­lieu dans le­quel règne le pa­raître, Ma­rieJo­sée Croze re­ven­dique haut et fort son in­dé­pen­dance. La Mont­réa­laise de 47 ans, ins­tal­lée en France, ne se livre à au­cun cal­cul et rai­sonne en fonc­tion d’une éthique de vie ex­trê­me­ment claire.

«Je ne suis pas quel­qu’un de stra­té­gique. Dans rien. C’est ma qua­li­té prin­ci­pale ou mon dé­faut prin­ci­pal. [Rires] Je ne pré­pare rien. Je trouve ça mal­sain de cal­cu­ler ses coups d’avance. Je suis contre cette tech­nique de stra­té­gie. Je n’ap­pelle per­sonne pour de­man­der un ser­vice. Je ne suis pas quel­qu’un qui sol­li­cite, qui es­père. Je n’es­père rien, je m’en fous. [Rires] Je n’ai au­cune am­bi­tion. Ma seule am­bi­tion, c’est d’être bien, c’est d’être heu­reuse. Et être heu­reuse, c’est d’être libre, de n’avoir peur de rien.»

«Pour moi, le plus agréable, c’est quand je tra­vaille dans l’har­mo­nie, dans la re­cherche. C’est de faire les choses les plus nobles et les plus belles pos­sible. Les stra­té­gies des autres ne m’in­té­ressent pas. Et pour moi, ça ne marche pas. Idéo­lo­gi­que­ment, je suis contre la stra­té­gie, ça me dé­goûte! Ça a le mé­rite d’être clair», de sou­li­gner cette grande lec­trice, ama­trice de po­li­tique, d’his­toire et de phi­lo­so­phie.

Et dans un ave­nir rap­pro­ché, les té­lé­spec­ta­teurs pour­ront la voir dans Jack Ryan, sé­rie amé­ri­caine dans la­quelle elle a dé­cro­ché un rôle d’agente de ren­sei­gne­ments pour deux épi­sodes.

Iqa­luit prend l’af­fiche dans tout le Qué­bec dès le 10 mars

IQA­LUIT

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