« AN­NIE EST LA FEMME DE MA VIE »

Le Journal de Montreal - Weekend - - LE SAC DE CHIPS - Mi­chel Le­mieux

Son com­bat contre le can­cer en 2013 l’a ame­né à consi­dé­rer la vie au­tre­ment. Et par­mi ces chan­ge­ments, Do­mi­nic Ar­pin a choi­si de don­ner au sui­vant, entre autres en s’im­pli­quant au­près de Re­lais pour la vie, et d’unir of­fi­ciel­le­ment sa des­ti­née à celle de son amou­reuse, An­nie Spen­cer, qui était alors à ses cô­tés de­puis presque 18 ans. Il nous parle de ce grand jour, en août 2015, où il a épou­sé la femme au­près de qui il sou­haite vieillir… Do­mi­nic, de­puis que vous avez com­bat­tu un can­cer, res­sen­tez­vous une cer­taine ur­gence de vivre?

Tel­le­ment! Cer­tains trans­forment leur vie com­plè­te­ment parce que la ma­la­die leur per­met de réa­li­ser qu’ils n’aiment pas ce qu’ils font. Moi, j’ai­mais ma vie avant le diag­nos­tic et je n’ai pas sou­hai­té la chan­ger. Par contre, j’ai chan­gé en ce qui concerne cer­tains dé­tails. Je ne fais plus cer­tains com­pro­mis et je ne perds plus de temps avec des émo­tions in­utiles. Je fo­ca­lise da­van­tage sur ce qui me rend heu­reux et ce qui rend les autres au­tour de moi heu­reux. J’avais 42 ans au mo­ment du diag­nos­tic. Je m’en­traî­nais alors pour un ma­ra­thon. Je me pen­sais sur­hu­main. J’ac­cep­tais les pe­tits ir­ri­tants sous pré­texte que j’avais du temps de­vant moi.

Et qu’est-ce qui a chan­gé? Di­sons que, de­puis, je niaise moins qu’avant pour des dé­ci­sions im­por­tantes. Je tranche plus fa­ci­le­ment. Ma vie au­jourd’hui res­semble pas­sa­ble­ment à celle d’avant le diag­nos­tic. Je me suis dit, par contre, que si je pas­sais au tra­vers et que j’en avais la force phy­sique et men­tale, j’al­lais don­ner au sui­vant. C’est pour cette rai­son que je suis porte-pa­role du Re­lais pour la vie de la So­cié­té ca­na­dienne du can­cer. À ma fa­çon, j’es­saie d’ai­der les autres.

Est-ce cette ur­gence de vivre qui vous a in­ci­té à of­fi­cia­li­ser votre re­la­tion avec votre amou­reuse, An­nie?

En quelque sorte, oui. Ça fai­sait presque 18 ans que nous étions en­semble, An­nie et moi, lorsque nous nous sommes ma­riés. Ça fai­sait dé­jà quelques an­nées que je lui par­lais de ma­riage. An­nie avait une cer­taine ré­serve; elle n’a ja­mais été at­ti­rée par le ma­riage. Comme nous étions en­semble de­puis tant d’an­nées, elle ne voyait pas l’in­té­rêt de la chose.

Est-ce le fait de tra­ver­ser un can­cer qui a chan­gé la donne?

Lorsque le diag­nos­tic du can­cer est tom­bé et que ma blonde s’est oc­cu­pée de moi pen­dant des mois, j’ai eu une ré­vé­la­tion. Je sa­vais que je l’ai­mais et qu’elle était la femme de ma vie, mais elle s’est ré­vé­lée d’une force in­croyable. Sa force de ca­rac­tère et son po­si­ti­visme m’ont ai­dé à re­bon­dir. Je me suis vu vieillir à ses cô­tés. Je sa­vais que c’était elle que je vou­lais à cô­té de moi jus­qu’à la fin de mes jours. Le ma­riage était pour moi une ma­nière de dire à ma blonde, à nos fa­milles et à nos amis qu’entre nous, c’était à la vie à la mort.

Comment An­nie en est-elle ve­nue à chan­ger d’idée au su­jet du ma­riage? Nous en dis­cu­tions sou­vent, et je di­rais même que c’était de­ve­nu un run­ning gag. En 2015, à la Saint-Va­len­tin, An­nie m’a don­né une carte dans la­quelle il y avait une ques­tion, et je de­vais co­cher la ré­ponse: «Ac­ceptes-tu de me ma­rier?» C’est ain­si que ça s’est dé­ci­dé. La seule condi­tion, c’était que ce soit simple.

Où avez-vous cé­lé­bré votre ma­riage?

Dans un parc à Saint-Hu­bert, donc re­la­ti­ve­ment près de la mai­son. Nous avons in­vi­té une quin­zaine de per­sonnes: les pa­rents d’An­nie, son frère, sa soeur, les cou­sins et cou­sines. De mon cô­té, il y avait mes pa­rents et mes en­fants et quelques amis triés sur le vo­let. Un cé­lé­brant a pro­cé­dé au ma­riage ci­vil. Je crois qu’en tout, se rendre sur place et re­ve­nir à la mai­son a pris moins d’une heure... Comme les pa­rents d’An­nie et mes pa­rents sont re­li­gieux, le cé­lé­brant avait glis­sé quelques no­tions re­li­gieuses au fil de la cé­ré­mo­nie. Ses mots ré­son­naient pour tous. Ç’a été une belle cé­ré­mo­nie.

Quel a été pour vous le mo­ment le plus tou­chant? Je pense que c’est lorsque nous avons échan­gé nos joncs. Je suis le plus sen­sible de nous deux. Du dé­but à la fin de la cé­ré­mo­nie, j’ai eu le coeur dans la gorge. Lorsque j’ai pas­sé la bague au doigt d’An­nie, ça sym­bo­li­sait tout pour moi.

Do­mi­nic Ar­pin est à la barre de l’émis­sion Vlog, le di­manche 18 h 30, à TVA. On peut aus­si l’en­tendre à la ra­dio du lun­di au ven­dre­di dès 5 h 30, à Éner­gie le ma­tin, sur les ondes de 94,3 Éner­gie.

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