MO­LIÈRE RE­VI­SI­TÉ

Le Théâtre De­nise-Pel­le­tier a choi­si de faire re­vivre à ses spec­ta­teurs un grand clas­sique de Mo­lière. L’Avare met en scène un homme sus­pi­cieux, égoïste et sexiste. Et bien que cette co­mé­die ait été écrite en 1668, on nous pro­met un Avare mo­derne et ac­tue

Le Journal de Montreal - Weekend - - THÉÂTRE - Louise Bour­bon­nais Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

«Ça fait un mo­ment que j’avais en tête de mon­ter une pièce de Mo­lière, confie le met­teur en scène Claude Pois­sant. Ce se­ra d’ailleurs la pre­mière fois que je monte un Mo­lière.»

S’il a choi­si L’Avare, c’est non seule­ment parce qu’il s’agit d’une de ses pièces fa­vo­rites, mais éga­le­ment parce qu’il es­time qu’il s’agit là d’un texte in­tem­po­rel.

La pièce met en scène Har­pa­gon, un homme – vous l’au­rez de­vi­né – avare, aveu­glé par l’ap­pât du gain. «J’aime pro­fon­dé­ment ce per­son­nage, qui compte pra­ti­que­ment tous les dé­fauts de l’hu­main, in­dique Claude Pois­sant. L’ava­rice est bien pré­sente chez Har­pa­gon, mais il est aus­si sexiste, ma­ni­pu­la­teur, or­gueilleux, ob­ses­sif et très désa­gréable.»

Pour per­son­ni­fier Har­pa­gon, Claude Pois­sant a choi­si Jean-Fran­çois Ca­sa­bonne, avec qui il a dé­ve­lop­pé une com­pli­ci­té en tra­vaillant avec lui sur plu­sieurs pièces de­puis une di­zaine d’an­nées. «Jean-Fran­çois est tout le contraire de l’avare, sou­ligne le met­teur en scène. Il est gé­né­reux et aus­si un fin ob­ser­va­teur qui ne porte au­cun ju­ge­ment sur les autres.»

UN POR­TRAIT SOMBRE

Har­pa­gon nous pré­sente ce qu’il y a de plus sombre chez l’hu­main. Il n’aime que l’ar­gent et il soup­çon­ne­ra son en­tou­rage de ten­ter de lui en vo­ler. Il vou­dra éga­le­ment ma­ni­pu­ler ses deux en­fants en ten­tant de les ma­rier à de riches pré­ten­dants dans le but d’ac­cu­mu­ler plus de biens.

Son fils Cléante (Si­mon Beau­lé-Bul­man, qui s’est illus­tré en 2015 au TNM dans La di­vine illu­sion) et sa soeur n’au­ront d’autre choix que de ca­cher à leur père leur amour se­cret.

«Ce qui est in­té­res­sant dans le per­son­nage d’Har­pa­gon, c’est qu’il y a quelque chose de fort dans le fait d’être quel­qu’un d’aus­si mons­trueux, fait re­mar­quer Claude Pois­sant. Il ac­cepte d’être le monstre tout en étant conscient qu’il est poin­té du doigt.»

SE COU­PER DE L’ES­SEN­TIEL

L’homme, que l’on pour­rait aus­si com­pa­rer à un ty­ran, ira jus­qu’à re­fu­ser à ses en­fants le né­ces­saire pour vivre dé­cem­ment. «En plus de vou­loir pos­sé­der de l’ar­gent, il veut pos­sé­der l’autre, et il est même avare de ses sen­ti­ments», pré­cise le met­teur en scène.

Ce ne se­ra pas sans consé­quence, car Cléante dé­ve­lop­pe­ra une dé­pen­dance au jeu, es­pé­rant ga­gner de l’ar­gent pour sub­ve­nir à ses be­soins. Son père le pous­se­ra dans les bras d’une veuve for­tu­née, mais Cléante se­ra plu­tôt amou­reux d’une belle et jeune femme qui s’avé­re­ra être l’amou­reuse de son père.

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