L’his­toire d’un amour toxique

La pièce Avant-garde, à l’af­fiche à l’Es­pace Go, met­tra en scène la vie de la dra­ma­turge al­le­mande Ma­rie­luise Fleis­ser. C’est la co­mé­dienne Do­mi­nique Ques­nel qui prê­te­ra ses traits à cette femme avant-gar­diste, amou­reuse et maî­tresse de Ber­tolt Brecht qui

Le Journal de Montreal - Weekend - - SOMMAIRE - Louise Bour­bon­nais Col­la­bo­ra­tion spéciale louise.bour­bon­nais @que­be­cor­me­dia.com

C’est tout un dé­fi que s’est lan­cé Do­mi­nique Ques­nel en ac­cep­tant de jouer pour la pre­mière fois en so­lo dans cette pièce mise en scène par Denis Mar­leau. Mais la co­mé­dienne était prête pour ce qu’elle dé­fi­nit comme étant un beau dé­fi, elle qui, au fil des ans, a pris part à plus d’une ving­taine de pro­duc­tions théâ­trales. D’ailleurs, au cours de cette sai­son, elle a en­chaî­né les re­pré­sen­ta­tions, fai­sant par­tie de la dis­tri­bu­tion de quatre pièces, dont Le bra­sier, Mac­beth et Au­di­tions.

De sur­croît, Do­mi­nique Ques­nel, avec sa fibre fé­mi­niste, était la can­di­date idéale pour vi­brer au rythme de l’au­teure et dra­ma­turge Ma­rie­luise Fleis­ser, une fé­mi­niste avant l’heure, et rendre la pièce Avant-garde, ti­rée du ro­man du même nom pa­ru en 1963.

«C’est un ro­man ins­pi­ré de sa vie, sou­ligne Do­mi­nique Ques­nel. Mais elle y a ajou­té une part de fic­tion.»

Chose cer­taine, Ma­rie­luise Fleis­ser a bel et bien été la maî­tresse de Ber­tolt Brecht dans les an­nées 1920. «Elle ad­mi­rait Ber­tolt Brecht. Il a été son men­tor et elle en était éper­du­ment amou­reuse, ex­plique la co­mé­dienne. Mais elle n’était pas la seule femme de sa vie, Brecht mul­ti­pliait les conquêtes amou­reuses.»

En plus d’avoir plu­sieurs maî­tresses, Brecht fai­sait tra­vailler des femmes sans leur ac­cor­der le cré­dit, s’ap­pro­priant même cer­taines de leurs oeuvres.

UNE FÉ­MI­NISTE

Ma­rie­luise Fleis­ser, qu’on nomme ici Cilly, est une femme éman­ci­pée pour l’époque. Si l’his­toire est celle d’une jeune fille de pro­vince du sud de la Ba­vière, qui sou­haite de­ve­nir écri­vaine et qui fe­ra la ren­contre d’un gé­nie de la langue, on ver­ra que Cilly fe­ra aus­si preuve d’un grand cou­rage et de dé­ter­mi­na­tion. Jeune femme, elle quitte son vil­lage na­tal afin d’en­tre­prendre des études uni­ver­si­taires. Le ha­sard fe­ra qu’elle ren­con­tre­ra Brecht, qui com­mence à faire sa marque en tant que met­teur en scène. «Com­plè­te­ment sub­ju­guée par le gé­nie du créa­teur, elle a lais­sé ses études pour de­ve­nir une dis­ciple de Brecht, ré­vèle la co­mé­dienne. C’était un homme au cha­risme fou.»

Bien qu’elle ap­prenne à écrire en tra­vaillant avec son men­tor, Cilly en au­ra as­sez de tra­vailler dans l’ombre d’un homme qui ex­ploite les femmes et le quit­te­ra pour re­tour­ner dans son vil­lage na­tal.

UN SCAN­DALE

Mais Brecht, qui avait re­mar­qué le talent de la jeune écri­vaine, lui pro­po­se­ra de mon­ter sa pièce Pion­niers à In­gol­stadt. «Ho­no­rée, il n’en fau­dra pas plus pour qu’elle re­tourne au­près de Brecht», fait re­mar­quer Do­mi­nique Ques­nel.

Brecht a mon­té sa pièce de fa­çon pro­vo­cante, au point de faire scan­dale à Ber­lin. Elle le quit­te­ra de nou­veau. Cette femme qui a connu des hauts et des bas, no­tam­ment la guerre et les in­ter­dits de pu­bli­ca­tion par le ré­gime na­zi, fi­ni­ra, mal­gré tout, par ti­rer son épingle du jeu.

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