RÉUS­SIR SA CAR­RIÈRE APRÈS LA VOIX

Par­ti­ci­per à La Voix n’est pas une fin en soi. Tous les can­di­dats es­pèrent que l’émis­sion, et la vi­si­bi­li­té qu’elle ap­porte, va leur per­mettre de com­men­cer ou de pour­suivre une car­rière en de­ve­nir. Mais seuls quelques-uns ar­rivent à tisser du­ra­ble­ment un

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Sa­muel Pra­dier

Outre le ga­gnant de la sai­son, au­cun des autres par­ti­ci­pants de La Voix n’est as­su­ré de pou­voir faire un al­bum. La plu­part le font donc pour la vi­si­bi­li­té que l’émis­sion offre, avec ses cotes d’écoute de plus de 2 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs.

«Je n’al­lais pas à La Voix pour ga­gner, ex­plique Jé­rôme Cou­ture. Je tra­vaillais dé­jà dans le mi­lieu de la mu­sique, je fai­sais un peu de té­lé, j’ai sur­tout vou­lu faire l’émis­sion pour l’ex­pé­rience que ce­la al­lait me don­ner.»

Il ne pen­sait pas non plus y trou­ver un ami, en la per­sonne de Marc Dupré, qui l’a pris sous son aile.

«Dans ce mé­tier, il faut tra­vailler fort, comme dans n’im­porte quel em­ploi. Si on veut pro­gres­ser dans une en­tre­prise comme ac­tuaire, par exemple, il faut tra­vailler, avoir du ren­de­ment, pro­po­ser des choses. C’est pa­reil dans la mu­sique.»

UN TRA­VAIL QUO­TI­DIEN

Se­lon Sté­phane Laporte, pro­duc­teur as­so­cié de l’émis­sion, il n’y a pas de re­cette pour va­lo­ri­ser sa par­ti­ci­pa­tion à La Voix.

«Il n’y a pas une fa­çon de faire car­rière. C’est tou­jours l’ori­gi­na­li­té que l’on re­cherche. Quand on livre quelque chose de per­son­nel, qu’on est soi-même, on de­vient plus uni­ver­sel, il faut al­ler dans ce sens. Le tra­vail des coachs est de mettre en va­leur le meilleur des can­di­dats. Les can­di­dats doivent donc s’ou­vrir et don­ner le meilleur d’eux-mêmes pour se dé­mar­quer.»

Et il in­siste sur le fait qu’une car­rière de­mande un tra­vail per­ma­nent, pen­dant, mais aus­si après l’émis­sion.

An­die Du­quette, par exemple, s’était pré­pa­rée. «Je sa­vais que dès que j’al­lais être éli­mi­née, il fal­lait que je tra­vaille fort et que je ne de­vais pas at­tendre que quelque chose tombe du ciel. Il faut être proac­tif.»

Elle a quand même eu la chance que Marc Dupré lui pro­pose de par­tir en tour­née avec lui pen­dant deux ans. En­suite, elle a dé­ci­dé de pro­duire elle-même son pre­mier al­bum. «Cinq ans plus tard, je di­rais que La Voix m’a don­né l’en­vo­lée dont j’avais be­soin. Mais c’est vrai­ment un com­bat quo­ti­dien de res­ter vi­vante dans les yeux du pu­blic, de res­ter ac­tif, de mon­trer qu’on est là.»

An­die Du­quette s’at­taque ac­tuel­le­ment au mar­ché ca­na­dien an­glo­phone avec un nou­vel ex­trait en an­glais. Les coachs ne jouent pas un rôle im­por­tant uni­que­ment du­rant l’émis­sion, ils res­tent aus­si pré­sents pour ac­com­pa­gner cer­tains de leurs pro­té­gés après l’ex­tinc­tion des ca­mé­ras.

«Ils s’im­pliquent da­van­tage que les treize se­maines qu’ils passent dans l’émis­sion, a confir­mé Sté­phane Laporte. On l’a vu avec Marc Dupré, avec Isabelle qui a sui­vi Yoan, ou en­core avec Ariane Mof­fatt qui a tra­vaillé sur le pre­mier al­bum de Va­lé­rie Car­pen­tier.»

LA VI­SI­BI­LI­TÉ

Le mi­lieu de la mu­sique est aus­si très at­ten­tif à ce qui se passe dans l’émis­sion. Deux jours après son éli­mi­na­tion de la sai­son 4, So­ran Dus­saigne re­ce­vait un ap­pel de la mai­son de disques Au­dio­gram qui vou­lait le ren­con­trer. «Au dé­but, je n’étais pas cer­tain de vou­loir si­gner un contrat, car je vou­lais res­ter libre de faire exac­te­ment ce que je veux, mais Au­dio­gram me laisse to­ta­le­ment libre, dit-il. Je vou­lais aus­si avoir mon été pour faire des spec­tacles avec mon ami. C’était une fa­çon de prendre du temps pour moi, de voir à quel point j’avais be­soin d’aide pour conti­nuer dans la mu­sique. J’ai vite réa­li­sé que j’en avais vrai­ment be­soin!» Cé­leste Lé­vis et Ge­ne­viève Le­clerc ont aus­si été ap­pro­chées par des mai­sons de disques à la suite de leurs pres­ta­tions dans l’émis­sion. «En juillet, après La Voix, j’ai si­gné avec Tan­dem Mu­sique, ex­plique la chan­teuse fran­coon­ta­rienne. Mais mon plus grand dé­fi était d’écrire de bonnes chan­sons. Je suis au­teure-com­po­si­trice, je ne vou­lais pas être juste une voix.» Cé­leste re­con­naît que le plus dif­fi­cile est sur­tout de conti­nuer à exis­ter dans l’es­prit des gens lors­qu’une nou­velle sai­son dé­bute. «Il y a de nou­veaux ar­tistes qui ar­rivent et il faut se battre pour dire qu’on est en­core là. Il faut constam­ment se faire voir.» De son cô­té, c’est pen­dant les di­rects que Ge­ne­viève Le­clerc a sen­ti quelques op­por­tu­ni­tés. «Anne Vi­vien, di­rec­trice ar­tis­tique des Pro­duc­tions J, m’avait dit: on va se voir après. Deux jours après la fi­nale, je l’ai ap­pe­lée pour lui don­ner mes dis­po­ni­bi­li­tés. J’ai quand même pous­sé pour ne pas tom­ber dans l’ou­bli.» Lors de leur ren­contre, elles ont je­té les bases de ce qui al­lait être un pre­mier al­bum. «La Voix est un trem­plin de vi­si­bi­li­té, mais si tu sautes dans les airs sans bou­ger, ça ne sert à rien. Il faut faire une vrille. Moi, je crois à 90 % de tra­vail et 10 % de talent. C’est comme n’im­porte quel job.»

AN­DIE DU­QUETTE CÉ­LESTE LÉ­VIS

JÉ­RÔME COU­TURE

GE­NE­VIÈVE LE­CLERC

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.