AT­TEN­TION, OI­SEAU RARE !

Quand on le voit dans Like-moi!, on pour­rait croire que c’est un gars bran­ché, très ur­bain et me­né par ses émo­tions. Phi­lippe-Audrey Lar­rue-StJacques est plu­tôt un gar­çon cé­ré­bral et du genre à se pâ­mer de­vant les jar­dins fran­çais. At­ten­tion, oi­seau rare.

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Sa­bin Des­meules

Il a un cô­té très «vieillot», de ses propres dires. Phi­lippe-Audrey Lar­rue-St-Jacques a beau jouer dans une sé­rie qui ca­ri­ca­ture la gé­né­ra­tion Y, Like-moi!, et dans une émis­sion qui s’adresse aux ados et aux jeunes adultes, Code G., il fait un peu old school lors­qu’il écrit ses idées dans ses ca­hiers avec un crayon par­ti­cu­lier qu’il fai­sait ve­nir par in­ter­net bien avant qu’il y en ait dans les li­brai­ries. «En même temps, je suis quand même ac­cro­ché à mon té­lé­phone in­tel­li­gent», concède-t-il. Oui... mais il porte un com­plet presque en tout temps! «Je trouve ça beau et c’est une marque de res­pect. Puis, il y a aus­si le fait que quand tu t’en vas à la té­lé faire une en­tre­vue, ça reste un évé­ne­ment ex­tra­or­di­naire, un peu comme un ma­riage! Ce n’est pas ba­nal dans une vie, alors tu sou­lignes l’évé­ne­ment en t’ha­billant chic.»

Le peu de t-shirts qu’il pos­sède lui servent à dor­mir.

UN EX­CEN­TRIQUE ?

Un drôle d’oi­seau! Est-ce qu’il se consi­dère comme quel­qu’un d’ex­cen­trique?

«Moi, non, mais les gens qui me cô­toient di­raient que oui. J’ai beau­coup de ma­nies, des va­leurs et des prin­cipes bi­zarres, ce qui fait en sorte que je semble être, pour cer­tains, un peu une bi­bitte, ex­plique-t-il. Et il y a le fait que je suis très, très in­té­res­sé par des choses qui n’in­té­ressent pas grand monde, comme les jar­dins fran­çais et la poé­sie, qui ne sont pas né­ces­sai­re­ment rat­ta­chés à l’image qu’on se fait de la gé­né­ra­tion Y et des hu­mo­ristes.»

Ce ne sont pas tous les co­miques qui lisent de la poé­sie de Gas­ton Mi­ron afin que ce­la sus­cite des idées de gags pour des nu­mé­ros, par exemple.

«La poé­sie et l’hu­mour, c’est vrai­ment proche. Quand on dit “hu­mour”, on pense à quelque chose de fa­cile. Mais il reste que l’hu­mour a ces points com­muns avec la poé­sie qui sont la conscience du rythme, la ca­pa­ci­té de créer des images avec le moins de mots pos­sible et d’avoir un style, comme les poètes. Et on trans­met une émo­tion.»

IL S’EST CHER­CHÉ

Phi­lippe-Audrey a eu du mal à trou­ver son style.

«À l’École de l’hu­mour, je m’étais créé un per­son­nage hy­per­in­tel­lec­tuel, un peu en­fer­mé dans son monde. Ça mar­chait dans les salles, mais quand tu sors de l’école, tu es confron­té à la réa­li­té des bars. Il a fal­lu que je me ré­adapte.»

Quand Like-moi! est ar­ri­vée, l’émis­sion avait éta­bli un cer­tain stan­dard co­mique, donc les gens avaient des at­tentes en­vers lui lors­qu’il se don­nait en spec­tacle. «Et ce que je pro­po­sais dans les bars, je sen­tais que ça dé­ce­vait.»

Il a donc dé­cro­ché un mois pen­dant le­quel il a lu, étu­dié, écrit et vu des spec­tacles d’hu­mour.

«Je suis comme re­tour­né à l’école. C’était l’an der­nier, de la mi-fé­vrier à la mi-mars. Après ça, je suis par­ti quelques se­maines en France pour tes­ter ma nou­velle ap­proche de l’hu­mour, parce que je ne vou­lais pas me cas­ser la gueule ici et que ça fasse des dom­mages. Mais je me suis ren­du compte, en re­ve­nant ici, que le pu­blic qué­bé­cois est très dif­fé­rent du pu­blic fran­çais.»

UNE PÉ­RIODE DIF­FI­CILE DE SA VIE

Il est l’un des rares ar­tistes à faire preuve d’une ex­trême hu­mi­li­té. «C’est un mi­lieu où il y a beau­coup d’ego. Moi, c’est quelque chose que je re­fuse! Mon par­cours me dé­fend de me croire su­pé­rieur à la moyenne.»

L’homme a eu droit, dans sa vie, à quelques le­çons d’hu­mi­li­té.

«Au Conser­va­toire d’art dra­ma­tique, ça n’a pas été fa­cile. Je pour­rais même dire que ç’a été un mo­ment très dif­fi­cile dans ma vie. Je ne sen­tais pas que j’étais “l’élu” de ma classe! Pour moi, la com­po­si­tion d’un per­son­nage pas­sait tout le temps par l’in­tel­lect alors que ce qu’on es­sayait de m’ap­prendre, c’était de par­tir de l’émo­tion. Ma vi­sion de la vie fai­sait en sorte que je ne me sen­tais pas en ac­cord avec ça.»

À sa sor­tie, il a été le seul de sa pro­mo­tion à ne pas se faire ap­pro­cher par un agent. L’École de l’hu­mour a ce­pen­dant été sal­va­trice pour lui.

«C’est ve­nu ca­na­li­ser quelque chose que je n’étais pas ca­pable de ca­na­li­ser au Conser­va­toire, c’est-à-dire le cô­té hy­per­in­tel­lec­tuel que je vis constam­ment dans la vie. À l’École de l’hu­mour, on m’a dit d’uti­li­ser ça et de l’ex­ploi­ter.»

RAT DE BI­BLIO­THÈQUE ET DE CI­NÉ­MA

Ses pa­rents ont une grande place dans sa vie. Son père en­seigne la dra­ma­tur­gie contem­po­raine à l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal. Sa mère est pro­fes­seure d’his­toire de l’art au Cé­gep du Vieux-Mon­tréal. Sa soeur, Ma­rie-Ju­lie, est de­si­gner in­dus­trielle au sein de l’en­tre­prise de vê­te­ments de sport Louis Gar­neau.

«Tout le monde a une pro­fes­sion qui a de­man­dé beau­coup de tra­vail... et moi, je suis l’es­pèce de mou­ton noir! ri­gole-t-il. En même temps, mes pa­rents ont une grande sen­si­bi­li­té ar­tis­tique.»

En­fant, ils ne le lais­saient pas re­gar­der la té­lé. «J’al­lais à la bi­blio­thèque et, le sa­me­di ma­tin, j’en­trais au ci­né­ma pour la pre­mière re­pré­sen­ta­tion et je res­tais jus­qu’à la der­nière. Les gens du ci­né­ma, au Car­re­four Do­rion, me connais­saient, alors ils me lais­saient faire. Il y a des films que j’ai bien dû voir sept ou huit fois!»

KA­RINE VANASSE, IM­POR­TANTE DANS SA VIE

Il est de la dis­tri­bu­tion du long mé­trage De père en flic 2, qui sor­ti­ra cet été. Ce­la lui a per­mis de jouer aux cô­tés de Ka­rine Vanasse.

«Em­porte-moi est un film très im­por­tant dans ma vie! Quand tu dé­couvres un talent, c’est tou­jours émou­vant. Ka­rine Vanasse, dans ce film-là, alors qu’elle avait 14 ans, tout de suite on voyait que c’était une grande ac­trice! J’ad­mi­rais ça. Et ç’a été un élé­ment dé­clen­cheur pour moi: à par­tir de ce mo­ment, j’ai vou­lu suivre sa car­rière, ce qui m’a per­mis de dé­cou­vrir le ci­né­ma qué­bé­cois. Mais je n’ai pas eu l’oc­ca­sion de le lui dire, j’étais trop gê­né et im­pres­sion­né!»

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