POR­TRAIT D'UN MA­NI­PU­LA­TEUR

Sept ans après le thril­ler Tête de turc, son pre­mier long mé­trage comme réa­li­sa­teur, qui lui avait va­lu le prix de la mise en scène au FFM de Mon­tréal en 2010, l’ac­teur fran­çais Pas­cal El­bé s’est li­bre­ment ins­pi­ré d’un fait di­vers in­croyable pour écrire s

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND CINÉMA - Maxime De­mers Le Jour­nal de Mon­tréal maxime.de­mers @que­be­cor­me­dia.com

Je compte sur vous, qui a pris l’af­fiche au Qué­bec hier, ra­conte en ef­fet l’his­toire d’un homme qui a fait for­tune en peau­fi­nant une ar­naque au té­lé­phone qui lui a per­mis de vo­ler des mil­lions d’eu­ros à dif­fé­rentes en­tre­prises et banques.

La stra­té­gie était tou­jours la même: l’homme pas­sait un coup de fil confi­den­tiel à un sa­la­rié en se fai­sant pas­ser pour le pré­sident de son en­tre­prise. Il lui confiait alors une mis­sion se­crète au cours de la­quelle la per­sonne choi­sie de­vait re­ti­rer une somme d’ar­gent im­por­tante du compte de son en­tre­prise et la re­mettre à ce faux pré­sident.

L’homme qui a ins­pi­ré l’his­toire du film, Gil­bert Chik­li, a pié­gé de nom­breuses per­sonnes avec cette ar­naque en France entre 2005 et 2006 avant d’être condam­né à sept ans de pri­son – il est main­te­nant ré­fu­gié en Is­raël.

«J’avais lu le fait di­vers à l’époque, mais c’est quand mon pro­duc­teur est ve­nu me voir deux ans plus tard pour me dire qu’il pen­sait que ça fe­rait un bon film que j’ai com­men­cé à me pen­cher sur cette his­toire, ré­vèle Pas­cal El­bé, ren­con­tré cette se­maine dans un hô­tel du Vieux-Mon­tréal.

«Je suis d’abord al­lé ren­con­trer Gil­bert Chik­li en Is­raël. J’ai trou­vé le mec très char­mant, mais j’ai tout de suite sen­ti qu’il avait quelque chose de toxique en lui. Sur le coup, je ne voyais pas vrai­ment comment ça pou­vait faire un film.»

«Puis un jour, j’ai ren­con­tré sur un pla­teau de té­lé une avo­cate qui dé­fen­dait les droits d’es­crocs. Elle m’a sug­gé­ré d’al­ler voir du cô­té de la so­cio­pa­thie ou de la psy­cho­pa­thie. À par­tir du mo­ment où j’ai dé­ci­dé que ce se­rait le por­trait d’un ma­ni­pu­la­teur ou d’un joueur, je sen­tais que c’était du ci­né­ma.»

PAS UN BIO­PIC

Pas­cal El­bé in­siste tou­te­fois sur le fait que son film n’est pas un bio­pic sur la vie de Chik­li. Il a d’ailleurs chan­gé le nom du per­son­nage (joué par Vincent El­baz) pour se don­ner plus de li­ber­tés.

«J’ai mis beau­coup d’élé­ments fic­tifs dans le scé­na­rio, pré­cise-t-il. Je me suis ré­ap­pro­prié l’his­toire. Je n’avais pas en­vie de faire l’apo­lo­gie de l’es­cro­que­rie.»

«En France, le film a été par­fois ac­cueilli de fa­çon as­sez vio­lente parce que je mon­trais un per­son­nage qui était amo­ral. On me di­sait: comment vous pou­vez faire un film là-des­sus? J’ai eu droit à beau­coup de pro­cès d’in­ten­tions. Pour­tant, je suis ci­néaste. Je ne suis pas un juge. Il faut voir le film pour ce qu’il est. C’est un film de di­ver­tis­se­ment, du ci­né­ma. Ce n’est pas un bru­lot po­li­tique.»

Le film Je compte sur vous a pris l’af­fiche hier.

L’ac­teur Vincent El­baz joue le rôle prin­ci­pal de Je compte sur vous, le nou­veau film de Pas­cal El­bé.

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