7 CHOSES QU’ON N’A PAS À MON­TRÉAL

TO­RON­TO | Mon­tréal re­gorge de res­tau­rants et de ca­fés re­mar­quables. Mais To­ron­to ne donne pas sa place! Voi­ci sept bonnes adresses to­ron­toises qu’on ai­me­rait bien re­trou­ver chez nous. Qui a dit que la Ville Reine était in­ca­pable d’ex­tra­va­gance ?

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND VACANCES - Louis-Phi­lippe Mes­sier, Col­la­bo­ra­tion spéciale

BAR­BIER DE 1925

Mon bar­bier to­ron­tois pré­fé­ré res­semble à Syl­ves­ter Stal­lone et il fait son tra­vail sans dé­li­ca­tesse par­ti­cu­lière, mais avec une ef­fi­ca­ci­té in­croyable et sans ja­mais s’ac­cor­der de pause, parce que le re­pos, c’est pour les faibles. Un flux in­in­ter­rom­pu de mes­sieurs pres­sés en com­plet ves­ton s’en­gouffre ici toute la jour­née et les bar­biers ont la mo­ti­va­tion du La­pin Ener­gi­zer. Le Ter­mi­nal Bar­ber­shop est ou­vert sans in­ter­rup­tion à cette adresse de­puis 1925, une lon­gé­vi­té ex­trê­me­ment rare pour un com­merce de ce genre. Se­lon mes re­cherches, c’est le plus vieux au Ca­na­da. Cer­tains des fau­teuils vieillots datent du dé­but du 20e siècle, leur rem­bour­rage a été res­tau­ré et ils sont ab­so­lu­ment ma­gni­fiques. Ce qui est vrai­ment bien, c’est le prix: en­vi­ron la moi­tié de ce que je paie à Mon­tréal. Pas éton­nant que ce soit aus­si po­pu­laire! Ter­mi­nal Bar­ber­shop: 594 Bay Street. Il y a une suc­cur­sale pour le sur­plus de clien­tèle à cinq mi­nutes de là, au 150 Dun­das West.

UN BAR HAR­RY POT­TER

La plus grande réus­site de ce bar, The Lock­hart Cock­tail bar, c’est d’avoir su de­ve­nir un lieu pri­sé par les fa­na­tiques du pe­tit ma­gi­cien à lu­nettes sans ja­mais uti­li­ser car­ré­ment son image de ma­nière à de­voir ver­ser des re­de­vances à la marque Har­ry Pot­ter. Un cré­neau étroit, mais fort ren­table. JK Row­ling n’a pas les droits sur tout ce qui res­semble à une vieille bou­tique d’apo­thi­caire ayant des noms bri­ta­ni­co-poé­tiques ou des sym­bo­liques «Wic­ca». «Des gens ar­rivent cos­tu­més! me ra­conte la femme du pro­prié­taire qui est aus­si la bar­maid. Cer­tains viennent de très loin. Le soir, c’est pa­que­té de monde. Pour notre part, il est hors de ques­tion de nous dé­gui­ser ou de jouer des rôles de per­son­nages puisque ce­la se­rait en­freindre la marque Har­ry Pot­ter. Mais quand ce sont les clients eux-mêmes qui le font, ça va. Il y a une li­mite à ne pas fran­chir.» Le Lock­hart a eu droit à une mé­dia­ti­sa­tion in­vrai­sem­blable au mo­ment de son ou­ver­ture, au prin­temps 2016: Bu­si­ness In­si­der, Conde Nast Tra­ve­ler, Time, Cos­mo­po­li­tain, BuzzFeed, The Guar­dian, etc. Peu avant la pu­bli­ca­tion de ce reportage, une blo­gueuse to­ron­toise a an­non­cé l’ou­ver­ture ce prin­temps, sur le Pla­teau Mont-Royal, d’un bar ins­pi­ré de ce­lui de To­ron­to, éga­le­ment ap­pe­lé Lock­hart. Sau­ra-t-il adap­ter sa re­cette au Qué­bec? 1479 Dun­das West

COCK­TAIL FO­RES­TIER

Al­lez dans une fo­rêt de co­ni­fères, éten­dez-vous par terre sur le ventre et hu­mez le sol plein d’épines ré­si­neuses, de mousse et de cham­pi­gnons: voi­là ce que j’ai sen­ti lorsque l’on a po­sé de­vant moi mon cock­tail ap­pe­lé «L’es­sence de l’au­tomne», au Bar­chef. «Tous les élé­ments fo­res­tiers ont été cueillis dans la ville de To­ron­to: dans les parcs, les ter­rains vagues, les chan­tiers, etc. Bar­chef, du bar­man Fran­kie So­la­rik, offre l’une des meilleures cui­sines à cock­tails gas­tro­no­miques du monde en­tier. Le magazine Food and Wine le classe sep­tième au monde et chaque re­cette mo­der­niste dis­pute d’au­dace avec les autres.

Dans mon cock­tail in­vrai­sem­blable par sa pré­sen­ta­tion, il y a des arômes de cèdre et de mousse, d’eau de fleur d’oran­ger et de menthe, du bran­dy, du ver­mouth su­cré, du bit­ter de sa­pin bau­mier, du si­rop de ro­ma­rin. Et dans mon verre flotte une sphère gla­cée d’eau d’érable et de Fer­netB­ran­ca qui se dis­sout len­te­ment et fait évo­luer le goût. Prix de mon cock­tail: 30 $. Pour ce que c’est, ce n’est vrai­ment pas cher! 472 Queen West

TRACK & FIELD

Un bar de jeux de ga­zon, ça prend de la place. Ja­dis et pen­dant long­temps, l’im­mense lo­cal en de­mi-sous-sol abri­tait un club clan­des­tin ou­vert après la fer­me­ture des bars. Main­te­nant, il y a plu­sieurs al­lées de ga­zon syn­thé­tique – pour un to­tal de 1000 pi2 – pour jouer aux bocce, la ver­sion ita­lienne de la pétanque. Il y a aus­si des al­lées de shuf­fle­boards. Oui, les sports pré­fé­rés des vieux re­trai­tés exi­lés en Flo­ride sé­duisent main­te­nant la jeu­nesse to­ron­toise. At­ten­tion: le Track & Field a beau être vaste, il pa­raît que c’est par­fois tel­le­ment plein de monde, les soirs d’af­fluence, qu’on a du mal à s’y dé­pla­cer. Bref, mé­chant suc­cès! Il nous faut ça à Mon­tréal (quoique avec de la pétanque, pas des bocce). 860 Col­lege West

LE « CACAFÉ »

Le ca­ca, ça vous ins­pire? Pas moi. N’em­pêche que le concept au­da­cieux et co­casse de l’en­tre­pre­neure Lien Nguyen, ce­lui du Poop Ca­fé, lui vaut un suc­cès re­ten­tis­sant. Si­tué dans la Pe­tite Co­rée, dans un quar­tier re­la­ti­ve­ment ex­cen­tré, son pe­tit com­merce se­rait pas­sé in­aper­çu sans sa thé­ma­tique sca­to­lo­gique et son «lo­go» of­fi­cieux: l’émo­ji du ca­ca sou­riant avec bouche et yeux. Le Poop Ca­fé – qui pour­rait s’ap­pe­ler le Cacafé en fran­çais – sert des frian­dises gla­cées très su­crées et cho­co­la­tées. J’ai eu l’im­pres­sion de re­tom­ber en en­fance, pour ma part, en dé­gus­tant un plat de crème gla­cée com­plè­te­ment dé­ca­dent avec une quan­ti­té in­dé­cente de Ro­los, de mor­ceaux de Reese et d’éclats d’Oréo. Comme siège pour po­ser vos fesses, vous avez des bols de toi­lettes, des vrais (quoique non fonc­tion­nels) dis­po­sés dans l’al­lée. Les abat-jours sont des dé­bouche-toi­lettes. Les verres et les tasses sont des mi­ni-uri­noirs. Même le grand comp­toir à l’en­trée est un gi­gan­tesque bol de toi­lette. Il y a des des­sins mon­trant des cor­nets de crème gla­cée avec bras et jambes ac­crou­pis en train de faire leurs be­soins: qui sont de la crème gla­cée... Non, les ser­viettes à mains, sur la table, ne sont pas du pa­pier hy­gié­nique, mais – à ma vi­site au mois de jan­vier – la pro­prié­taire l’en­vi­sa­geait. Pour­quoi pas? La force de ce concept, c’est de for­cer le client à «ré­gres­ser» sym­bo­li­que­ment… à l’âge où l’on est fou des bon­bons et où l’on trouve ça tel­le­ment, tel­le­ment drôle, les af­faires de pets et de ca­ca. La pro­prio dit son­ger à ou­vrir une suc­cur­sale à Mon­tréal; à mon avis, c’est sûr que ça fonc­tion­ne­rait. Cha­peau à la res­tau­ra­trice qui a me­né ce pro­jet à terme mal­gré le scep­ti­cisme gé­né­ral et qui a tout fait: la dé­co­ra­tion, les des­sins, les me­nus, etc. 706 Bloor West

HÔ­TEL AR­TIS­TIQUE

Un hô­tel de 1890 de­ve­nu un lieu mi­nable dans les an­nées 1960 et qui a même ser­vi de ca­chette à l’as­sas­sin de Mar­tin Lu­ther King, James Earl Ray, pen­dant sa ca­vale en 1968, le Drake est de­ve­nu une ins­ti­tu­tion to­ron­toise in­con­tour­nable. Un peu par­tout à To­ron­to, y com­pris à l’aé­ro­port, il y a main­te­nant des pro­duits conçus par la marque Drake. Non, ça n’a rien à voir avec le chan­teur du même nom. Non seule­ment le Drake ré­no­vé en 2004 est de­ve­nu un lieu pri­sé par les ar­tistes, un res­tau­rant ré­pu­té, un bar, une salle de spec­tacles (dans son sous-sol), mais il a ou­vert un res­to en plein quar­tier des af­faires pour don­ner aux gens de la fi­nance un lieu co­lo­ré et re­lax en plein dans la «ruche». Ima­gi­nez des gu­gusses de bou­tiques à sou­ve­nir et re­haus­sez-les. Par exemple, Drake, en col­la­bo­ra­tion avec la CBC, a pro­duit de très jo­lis verres ré­tro à l’ef­fi­gie de la Soi­rée du hockey. Le cer­veau (et le por­te­feuille) der­rière le Drake est Jeff Sto­ber, qui vou­lait imi­ter l’exemple du Chel­sea Ho­tel de New York. Ce se­rait très bien d’avoir une ins­ti­tu­tion de ce genre à Mon­tréal, non? 1150 Queen West

BOU­TIQUES JA­PO­NAISES

Vous n’avez sans doute ja­mais en­ten­du par­ler des marques ja­po­naises MUJI et Uni­q­lo. Elles sont ex­tra­or­di­naires. Pour l’ins­tant, elles n’ont de bou­tiques qu’à To­ron­to. MUJI vend toutes sortes de choses: des pro­duits dé­co­ra­tifs, de la li­te­rie, des vê­te­ments, etc. Uni­q­lo vend des vê­te­ments ré­pu­tés d’une grande qua­li­té, très ré­sis­tants, à très bon prix. Un jour, un jour, on les au­ra à Mon­tréal aus­si. Uni­q­lo: 220 Yonge Street MUJI : 20 Dun­das West

Tou­risme To­ron­to a ac­quit­té les frais d’hô­tel et de dé­pla­ce­ment en taxi du jour­na­liste pen­dant son voyage.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.