« L’ÉCRI­TURE, C’EST SE METTRE À NU »

Alors qu’elle vient de jouer dans La can­ta­trice chauve de Io­nes­co et qu’elle se glisse tout juste dans les ha­bits de Fro­sine dans L’avare de Mo­lière, Syl­vie Dra­peau sort son se­cond ro­man, Le ciel. Pas­sion­née des mots, elle nous offre une oeuvre d’une gran

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Anne Bour­goin

Syl­vie, Le ciel sort deux ans après Le fleuve, votre pre­mier ro­man…

Oui. Ce sont deux livres au­to­nomes, mais c’est en­core ma nar­ra­trice, au­jourd’hui âgée de 20 ans, qui parle. Au dé­part, j’ai écrit Le fleuve en pen­sant faire quatre cha­pitres as­sez denses. C’était un peu am­bi­tieux! (rires) J’ai pré­fé­ré faire un pre­mier livre plus tra­vaillé. J’ai ré­écrit ce pre­mier cha­pitre pen­dant deux ans. Ce sont tous les deux des poids plumes! (rires) Mais mon but est de faire une té­tra­lo­gie. Les deux autres s’en viennent.

Comment l’écri­ture est-elle ve­nue à vous?

J’ai tou­jours su qu’un jour j’écri­rais sur la noyade de mon frère et sur le choc d’avoir été obli­gée de lui faire mes adieux… Ça m’a de­man­dé du cou­rage. L’écri­ture, c’est un peu se mettre à nu. Mais ce n’est pas au­to­bio­gra­phique pour au­tant. Cer­tains sou­ve­nirs, les émo­tions res­sen­ties sont là, mais j’ai aus­si gref­fé beau­coup d’autres choses. Par exemple, dans le pre­mier ro­man, on suit la meute des en­fants alors que la nar­ra­trice a cinq ans. On dé­couvre et on cô­toie beau­coup cette fra­trie qui res­semble à la mienne, mais les liens qui les unissent, je les ai in­ven­tés afin de don­ner des mots à une pe­tite fille qui n’en avait pas beau­coup. Par contre, Le ciel est consa­cré à la mère et à la dé­cou­verte amou­reuse.

Que vou­liez-vous ex­plo­rer dans ce­lui-ci?

Je vou­lais par­ler des troubles de la jeu­nesse. C’est trou­blant d’avoir 20 ans! [...] Mon per­son­nage se cherche, tente de for­ger sa per­son­na­li­té, mais il cherche aus­si à faire la paix avec la place que sa mère oc­cupe dans sa vie. C’est à l’ap­proche de la mort de sa mère que la nar­ra­trice dé­couvre une autre femme. Elle en veut à sa mère qui l’a lais­sée dé­bous­so­lée à sa mort et qui l’a for­cée ain­si à gran­dir plus vite. C’est le mo­ment où elle ap­prend qu’il faut ac­cep­ter les autres comme ils sont. Les gens font ce qu’ils peuvent. C’est un fes­ti­val d’hu­mi­li­té quand on de­vient ma­man. On est loin d’être par­faite.

Que sou­hai­tez-vous que vos lec­teurs re­tirent de cette lec­ture?

J’es­père leur don­ner en­vie d’ai­mer l’im­per­fec­tion et d’ac­cep­ter l’amour des autres tel qu’il est, sans at­tentes. Les gens aiment «à leur me­sure», et c’est ce qui est beau. Il faut leur en être re­con­nais­sant.

Le ciel est en li­brai­rie. On pour­ra voir Syl­vie Dra­peau jus­qu’au 8 avril dans L’avare au Théâtre De­nise-Pel­le­tier.

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