LE MEN­SONGE SE­LON FRAN­ÇOIS OZON

De la co­mé­die Po­tiche au thril­ler Swim­ming Pool en pas­sant par le drame psy­cho­lo­gique Dans la mai­son et la co­mé­die mu­si­cale 8 Femmes, Fran­çois Ozon a tou­ché à plu­sieurs genres jus­qu’à main­te­nant dans sa car­rière. Avec Frantz, son nou­veau film, le ré­pu­té c

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND CINÉMA - Maxime De­mers

Cam­pé dans un pe­tit vil­lage d’Al­le­magne au len­de­main de la guerre 14-18, Frantz ra­conte l’his­toire d’An­na (Pau­la Beer), une jeune femme al­le­mande qui a per­du son amou­reux, Frantz, mort au com­bat en France.

Un jour, en al­lant dé­po­ser des fleurs sur la tombe de Frantz, An­na fait la ren­contre d’Adrien (Pierre Ni­ney), un jeune Fran­çais qui pré­tend avoir ren­con­tré Frantz quelques an­nées plus tôt à Pa­ris et s’être lié d’ami­tié avec lui.

La pré­sence mys­té­rieuse de cet étran­ger (et an­cien en­ne­mi) fran­çais pro­vo­que­ra toutes sortes de ré­ac­tions dans ce pe­tit vil­lage en­core sous le choc de la dé­faite al­le­mande.

L’idée du film est née d’une pièce de théâtre écrite par Mau­rice Ros­tand dans les an­nées 1920.

«C’est un ami qui m’a par­lé de cette pièce de théâtre parce qu’il sa­vait que je vou­lais faire de­puis long­temps un film sur les se­crets et les men­songes», ex­plique Fran­çois Ozon, lors d’une vi­site éclair à Mon­tréal le mois der­nier.

«Il m’a sug­gé­ré de lire cette pièce en me di­sant qu’il y avait quelque chose d’as­sez beau dans cette his­toire. Et, comme de fait, j’ai été très tou­ché par cette his­toire d’un an­cien sol­dat fran­çais qui se rend en Al­le­magne après la guerre pour al­ler dé­po­ser des fleurs sur la tombe d’un sol­dat al­le­mand. Je trou­vais que c’était à la fois beau et mys­té­rieux.

«J’ai com­men­cé à tra­vailler sur une adap­ta­tion avant d’ap­prendre que la pièce avait dé­jà été adap­tée au ci­né­ma dans les an­nées 30 par le ci­néaste Ernst Lu­bitsch. Au dé­but, j’ai été un peu dé­con­te­nan­cé parce que je me de­man­dais comment je pour­rais faire pour pas­ser après un grand maître comme Lu­bitsch. Mais en voyant son film, je me suis aper­çu que la pers­pec­tive était to­ta­le­ment dif­fé­rente. Dans la ver­sion de Lu­bitsch, l’his­toire était ra­con­tée du point de vue du sol­dat fran­çais. Je trou­vais que ce se­rait plus in­té­res­sant de ra­con­ter l’his­toire du point de vue des Al­le­mands et que le spec­ta­teur se de­mande qui est ce jeune Fran­çais.»

RE­CONS­TI­TU­TION

Le tour­nage de Frantz com­pre­nait plu­sieurs dé­fis im­por­tants pour Fran­çois Ozon. Non seule­ment le film de­vait être tour­né en grande par­tie en al­le­mand (l’ac­teur Pierre Ni­ney a dû ap­prendre la langue pour le rôle), mais Ozon et son équipe de­vaient s’as­su­rer de faire une re­cons­ti­tu­tion d’époque cré­dible avec des bud­gets li­mi­tés. Une de ses as­tuces a été de tour­ner le film ma­jo­ri­tai­re­ment en noir et blanc. «Le noir et blanc était une ma­nière de ra­me­ner plus de réa­lisme à cette his­toire, in­dique le ci­néaste de 49 ans.

«Parce que toute notre mé­moire de la Pre­mière Guerre mon­diale est en noir et blanc. Toutes les pho­tos et les images qu’on a vues de cette époque sont en noir et blanc. De ma­nière un peu naïve, on peut se dire que les gens de cette époque ont vé­cu en noir et blanc tel­le­ment ça ne semble pas na­tu­rel de les voir en cou­leur. Le noir et blanc cor­res­pon­dait aus­si à la pé­riode de deuil que je vou­lais ra­con­ter dans le film.»

Même si l’his­toire de Frantz se dé­roule il y a près de 100 ans, cer­tains pro­blèmes sou­le­vés dans le film (comme la peur de l’étran­ger) ré­sonnent en­core dans l’ac­tua­li­té d’au­jourd’hui avec l’élec­tion de Trump et le vote du Brexit.

«J’avoue que je n’avais pas pré­vu ce­la en fai­sant le film», sou­ligne Ozon.

«En France, on sen­tait quand même de­puis long­temps la mon­tée du na­tio­na­lisme; la fa­mille Le Pen est là de­puis un mo­ment, cer­tains sou­haitent le re­tour des fron­tières et on sent une peur des étran­gers. Je crois que si Frantz a eu du suc­cès en France, c’est un peu aus­si pour ce­la. Tris­te­ment, le film ré­sonne avec au­jourd’hui de ma­nière in­di­recte.»

Le film Frantz prend l’af­fiche ven­dre­di (le 7 avril).

Pau­la Beer et Pierre Ni­ney dans une scène du drame sen­ti­men­tal his­to­rique Frantz.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.