LA FIN DU CY­NISME

En Ca­li­for­nie pour pro­mou­voir la der­nière sai­son d’Or­phan Black, Eve­lyne Bro­chu nous ap­pelle pour nous par­ler du dé­but d’une autre sé­rie, Trop. La co­mé­die, qui brosse le por­trait de deux soeurs aux an­ti­podes, pro­voque un dé­fer­le­ment de com­men­taires élo­gie

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND TÉLÉVISION - Marc-An­dré Le­mieux Le Jour­nal de Mon­tréal marc-andre.le­mieux @que­be­cor­me­dia.com

Trop a re­çu un ac­cueil très en­thou­siaste des cri­tiques. Ce n’est pas la pre­mière fois que vous jouez dans une sé­rie aus­si bien re­çue. Au Qué­bec, on n’a qu’à pen­ser à Aveux. Aviez-vous pré­vu une telle ré­ac­tion?

Les textes de Ma­rie-An­drée Lab­bé m’avaient don­né un bon in­dice. Je sa­vais que j’avais quelque chose de vrai­ment spé­cial entre les mains. C’était quelque chose dont j’avais soif: un hu­mour plein de lu­mière, sans cy­nisme, plein d’amour, pas par­fait, un peu grin­çant par mo­ments, mais sans ja­mais être rough... Quand tu lis quelque chose comme ça, ta seule in­quié­tude, c’est: est-ce qu’on va réus­sir à faire hon­neur à tout ce qui est écrit? Quand j’ai re­gar­dé les épi­sodes, ça m’a ras­su­ré. Ça res­sem­blait à ce que j’avais ima­gi­né. C’était bon signe.

Cette ab­sence de cy­nisme chez des per­son­nages de 30 ans, pour­quoi l’avez-vous trou­vée ra­fraî­chis­sante?

Pour quel­qu’un de mon âge, re­cou­rir au cy­nisme, c’est une fa­çon de mon­trer que t’as cat­ché. C’est un hu­mour de com­men­taire. C’est comme être sur les ta­lons… alors que dans Trop, les per­son­nages sont sur les or­teils. Ils sont par en avant. Ils sont im­pli­qués. Ils ne sont pas sur la plage en train de com­men­ter la ma­nière dont nagent les bai­gneurs. Ils sont dans l’eau sur leur planche de surf... même s’ils ne savent pas su­per bien sur­fer!

Comment dé­cri­vez-vous Isa­belle, votre per­son­nage?

C’est une fille de liens: avec ses amis, sa mère, sa soeur, etc. Elle s’im­plique dans toutes ses re­la­tions. C’est aus­si une fille qui dit oui. «J’ai per­du ma job? Ma soeur dé­mé­nage chez moi? OK par­fait!» Elle garde le sou­rire. Avec elle, le chia­lage n’existe pas. Elle prend tout ce qui ar­rive à bras-le-corps. Elle ne fait pas qu’en­cais­ser les si­tua­tions; elle danse avec.

Trop marque votre pre­mière in­cur­sion en co­mé­die. Avez-vous abor­dé la sé­rie comme n’im­porte quel autre pro­jet?

J’ai fait confiance aux textes. Ils étaient drôles. Je n’avais donc pas be­soin d’en ra­jou­ter. J’ai aus­si fait confiance aux réa­li­sa­trices, Louise Ar­cham­bault et Ch­loé Ro­bi­chaud, des filles brillantes qui avaient com­pris le ton de Ma­rieAn­drée.

À quoi res­sem­blait votre dy­na­mique de tra­vail avec Vir­gi­nie For­tin, qu’on connaît da­van­tage comme hu­mo­riste?

On s’est bran­chées l’une sur l’autre. Ce n’était pas tel­le­ment ra­tion­nel. On s’en­ten­dait juste su­per bien. On se fai­sait confiance. On est peut-être al­lées cher­cher chez l’autre la force qu’on pen­sait qu’on n’avait pas, mais qu’on avait en cha­cune de nous fi­na­le­ment. Une chose est sûre, on a eu du fun! Avant, pen­dant et après les scènes!

Vous qua­li­fiez Trop de sé­rie fé­mi­niste. Pour­quoi?

En ou­vrant la porte aux per­son­nages fé­mi­nins va­riés et im­par­faits, Girls a mar­qué une sorte de li­bé­ra­tion. Je pense que Trop s’ins­crit dans cette li­gnée. Ce n’est pas un pam­phlet fé­mi­niste, mais plus une sé­rie qui pré­sente une grande va­rié­té de per­son­nages fé­mi­nins, plus on montre la femme dans tout ce qu’elle est et dans tout ce qu’elle peut être… et non dans tout ce qu’elle de­vrait être ou qu’on vou­drait qu’elle soit. C’est au­then­tique et c’est for­mi­dable.

Outre Or­phan Black, une autre sé­rie dans la­quelle vous jouez prend fin en 2017: X Com­pa­ny à CBC. Comment gé­rez-vous ces deuils?

Bien. On peut se dire que c’est triste que ça fi­nisse, mais on peut aus­si se ré­jouir que ça ait eu lieu. Je sais que les ami­tiés vont res­ter. Les in­ter­ac­tions au quo­ti­dien, c’est ce qui est le plus dif­fi­cile à lais­ser al­ler. C’est d’au­tant plus dur avec X Com­pa­ny parce qu’on tour­nait à l’étran­ger, loin de nos proches. Ça soude une gang en ta­ba­rouette, des tour­nages comme ça. Ça tisse des liens ser­rés. L’autre per­sonne de­vient non seule­ment ton col­lègue, mais ton confi­dent et ton ami.

Quel sou­ve­nir gar­de­rez-vous d’Or­phan Black, une sé­rie qu’on qua­li­fie dé­jà de culte?

Son pou­voir ras­sem­bleur. Or­phan Black cé­lèbre les out­si­ders. Et comme beau­coup de gens s’iden­ti­fient comme tels, c’est une sé­rie qui re­joi­gnait les mar­gi­naux… et qui créait des liens entre eux. Je suis fière d’avoir par­ti­ci­pé à une sé­rie qui pro­meut la so­li­da­ri­té et l’ac­cep­ta­tion de soi et des autres. Ce sont des va­leurs dont le monde a be­soin… main­te­nant plus que ja­mais.

EVE­LYNE BRO­CHU DANS TROP

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