LES FEMMES (ET L’HOMME) DE SOFIA COPPOLA

The Be­gui­led, pré­sen­té au Fes­ti­val de Cannes en mai der­nier, réunit Ni­cole Kid­man, Kirs­ten Dunst, Elle Fan­ning. Il in­tègre éga­le­ment Co­lin Far­rell, sol­dat bles­sé pen­dant la guerre de Sé­ces­sion dans un pen­sion­nat de jeunes filles.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - ISA­BELLE HONTEBEYRIE

Adap­ta­tion du ro­man épo­nyme de Tho­mas Cul­li­nan, dé­jà por­té au grand écran par Don Sie­gel en 1971 avec Clint East­wood dans le rôle du ca­po­ral McBur­ney, le sol­dat nor­diste, The

Be­gui­led a va­lu à Sofia Coppola le prix de la mise en scène au der­nier Fes­ti­val de Cannes.

Après avoir vu le long mé­trage de 1971, « j’ai été très in­té­res­sée, même si je n’avais ja­mais eu l’idée de faire un

re­make, a ex­pli­qué la ci­néaste lors de la conférence de presse don­née sur la Croi­sette en mai der­nier. Le film était ra­con­té du point de vue de l’homme, et je me suis dit qu’il se­rait pas­sion­nant de re­tour­ner au livre et de ra­con­ter cette his­toire du point de vue des femmes du pen­sion­nat. J’ai alors com­men­cé à ima­gi­ner ce que pou­vait être la vie de ces femmes à cette époque. »

Gra­ve­ment bles­sé, John McBur­ney est soi­gné par Mar­tha Farns­worth (Ni­cole Kid­man), di­rec­trice pu­ri­taine d’un pen­sion­nat pour jeunes filles dans cette Vir­gi­nie de 1864, alors que la guerre ci­vile fait rage. Ra­pi­de­ment, au sein de ce cloître ex­clu­si­ve­ment fé­mi­nin, le ca­po­ral de­vient un ob­jet de convoi­tise, au point que les pas­sions s’en­flamment. La jeune Ali­cia (Elle Fan­ning) flirte avec le sol­dat, qui en­tame une liai­son avec Ed­wi­na (Kirs­ten Dunst). Au terme de ce huis clos, la ven­geance de Mar­tha se­ra im­pla­cable.

« Il fal­lait trou­ver un homme ca­pable de te­nir tête à toutes ces femmes, un homme qui soit un contraste, très mas­cu­lin, sombre, exo­tique, puisque c’est un sol­dat en­ne­mi. Quand j’ai ren­con­tré Co­lin, je sa­vais qu’il se­rait ca­pable d’éta­blir un lien avec chaque per­son­nage fé­mi­nin », a ex­pli­qué Sofia Coppola qui a tou­jours pen­sé à Ni­cole Kid­man pour le rôle de la di­rec­trice.

FÉMINISTE ?

« C’était in­té­res­sant de tra­vailler avec au­tant de femmes de dif­fé­rents âges, qui ont ap­por­té cha­cune quelque chose de spé­cial au rôle », de sou­li­gner la ci­néaste. En ex­plo­rant un en­vi­ron­ne­ment ex­clu­si­ve­ment fé­mi­nin, Sofia Coppola ef­fec­tue des pa­ral­lèles avec la so­cié­té mo­derne.

« Chaque fois qu’on trouve un groupe de femmes iso­lées, cou­pées de tout – et j’avais en­ten­du par­ler de ce genre de pen­sion­nats –, on ob­serve dif­fé­rentes dy­na­miques entre les femmes. Nous avons es­sayé d’ap­pro­cher le su­jet d’un angle au­quel nous pou­vions nous rat­ta­cher et qui se­rait sin­cère. »

Pour Kirs­ten Dunst, il s’agit moins d’un re­grou­pe­ment de femmes que d’êtres hu­mains. « Dès que vous avez des per­sonnes ras­sem­blées dans un lieu – que ce soient des femmes, des hommes ou les deux – dans des cir­cons­tances si­mi­laires, il en sor­ti­ra tou­jours quelque chose. Je crois que c’est une tech­nique de sur­vie. Le per­son­nage de Co­lin est re­pré­sen­ta­tif de toutes ces pul­sions qui ont été bri­dées pen­dant long­temps. Pour moi, ça n’a rien à voir avec le fait qu’il soit un homme. »

« La nature même de l’op­pres­sion n’est spé­ci­fique à au­cun sexe, ren­ché­rit Co­lin Far­rell. Si des gens se ré­fu­gient dans une si­tua­tion si­mi­laire, il fau­dra tou­jours en payer le prix fort. »

Et la réa­li­sa­trice laisse aux spec­ta­teurs le soin d’en ti­rer des conclu­sions. « J’ai tout sim­ple­ment ten­té de mon­trer ce que je res­sen­tais, a-t-elle dit. Mais, au coeur du long mé­trage, on trouve la lutte de pou­voir entre les hommes et les femmes, qui est tou­jours d’ac­tua­li­té au­jourd’hui… d’une ma­nière que j’es­père di­ver­tis­sante et ju­teuse. » The Be­gui­led est ar­ri­vé dans les salles qué­bé­coises le 30 juin.

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