« LA VIE M’A TEL­LE­MENT G­TÉ »

À quelques jours de son 80e an­ni­ver­saire, Mi­chel Lou­vain dresse ses bi­lans. Il cé­lèbre cette an­née 60 an­nées de car­rière. Sa cé­lèbre Dame en bleu en a 40. Le chan­teur sou­rit avec satisfaction. « Je peux par­tir de­main et j’au­rai eu une belle vie », avance-

Le Journal de Montreal - Weekend - - SOMMAIRE - BRU­NO LAPOINTE Le Jour­nal de Mon­tréal bru­no.lapointe @que­be­cor­me­dia.com

«La vie m’a tel­le­ment gâ­té. Et, ce qui est le plus mer­veilleux, c’est qu’elle conti­nue à le faire. Je re­mer­cie Dieu chaque jour pour tout ce qu’il me donne », ajoute Mi­chel Lou­vain.

Mais son an­ni­ver­saire ap­pro­chant à grands pas, le chan­teur de­meure réa­liste quant au fu­tur.

« Je compte les an­nées de­vant moi et je réa­lise qu’il en reste moins qu’avant. J’ai fait 60 ans de car­rière, on s’en­tend que je n’en fe­rai pas 60 autres », souf­flet-il.

La mort in­quiète-t-elle dé­jà Mi­chel Lou­vain ?

« Oui. » La ré­ponse tombe ins­tinc­ti­ve­ment, sans la moindre hé­si­ta­tion.

« Tout ce que je veux, c’est par­tir sans souf­frir. J’ai été tel­le­ment choyé, alors je sais que, si je de­vais par­tir, je se­rais heu­reux. D’ailleurs, tout est prêt. Mes pa­piers, mes ar­ran­ge­ments... Tout est fait », ajoute-t-il d’un ton sé­rieux.

EN FORME

Mais n’al­lez sur­tout pas pen­ser que Mi­chel Lou­vain passe des mo­ments sombres par les temps qui courent. Au contraire. Il est en forme. Il est so­lide. La san­té est bonne. Et il est vi­si­ble­ment heu­reux.

Quelques jours avant son en­tre­vue avec Le Jour­nal, le chan­teur pas­sait sa bat­te­rie de tests an­nuels au­près de dif­fé­rents spé­cia­listes. Rien à si­gna­ler. Les mé­de­cins lui ont re­don­né ren­dez-vous dans un an.

« Je suis né sous une bonne étoile », avance-t-il can­di­de­ment.

La san­té, dont il pro­fite au­jourd’hui, est le fruit d’une dis­ci­pline de vie qu’il s’est im­po­sée il y a de ce­la de très nom­breuses an­nées.

Dès le dé­but de sa car­rière, le chan­teur a mis une croix sur les ex­cès. Il n’a ja­mais abu­sé de l’al­cool ni tou­ché à la drogue. Chaque soir, après s’être pro­duit en spec­tacle, il pre­nait sa­ge­ment le che­min de la mai­son pour al­ler dor­mir.

« J’étais square en mau­dit ! » ri­gole Mi­chel Lou­vain. « J’ai per­du des sup­po­sés amis parce que je re­fu­sais de sor­tir et de faire la fête toute la nuit. Mais je ne le re­grette pas du tout. J’ai en­core la san­té, et c’est ex­trê­me­ment pré­cieux », pour­suit-il.

« J’en connais qui ont fait la fête à l’époque, qui ont abu­sé des bonnes choses de la vie. Mais au­jourd’hui, il y en a par­mi eux qui sont par­tis. Et d’autres que la vie a rat­tra­pés, qui paient pour ces ex­cès », ajoute le chan­teur.

PAS­SION INÉBRANLABLE

At­ta­blé à quelques pas de sa ré­si­dence sur la Rive-Sud de Mon­tréal, le cé­lèbre chan­teur de charme parle de sa car­rière – et de son pu­blic – avec une pas­sion aus­si im­pres­sion­nante qu’inébranlable. Ses yeux s’illu­minent lors­qu’il est ques­tion de mu­sique, d’al­bum ou de spec­tacle. Le feu sa­cré est loin d’être éteint.

Chan­ter, c’est plus qu’un mé­tier. Plus qu’une simple pas­sion. Chan­ter, c’est vi­tal pour Mi­chel Lou­vain.

« J’étais ma­ra­bout ré­cem­ment ; je n’avais pas en­vie de me le­ver le ma­tin. Je n’avais pas le goût de faire quoi que ce soit. Alors je suis al­lé voir mon mé­de­cin », ra­conte le chan­teur.

« Il m’a dit : “C’est parce que tu ne tra­vailles pas. Tu n’es pas ma­lade, tu t’en­nuies d’être sur scène.” Il avait rai­son », pour­suit-il. Son mé­de­cin n’est pas le seul à avoir ob­ser­vé l’im­pact du tra­vail sur son hu­meur. Quelques jours plus tard, alors qu’il ren­trait à la mai­son après une jour­née en studio, où il met les touches fi­nales à son pro­chain al­bum – un

live is­su de son ré­cent spec­tacle avec l’Or­chestre sym­pho­nique de Qué­bec –, les voi­sins qu’il a croi­sés lui ont fait la re­marque.

« Ils m’ont dit : “Tu re­viens du studio. Ça pa­raît, tu rayonnes.” Et c’est vrai. Quand je ne tra­vaille pas, je m’en­nuie de mon pia­niste, de mes mu­si­ciens et de mes cho­ristes. Je m’en­nuie aus­si, beau­coup, de mon pu­blic », ra­conte-t-il.

PAS DE RE­TRAITE

Pas ques­tion d’ar­rê­ter de chan­ter, donc. Le mot « re­traite » a of­fi­ciel­le­ment été rayé de son vo­ca­bu­laire, du moins pour le mo­ment.

« Ce n’est pas l’âge qui va m’em­pê­cher de chan­ter. Ça, non. C’est plu­tôt la ma­la­die. Si un jour j’oublie les pa­roles de mes chan­sons, j’ar­rê­te­rai de mon­ter sur scène », ex­plique-t-il.

« Je sais qu’un jour, ça peut ar­ri­ver que j’oublie mes pa­roles. C’est ma crainte. Je n’ar­rête pas d’y pen­ser. Je sais que je ne de­vrais pas, mais je n’y peux rien », pour­suit-il en bais­sant les yeux.

LES 80 ANS DE MI­CHEL LOU­VAIN

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