UNE VIE DE DÉ­FIS

Le Journal de Montreal - Weekend - - TÉLÉVISION - MARC-AN­DRÉ LE­MIEUX Le Jour­nal de Mon­tréal marc-andre.le­mieux @que­be­cor­me­dia.com

La for­mule a beau être écu­lée, quand Uriel Ar­re­guin af­firme qu’il car­bure aux dé­fis, on y croit. Il a d’ailleurs quit­té son Mexique na­tal en 2003 pour ve­nir s’éta­blir au Qué­bec. Le tout, sans par­ler un mot de fran­çais. En en­tre­vue au Jour­nal, le dan­seur et cho­ré­graphe ra­conte s’être mis en dan­ger à plu­sieurs re­prises de­puis son ar­ri­vée à Mon­tréal. Son plus ré­cent pa­ri ris­qué ? Si­gner les cho­ré­gra­phies de Che­val-Ser­pent, cette nou­velle sé­rie qui s’in­té­resse au mi­lieu des dan­seurs nus.

Com­po­sée de 10 épi­sodes, la pre­mière sai­son de Che­val-Ser­pent dé­peint le bras de fer entre deux de­mi-frères : Laurent St-Pierre (Da­niel Pa­rent), un maire dé­ter­mi­né à net­toyer sa ville de toute ac­ti­vi­té ju­gée « im­mo­rale », et Da­vid Gau­thier (Guillaume Le­may-Thi­vierge), le co­pro­prié­taire d’un club de strip­tea­seurs.

Pour don­ner vie à cet uni­vers ima­gi­né par Da­nielle Trot­tier (Uni­té 9), Uriel Ar­re­guin de­vait non seule­ment conce­voir une quin­zaine de nu­mé­ros éro­tiques, mais il de­vait les mon­trer à six ac­teurs qui n’avaient au­cune no­tion en danse… et en­core moins en ef­feuillage. Le prin­ci­pal in­té­res­sé a at­teint son ob­jec­tif en ex­ploi­tant les forces de cha­cun, que ce soit en arts mar­tiaux ou tout sim­ple­ment en sport.

« Faire dan­ser un corps, c’est tout un dé­fi, sur­tout quand il faut être sexy et sen­suel, in­dique Uriel. J’avais be­soin de tra­vailler la confiance en soi de cha­cun des dan­seurs. Il fal­lait qu’ils tra­vaillent les mou­ve­ments, mais il fal­lait sur­tout qu’ils as­sument leur rôle. »

CHAS­SER LA GÊNE

Comme on peut s’y at­tendre, les co­mé­diens n’étaient pas né­ces­sai­re­ment très à l’aise avec l’idée d’en­le­ver leurs vê­te­ments au dé­but des ré­pé­ti­tions. Ré­pé­ter leur solo de­vant les autres était éga­le­ment pro­blé­ma­tique. Uriel a tri­mé dur pour ins­tal­ler un cli­mat de confiance et chas­ser le sen­ti­ment de gêne am­biante. Et après quelques séances de tra­vail, ses ef­forts ont été ré­com­pen­sés.

« Ça s’est trans­for­mé en com­pé­ti­tion vrai­ment sym­pa­thique. Les gars s’en­cou­ra­geaient. Ils avaient même hâte de voir les so­los des autres ! L’at­mo­sphère était vrai­ment po­si­tive. »

AL­LER PLUS LOIN

Pour concoc­ter chaque nu­mé­ro, Uriel Ar­re­guin a tra­vaillé di­rec­te­ment avec Da­nielle Trot­tier. Bien en­ten­du, le réa­li­sa­teur Syl­vain Ar­cham­bault

(Men­songes, Les pays d’en haut) a éga­le­ment par­ti­ci­pé aux échanges.

« C’était in­té­res­sant, parce que ça m’a per­mis d’al­ler beau­coup plus loin que d’ha­bi­tude, ré­vèle Uriel. Ce n’était pas juste faire des pas. Des nu­mé­ros de strip­tease, ça peut être vrai­ment kitsch. Mais parce que Che­val-Ser­pent était vrai­ment bien écrite, ce n’était pas ce que je vou­lais. Je vou­lais al­ler plus loin que Ma­gic Mike. »

Un dé­fi sup­plé­men­taire est ve­nu de Fa­bienne La­rouche, la pro­duc­trice du feuille­ton d’ICI Tou.tv Ex­tra. Elle vou­lait des nu­mé­ros construits au­tour des pièces Touch Me de Sa­man­tha Fox et La­dy Mar­ma­lade.

« Pour moi, c’était deux chan­sons de filles, ex­plique Uriel. Je n’ar­ri­vais pas à ima­gi­ner com­ment j’al­lais pou­voir faire dan­ser des gars là-des­sus… Heu­reu­se­ment, on y est ar­ri­vé. Pour Touch Me, on a créé tout un concept au­tour du Pe­tit cha­pe­ron rouge. Et ça sort su­per bien à l’écran. »

APRÈS LE MATCH

Che­val-Ser­pent n’est pas la pre­mière in­cur­sion d’Uriel Ar­re­guin à la té­lé­vi­sion qué­bé­coise. Le dan­seur a vé­cu son bap­tême du pe­tit écran quelques mois après son ar­ri­vée à Mon­tréal au dé­but des an­nées 2000. Spé­cia­liste des danses la­tines, so­ciales et mo­dernes, il s’est ra­pi­de­ment re­trou­vé au Match

des étoiles, cette com­pé­ti­tion de danse ani­mée par Normand Bra­th­waite à Ra­dio-Ca­na­da.

« J’ai ap­pris le fran­çais très ra­pi­de­ment, in­dique l’an­cien étu­diant en bal­let clas­sique. Je n’avais pas le choix, parce que quand Normand Bra­th­waite te de­mande ton opi­nion de­vant un mil­lion de per­sonnes, ça te pousse à faire tes de­voirs ! »

Quant aux rai­sons qui l’ont in­ci­té à quit­ter le Mexique, elles sont d’ordre per­son­nel et pro­fes­sion­nel.

« J’étais su­per bien au Mexique, confie Uriel. J’avais ma propre com­pa­gnie de danse. Je tra­vaillais beau­coup. Mais j’avais at­teint un pla­teau. Je vou­lais al­ler ailleurs. J’ai re­gar­dé où c’était pos­sible de tra­vailler et j’ai choi­si le Qué­bec. Je suis tom­bé en amour avec Mon­tréal, avec sa créa­ti­vi­té, sa beau­té, sa di­ver­si­té cultu­relle... Ça fait 14 ans que j’ha­bite ici et j’adore ça. »

Au­jourd’hui âgé de 40 ans, Uriel Ar­re­guin conti­nue à tra­vailler comme concep­teur et cho­ré­graphe. L’an der­nier, il a aus­si créé la fon­da­tion 5in­co, un or­ga­nisme des­ti­né à pro­mou­voir et dif­fu­ser les arts vi­vants, comme la danse.

« Il y a beau­coup de ta­lents ici. Il y a beau­coup de gens qui tra­vaillent à l’étran­ger, mais qui res­tent in­con­nus au Qué­bec. J’ai­me­rais les ai­der à se faire connaître. »

Par­lant de dé­fis, en voi­là un qui de­vrait l’oc­cu­per pen­dant un bon bout de temps. La pre­mière sai­son de Che­val-Ser­pent est dif­fu­sée sur ICI Tou.tv Ex­tra.

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