« J’AI UN CÔ­TÉ CASSE-COU AS­SEZ FORT» — RÉMI-PIERRE PAQUIN

Cet été, Rémi-Pierre Paquin se lance dans une folle quête, celle de l’aven­tu­rier Fré­dé­ric Dion, qui a tra­ver­sé en so­li­taire l’An­tarc­tique. Alors que les va­can­ciers pro­fi­te­ront des doux rayons du so­leil, Rémi-Pierre, lui, af­fron­te­ra seul sur la scène de la

Le Journal de Montreal - Weekend - - NEWS - MA­RIE-HÉ­LÈNE GOULET Agence QMI

Rémi-Pierre, qu’est-ce qui t’a don­né en­vie de te lan­cer dans l’aven­ture théâ­trale d’An­tarc­tique so­lo ?

« J’ai un cô­té as­sez in­cons­cient pour ce genre de pro­jet. C’est la pre­mière fois qu’on m’of­frait de “por­ter” un spec­tacle so­lo, et j’ai d’abord vu le cô­té po­si­tif de ce beau dé­fi. C’était peut-être un peu naïf... »

Connais­sais-tu les ex­ploits de Fré­dé­ric Dion avant de l’in­ter­pré­ter ?

« Oui, je sui­vais ses aven­tures avec in­té­rêt grâce à mon père qui était pas­sion­né par ses ex­pé­di­tions. Sa quête en An­tarc­tique a été un su­jet de dis­cus­sion ré­cur­rent entre mon père et moi. Nous ga­gions même que les Russes fi­ni­raient par al­ler le cher­cher. »

As-tu l’âme d’un aven­tu­rier toi aus­si ?

« J’ai un cô­té casse-cou as­sez fort de­puis que je suis tout jeune. Si quel­qu’un me dit : “Tu n’es pas

game de faire ça”, il y a de fortes chances que je lui prouve le contraire à mes risques et pé­rils. Quand je ne tourne pas, j’adore par­tir en ex­pé­di­tion de planche à neige ou de mo­to­neige sur des sen­tiers non da­més en Co­lom­bie-Bri­tan­nique. »

Dans la pièce, Fré­dé­ric perd son traî­neau et se re­trouve de­vant rien. As-tu dé­jà vé­cu une si­tua­tion où ta sur­vie était me­na­cée ?

« Je me suis dé­jà per­du lors d’une ex­pé­di­tion de mo­to­neige dans les Ro­cheuses. J’ai fi­na­le­ment re­trou­vé mon che­min quelques mi­nutes à peine avant que le so­leil se couche. Il était temps, car là-bas, quand la nuit tombe, on ne peut plus avan­cer sans ris­quer de tom­ber dans un ra­vin et d’en mou­rir. J’étais ré­si­gné à de­voir me construire un cam­pe­ment de brousse pour es­sayer de sur­vivre à la nuit. J’ai eu très peur. »

Com­ment ré­agis-tu en si­tua­tion de dan­ger ?

« Je de­meure as­sez calme. Être naïf n’a pas que des désa­van­tages, puisque j’ai tou­jours le sen­ti­ment pro­fond que je vais m’en sor­tir. De toute ma­nière, pa­ni­quer n’est pas la chose à faire, puisque ça em­brouille les pen­sées et que ça em­pêche de trou­ver de bonnes so­lu­tions pour se sor­tir du pé­trin. »

Irais-tu jus­qu’à suivre les traces de Fré­dé­ric dans la vraie vie ?

« Non ; c’est la so­li­tude qui m’ef­fraie le plus dans ce qu’il ac­com­plit. Quand je pars en ex­pé­di­tion, je ne suis ja­mais seul, je suis un gars d’équipe. Tout peut t’ar­ri­ver lorsque tu es seul et que tu te blesses. »

Tu joues à Sha­wi­ni­gan, dans ton pa­te­lin na­tal. Es-tu en­core beau­coup at­ta­ché à la Mau­ri­cie ?

« Oui, j’ai un cha­let à Saint-Jean-des-Piles près de mes frères, de mon père et de mes amis d’en­fance. J’aime beau­coup Mon­tréal, mais j’ai be­soin de la cam­pagne pour re­trou­ver mon équi­libre. Je me res­source en fo­rêt en fai­sant du quatre-roues ou de la mo­to­neige. »

Les tiens as­sis­te­ront sû­re­ment à la pièce. Est-ce que ça te donne le trac ?

« Je suis tel­le­ment ner­veux ! Ima­gi­nez-vous que mes oncles, mes tantes et mes amis ont dé­ci­dé de ve­nir me voir tous le même soir, rem­plis­sant ain­si une salle au com­plet. Dès que je vais le­ver les yeux sur la foule, je vais croi­ser un re­gard connu. »

Nous fai­sons cette en­tre­vue chez toi, au Trèfle, une ta­verne ir­lan­daise de Mon­tréal dont tu es pro­prié­taire. Com­ment vis-tu la conci­lia­tion entre ton mé­tier d’ac­teur et ton rôle d’homme d’af­faires ?

« Le monde des af­faires, ça fait par­tie de moi. Mon père avait une en­tre­prise de ra­dio­com­mu­ni­ca­tion, que mes frères ont re­prise. J’ai gran­di avec les no­tions de l’en­tre­pre­neu­riat. C’est na­tu­rel pour moi. En plus, j’adore cet en­droit. Si Le Trèfle n’était pas à moi, j’y vien­drais comme client. Dans la pro­chaine an­née, mes par­te­naires et moi al­lons ou­vrir deux autres ta­vernes, l’une à Ver­dun et l’autre à Li­moi­lou, à Qué­bec. »

Un autre qui ai­me­rait bien être client du Trèfle, c’est sû­re­ment ton per­son­nage de Bi­dou La­loge dans Les pays d’en haut ! Estce que jouer ce fê­tard no­toire a changé la per­cep­tion des gens à ton en­droit ?

« Oui, main­te­nant les gens m’abordent sans trop sa­voir s’ils doivent me faire un bec en pin­cettes ou me gi­fler. C’est très drôle ! D’un autre cô­té, tout le monde aime bien dé­tes­ter des per­son­nages à la té­lé­vi­sion. »

Pour­quoi aimes-tu in­ter­pré­ter ce cher Bi­dou ?

« Il sème la pa­gaille par­tout où il va. Plu­sieurs per­son­nages dans les fic­tions ré­agissent à l’ac­tion, tan­dis que Bi­dou, lui, en est à l’ori­gine. Moi qui suis un fan de wes­terns, je suis com­blé par ce rôle. En une jour­née de tour­nage, je me re­trouve à ti­rer du fu­sil et à me pro­me­ner en car­riole. J’adore ça ! »

An­nie, les en­fants se­ront heu­reux d’ap­prendre que vous avez mon­té un nou­veau spec­tacle. Quand par­ti­rez-vous à leur ren­contre ?

« Le monde d’An­nie Bro­co­li se­ra pré­sen­té à par­tir d’oc­tobre. J’ai fait beau­coup de fes­ti­vals ces der­nières années, mais ça fait au moins 10 ans que je n’ai pas pré­sen­té de spec­tacle sur scène. À l’époque, j’étais en tour­née avec mes en­fants. Cette fois-ci, ma fille, Ma­rie-Jeanne, se­ra sur scène avec moi ; elle in­car­ne­ra Ger­maine la gre­nouille. »

Vous avez aus­si dé­ci­dé de pré­sen­ter un spec­tacle dans le cadre de Zoo­fest. En quoi ce­la vous sor­ti­ra-t-il de votre zone de confort ?

« Mon pre­mier ré­flexe a été de re­fu­ser l’offre qui m’était faite. Puis, ça m’est ap­pa­ru évident : il fal­lait que j’aille de l’avant. Ces der­nières années, j’ai vou­lu lais­ser place à l’im­per­fec­tion. J’ai es­sayé d’être plus hu­maine, c’est-à-dire moins exi­geante en­vers moi-même. Ce show re­joint ma dé­marche per­son­nelle. »

C’est donc An­nie, la femme, qui se­ra sur scène face au pu­blic ?

« Ef­fec­ti­ve­ment, ce n’est pas le per­son­nage pour en­fants, mais la femme qui pren­dra les de­vants. C’est un spec­tacle plein d’émo­tions qui m’a fait rire et pleu­rer pen­dant que je l’écri­vais. Le titre La vierge An­nie fait ré­fé­rence au fait qu’un per­son­nage pour en­fants se doit d’être pur, asexué. Il doit adop­ter une ligne de conduite ir­ré­pro­chable en per­ma­nence. En tant que mère, c’est aus­si ce à quoi je m’at­tends d’une chan­teuse pour en­fants. Je vais ra­con­ter, entre autres, que je suis tou­jours confron­tée au mythe de la chan­teuse pour les pa­pas... »

Parce qu’on a tou­jours dit qu’An­nie Bro­co­li plaît par­ti­cu­liè­re­ment aux pa­pas ?

« Oui, c’est ce que j’ai sou­vent en­ten­du, mais la vé­ri­té, c’est qu’en 18 ans de car­rière, je n’ai ja­mais vu un pa­pa dans mes salles ! C’est faux de dire que je me fais crui­ser. Je fais peur aux pa­pas. C’est aus­si ça, être une chan­teuse pour en­fants. J’ai pris mon rôle au sé­rieux, au point de de­ve­nir un per­son­nage dans ma vie. Un jour, à la Saint-Jean-Bap­tiste, je suis al­lée m’ache­ter une bière au dé­pan­neur. Un mon­sieur m’a vue et m’a dit : “Ouais, elle est pas mal

trash, An­nie Bro­co­li...” Je m’ache­tais juste une bière ! »

Est-ce lourd à por­ter, par­fois ?

« Je com­prends qu’on ré­agisse ain­si, mais ce que je fais est tout à fait lé­gal. Il y a des exi­gences dans tous les mé­tiers, mais le mien est pu­blic. Je suis tou­jours une chan­teuse pour en­fants dans l’es­prit des gens. Au moindre faux pas, je suis convain­cue que ma car­rière est fi­nie. Par exemple, quand j’ai par­ti­ci­pé à Lip Sync Bat­tle, il était pré­vu que j’em­brasse Alex (Per­ron) sur les lèvres à la fin de ma pres­ta­tion. Ma­rie So­leil Dion a sug­gé­ré que je l’em­brasse, elle aus­si, et je l’ai fait. C’était su­per drôle ! »

Y a-t-il eu des ré­ac­tions à la suite de votre pas­sage ?

« Lorsque j’ai vu la bande-an­nonce, j’ai consta­té qu’on me voyait em­bras­ser Alex et Ma­rie So­leil, et que le titre di­sait : “An­nie Bro­co­li, comme vous ne l’avez ja­mais vue.” J’ai an­non­cé ce jour-là à ma fille que ma car­rière était ter­mi­née. J’étais lit­té­ra­le­ment en état de pa­nique : j’étais convain­cue d’avoir fait une gaffe mo­nu­men­tale. En re­gar­dant l’émis­sion, je ne me sen­tais pas bien. Je suis al­lée voir sur les ré­seaux so­ciaux pour fi­na­le­ment consta­ter que per­sonne n’en avait par­lé. »

Êtes-vous te­naillée par la peur de dé­ce­voir ?

« Oui, je me suis mis beau­coup de pression, mais j’aime tel­le­ment les en­fants ! J’aime ce que je fais. Quand on sou­haite exer­cer un mé­tier, on en ap­prend les ru­di­ments. Moi, je suis ar­ri­vée dans ce mé­tier avec mon coeur de ma­man. Peu im­porte leur mé­tier, les gens vont pou­voir se re­con­naître en moi. Au bout du compte, je pense que quel­qu’un qui est im­par­fait, c’est plus at­ta­chant que quel­qu’un qui est par­fait. La per­fec­tion, ça tape sur les nerfs ! »

Ce che­mi­ne­ment que vous avez fait doit vous apai­ser, non ?

« La vierge An­nie est comme une longue vi­rée dans mon coeur qui mène à l’apai­se­ment. Même ma dys­lexie me semble plus douce. Je suis moins exi­geante. Je réa­lise que les gens sont plus in­dul­gents en­vers An­nie Bro­co­li que je le suis en­vers moi-même. »

Vous êtes cé­li­ba­taire de­puis un bon mo­ment. Avez-vous en­vie que ça change ?

SAMEDI 22 JUILLET 2017 AN­NIE BRO­CO­LI

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