À LA DÉ­FENSE D’UN GENRE BOUDÉ Les pré­ju­gés en­vers le ci­né­ma d’hor­reur sont te­naces, se­lon Ni­cole Ro­bert. « Il y a en­core beau­coup de sno­bisme en ma­tière de films de genre », dé­plore-t-elle. Mais la pro­duc­trice n’a pas l’in­ten­tion de bais­ser les bras pour

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - BRUNO LAPOINTE Le Jour­nal de Mon­tréal bruno.lapointe@que­be­cor­me­dia.com

« L’éti­quette per­siste en­core ; les gens croient que le ci­né­ma de genre n’est pas du “vrai” ci­né­ma. Pour­tant, Al­fred Hit­ch­cock a tra­vaillé dans l’ombre long­temps. Ce n’est que lors­qu’il s’est mis à faire des films d’hor­reur qu’il a été re­con­nu comme un des grands réa­li­sa­teurs », pour­suit Ni­cole Ro­bert.

Voi­là pour­quoi la pro­duc­trice, fon­da­trice de la boîte Go Films, conti­nue de dé­fendre le ci­né­ma de genre, terme des­ti­né no­tam­ment aux films fan­tas­tiques, de science-fic­tion et d’hor­reur. Et c’est ce dé­voue­ment qui lui vau­dra lun­di le prix De­nis-Hé­roux, dé­cer­né par le fes­ti­val Fan­ta­sia.

La re­mise de prix se­ra d’ailleurs sui­vie d’une pro­jec­tion gra­tuite de Kar­mi­na, res­tau­ré par l’équipe d’Élé­phant, le tout pre­mier film de genre à s’être ajou­té au cur­ri­cu­lum vi­tae de Ni­cole Ro­bert. Dis­pa­rue du mar­ché de­puis quelque temps dé­jà, la co­mé­die d’épou­vante réa­li­sée par Ga­briel Pel­le­tier pour­rait bé­né­fi­cier d’une nou­velle sor­tie, fort pro­ba­ble­ment en cof­fret spé­cial ac­com­pa­gnée de la suite, K2. « J’ai beau­coup de de­mandes pour

Kar­mi­na, c’est de­ve­nu un film-culte avec les années. On a eu un contrat de dis­tri­bu­tion pour une pé­riode li­mi­tée, mais je cherche un nou­veau par­te­naire », confirme la pro­duc­trice. LE DÉ­FI DU FINANCEMENT

Ni­cole Ro­bert se sou­vient n’avoir eu au­cune dif­fi­cul­té à trou­ver le financement né­ces­saire au tour­nage de

Kar­mi­na, au mi­lieu des années 1990. C’est plus ré­cem­ment, lors­qu’elle s’est at­ta­quée à des films de genre plus durs qu’elle a dû es­suyer des re­fus de la part des ins­ti­tu­tions fi­nan­cières. La SODEC a pas­sé son tour pour Sur le seuil, alors que Té­lé­film Ca­na­da lui a of­fert son ap­pui. Puis, pour Les 7 Jours du Ta­lion, les deux ins­ti­tu­tions ont re­fu­sé son pro­jet. « Per­sonne ne vou­lait fi­nan­cer Les

7 Jours du Ta­lion. Mais je sa­vais que c’était un film né­ces­saire », se sou­vient-elle.

Adap­té du ro­man épo­nyme de Pa­trick Se­né­cal, ce long-mé­trage suit un père de fa­mille qui dé­cide de se faire ven­geance en kid­nap­pant ce­lui qui a vio­lé et tué sa fillette de huit ans.

« La ven­geance est un sen­ti­ment qui est an­cré au fond de nous quand on perd ce qu’on a de plus cher. Le ci­né­ma sert à ex­pri­mer ce qu’est l’être hu­main. Et dans les films de genre, on peut al­ler en­core plus loin, dans les zones les plus sombres, les plus folles et les plus écla­tées. Ça donne une li­ber­té ex­cep­tion­nelle, tant aux créa­teurs qu’aux spec­ta­teurs », in­siste Ni­cole Ro­bert.

Le film Kar­mi­na se­ra pré­sen­té lun­di à 19 h au Théâtre D.B. Clarke de l’uni­ver­si­té Con­cor­dia.

La pro­duc­trice Ni­cole Ro­bert re­ce­vra lun­di le prix De­nis-Hé­roux au fes­ti­val Fan­ta­sia.

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