Une femme de tête

Avec le rôle prin­ci­pal de La­dy Mac­beth, la jeune Flo­rence Pugh montre l’éten­due de son ta­lent et se po­si­tionne en tant qu’ac­trice à sur­veiller.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - ISA­BELLE HONTEBEYRIE

Pour son pre­mier long mé­trage (il a si­gné quelques courts entre 2011 et 2013), William Ol­droyd a choi­si cette adap­ta­tion de La­dy Mac­beth du dis­trict de Mt­sensk, un ro­man pa­ru en Rus­sie en 1865 et écrit par Ni­ko­lai Les­kov. OEuvre d’Alice Birch (une in­con­nue, elle aus­si, qui n’a à son ac­tif qu’un court-mé­trage et un té­lé­film), le scé­na­rio du long mé­trage de 89 mi­nutes si­tue l’ac­tion dans l’An­gle­terre vic­to­rienne en in­sis­tant sur le sort ré­ser­vé aux femmes de l’époque. Évi­dem­ment, la ré­fé­rence au titre de la pièce de William Sha­kes­peare sou­sen­tend cal­culs, meurtres et tra­hi­sons.

UN AMOUR IN­TER­DIT

Ka­the­rine (Flo­rence Pugh) est une jeune ma­riée qui vient de dire « oui » à Alexan­der (Paul Hil­ton), pro­prié­taire ter­rien entre deux âges. Dès la nuit de noces – non consom­mée –, l’époux se montre d’une froi­deur im­pla­cable et d’une vio­lence ren­trée. Ka­the­rine doit bien­tôt faire face à l’éten­due des in­ter­dits qui pèsent sur elle. Elle ne peut sor­tir de la de­meure, doit se can­ton­ner à gé­rer la mai­son. Elle est un meuble, ayant été « ven­due » par son père avec un mor­ceau de ter­rain. Son beau-père, Bo­ris (Ch­ris­to­pher Fair­bank), est d’une sé­vé­ri­té im­pla­cable et Ka­the­rine s’en­nuie. Ses seuls contacts hu­mains se li­mitent à ceux avec An­na (Nao­mi Ackie), sa femme de chambre, qui ne fait qu’exé­cu­ter les ordres des maîtres de la mai­son.

Lors du dé­part d’Alexan­der, elle se jette sur Sebastian (Cos­mo Jar­vis), un do­mes­tique, en­ta­mant une liai­son avec lui. Le meurtre suit, la jeune femme se ré­vé­lant moins faible et sou­mise qu’on le pense au dé­part. Sa « ré­volte » est moins une quête de li­ber­té que d’au­to­no­mie.

Avec sa réa­li­sa­tion (La­dy Mac­beth com­porte de grands mo­ments de si­lence) pré­cise (les plans de Ka­the­rine, as­sise ou al­lon­gée, sont d’une grande beau­té) et d’une sim­pli­ci­té dé­pouillée, William Ol­droyd s’ap­plique à re­pro­duire le car­can dans le­quel est en­fer­mée son hé­roïne. Le jeu de Flo­rence Pugh est ir­ré­pro­chable, tout en nuances, et l’on ne sau­ra ja­mais si elle est froi­de­ment cal­cu­la­trice ou si son par­cours est dic­té par la spon­ta­néi­té. Im­pres­sion­nant !

C’est avec le do­mes­tique, Sebastian, que Ka­the­rine en­tre­tient une liai­son.

La­dy Mac­beth est cam­pé dans l’An­gle­terre vic­to­rienne et in­siste sur le sort ré­ser­vé aux femmes de l’époque.

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