Un nou­veau mo­dèle éco­no­mique

Après avoir pris sa re­traite du ci­né­ma en 2013, Ste­ven Soderbergh s’est lais­sé ten­ter par des pro­duc­tions té­lé­vi­sées, si­gnant l’ex­cellent té­lé­film Be­hind the Can­de­la­bra puis la sé­rie The Knick. Au­jourd’hui, il re­vient en force, en­traî­nant dans son sillage

Le Journal de Montreal - Weekend - - SOMMAIRE - ISA­BELLE HONTEBEYRIE Agence QMI

Il dit avoir re­çu le scé­na­rio de Le

des­tin des Lo­gan, si­gné Re­bec­ca Blunt, une jeune in­con­nue qui en est à sa pre­mière oeuvre et amie du ci­néaste et de sa femme, pen­dant le tour­nage de Ma­gic Mike XXL, suite dont il était le pro­duc­teur. Il a été im­mé­dia­te­ment conquis, of­frant d’of­fice l’un des deux rôles prin­ci­paux à Chan­ning Ta­tum.

Le des­tin des Lo­gan, c’est l’his­toire d’une fra­trie – Jim­my (Chan­ning Ta­tum), Clyde (Adam Dri­ver) et Mel­lie (Ri­ley Keough) Lo­gan – qui dé­cide de cam­brio­ler le cir­cuit au­to­mo­bile de Char­lotte, en Ca­ro­line du Nord. Ils em­bauchent Joe Bang (Da­niel Craig) afin de les ai­der à s’in­tro­duire dans le sys­tème sou­ter­rain de l’en­voi et de la ges­tion de l’ar­gent. Or, comble de mal­heur, la date qu’ils ont choi­sie pour leur casse est éga­le­ment celle de la course Co­ca-Co­la 600, l’évé­ne­ment le plus cou­ru du NASCAR. Et, évi­dem­ment, le FBI, en la per­sonne de Sa­rah Gray­son (Hi­la­ry Swank), ne tarde pas à être à leurs trousses.

Le ci­néaste voit Le des­tin des Lo­gan comme l’an­ti­thèse de L’in­con­nu de

Las Ve­gas. « C’est une sorte de cou­sin éloi­gné de la sé­rie des Ocean’s, mais c’est éga­le­ment une in­ver­sion to­tale dans la me­sure où les per­son­nages n’ont pas d’ar­gent et au­cun ac­cès à de la tech­no­lo­gie. Ils sont en si­tua­tion éco­no­mique pré­caire et quelques sacs de billets de banque peuvent vrai­ment chan­ger leur vie. »

« J’aime aus­si le fait que, lorsque le film dé­bute, ces per­son­nages ne sont pas des cri­mi­nels. Con­trai­re­ment au groupe de Danny Ocean, Jim­my Lo­gan et son équipe doivent ap­prendre leur bou­lot sur le tas. C’est le genre d’his­toire dont je suis suf­fi­sam­ment proche pour être à l’aise, mais qui est suf­fi­sam­ment ori­gi­nale pour me ti­tiller », écrit Ste­ven Soderbergh dans les do­cu­ments re­mis aux jour­na­listes à l’ap­proche de la sor­tie du long métrage.

VROUM, VROUM…

Pour Le des­tin des Lo­gan – que le réa­li­sa­teur dé­crit comme « le film que j’ai tou­jours rê­vé de faire » –, la col­la­bo­ra­tion de l’en­semble de l’or­ga­ni­sa­tion des courses NASCAR a été in­dis­pen­sable… et ap­pré­ciée puisque des cou­reurs au­to­mo­biles ont ob­te­nu de pe­tits rôles de fi­gu­ra­tion (les ama­teurs du sport re­con­naî­tront Ryan Bla­ney, Brad Ke­se­lows­ki, Joey Lo­ga­no, Carl Ed­wards, Kyle Busch et Kyle Lar­son).

Ain­si, Ste­ven Soderbergh, les ac­teurs et toute l’équipe tech­nique ont pu fil­mer des scènes de courses sur le cir­cuit de Concord en Ca­ro­line du Nord. Les scènes les plus épous­tou­flantes ont, elles, été fil­mées sur le cir­cuit d’At­lan­ta, le ci­néaste se trou­vant dans le fau­teuil du pas­sa­ger d’une Porsche Cayenne à 177 km/h ! « Pour l’une des scènes, la voi­ture de­vait frap­per un mur et tour­ner sur elle-même alors que deux autres vé­hi­cules pas­saient à cô­té en la frô­lant. Nous avons fait six prises et, lorsque nous avons fi­ni, j’ai re­gar­dé les marques de pneus. Elles étaient toutes su­per­po­sées [ce qui si­gni­fie que les chauf­feurs] ont ta­pé le même en­droit, ont ef­fec­tué le même tête-à-queue, à la même vi­tesse,

six fois de suite, de ma­nière ri­gou­reu­se­ment iden­tique. C’est fou ! »

EN GUERRE AVEC LES STU­DIOS !

Le des­tin des Lo­gan fait du bruit avant même sa sor­tie, Ste­ven So­der­berg ayant dé­cla­ré la guerre aux stu­dios, dont il fus­tige la main­mise sur l’en­semble du pro­ces­sus créa­tif et pro­mo­tion­nel des films. Au cours d’un en­tre­tien avec le

New York Times, le réa­li­sa­teur et pro­duc­teur a dé­taillé la ma­nière dont il était par­ve­nu, avec ce long métrage, à s’af­fran­chir des cir­cuits de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion tra­di­tion­nels.

« La ques­tion de dé­part est la sui­vante : peut-on faire la même chose que les stu­dios en ma­tière de dis­tri­bu­tion, sim­ple­ment avec beau­coup moins de res­sources – no­tam­ment en dé­penses de mar­ke­ting – et avec une struc­ture fi­nan­cière bien meilleure pour les per­sonnes qui font le film ? » Ste­ven Soderbergh a donc convain­cu tous les ac­teurs de tra­vailler à des ta­rifs par­ti­cu­liè­re­ment bas et d’ob­te­nir un pour­cen­tage des re­cettes au box-of­fice. L’homme a en­suite réus­si, re­la­ti­ve­ment fa­ci­le­ment, à trou­ver les 29 mil­lions $ de bud­get de pro­duc­tion.

UN NOU­VEAU MO­DÈLE ÉCO­NO­MIQUE

Pour as­su­rer la sor­tie d’un film aux États-Unis, les stu­dios s’oc­cupent de tout (in­cluant le mar­ke­ting) et la fac­ture pour une oeuvre telle que Le des­tin des

Lo­gan tourne au­tour de 40 mil­lions, que les stu­dios ré­cu­pèrent en per­ce­vant en­vi­ron 15 % des re­ve­nus aux gui­chets. Pas ques­tion, pour Soderbergh, de fonc­tion­ner ain­si.

Il a donc ven­du les droits de dis­tri­bu­tion nu­mé­rique sé­pa­ré­ment afin de pou­voir dis­po­ser d’un bud­get pu­bli­ci­taire de 20 mil­lions. Au pas­sage, il a dé­ci­dé de sup­pri­mer les tour­nées pro­mo­tion­nelles et autres confé­rences de presse et a ob­te­nu un contrôle créa­tif to­tal sur les bandes-an­nonces de Le

des­tin des Lo­gan. Il a en­suite créé la com­pa­gnie Fin­ger­print Re­lea­sing afin d’as­su­rer la dis­tri­bu­tion et a confié le contrat de mar­ke­ting à Blee­cker Street Me­dia, une pe­tite com­pa­gnie qui avait as­su­ré la cam­pagne de Les yeux dans le

ciel, pour un mil­lion $ ! Et il n’hé­site pas à lan­cer un ap­pel dans les pages d’En­ter­tain­ment

Week­ly : « Si ça marche, c’est une ave­nue que je vais pou­voir conti­nuer à em­prun­ter.

Nous avons for­mé Fin­ger­print Rea­lea­sing dans ce but et afin de pou­voir pro­po­ser cette so­lu­tion à d’autres réa­li­sa­teurs. Si quel­qu’un comme Ale­jan­dro Iñár­ri­tu, Alexan­der Payne ou So­fia Cop­po­la veut uti­li­ser le mo­dèle que nous avons dé­ve­lop­pé, il est là, prêt à être uti­li­sé. »

LE MYS­TÈRE RE­BEC­CA BLUNT…

Le Hol­ly­wood Re­por­ter af­firme que la scé­na­riste Re­bec­ca Blunt n’existe pas !

Se­lon plu­sieurs sources in­ter­ro­gées par la pu­bli­ca­tion spé­cia­li­sée amé­ri­caine, Re­bec­ca Blunt est un pseu­do­nyme. « Chan­ning Ta­tum, Adam Dri­ver et Da­niel Craig n’avaient au­cune idée qu’il s’agis­sait d’un faux nom et af­firment avoir échan­gé des cour­riels avec Blunt en Grande-Bre­tagne », lit-on dans l’ar­ticle.

Se­lon des in­for­ma­tions ob­te­nues d’une source sûre par The Hol­ly­wood

Re­por­ter, Re­bec­ca Blunt ne se­rait nulle autre que Jules As­ner, l’épouse de Ste­ven Soderbergh. Un autre in­for­ma­teur de la pu­bli­ca­tion ex­plique que ce pseu­do­nyme fé­mi­nin est en fait ce­lui du ci­néaste. Et en­fin, une troi­sième hy­po­thèse men­tionne John Hen­son, ami de Jules As­ner et an­cien ani­ma­teur de Talk Soup comme le vrai Re­bec­ca Blunt. De son cô­té, Soderbergh a in­di­qué à

En­ter­tai­ne­ment Week­ly que toute cette contro­verse « al­lait être une grande nou­velle pour Re­bec­ca Blunt. Les gens de­vraient faire at­ten­tion avant de faire de telles as­ser­tions, sur­tout quand il s’agit d’une femme scé­na­riste qui signe son pre­mier script por­té au grand écran. »

Le des­tin des Lo­gan vrom­bit dans les salles obs­cures dès le 18 août

Le réa­li­sa­teur dé­crit Le des­tin des Lo­gan comme « le film que j’ai tou­jours rê­vé de faire. »

Jack Quaid, Brian Glee­son et Da­niel Craig

Da­niel Craig dans le rôle d’un cri­mi­nel.

Chan­ning Ta­tum

Ka­tie Holmes

Le des­tin des Lo­gan, c’est l’his­toire d’une fra­trie qui dé­cide de cam­brio­ler le cir­cuit au­to­mo­bile de Char­lotte, en Ca­ro­line du Sud.

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