PIERRE JOBIN VIT SON RÊVE DE JEU­NESSE

Quand TVA l’a em­bau­ché pour de­ve­nir le vi­sage de son bul­le­tin de nou­velles dans la ca­pi­tale, Jean-Paul L’Al­lier ter­mi­nait son pre­mier man­dat à la mai­rie, les Nor­diques jouaient en­core au Co­li­sée et per­sonne n’ima­gi­nait qu’un jour Paul McCart­ney at­ti­re­rait

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - CÉ­DRIC BÉ­LAN­GER Le Journal de Qué­bec ce­dric.be­lan­ger @que­be­cor­me­dia.com

Pierre Jobin était en va­cances à Cu­ba quand Fi­del Cas­tro a ren­du l’âme, le 25 no­vembre 2016. « Je suis un lève-tôt. À 5 h du ma­tin, je m’en vais dans le lob­by de l’hô­tel et je vois que la ser­veuse a une pe­tite larme. Ils sont trois ou quatre at­trou­pés. Je leur de­mande ce qui se passe et ils me ré­pondent : “Fi­del es muerte”. »

Pour un ma­niaque de l’in­for­ma­tion comme lui, le décès du dic­ta­teur ef­fa­çait ins­tan­ta­né­ment tous les plans de sor­ties à la plage et de vi­sites tou­ris­tiques qui fi­gu­raient à son agen­da.

« J’ai de­man­dé un taxi en ur­gence. J’étais le seul jour­na­liste de la pla­nète à la Place de la Ré­vo­lu­tion entre 5 h et mi­di, à La Ha­vane », ra­conte fiè­re­ment le chef d’an­tenne, qui a dé­crit le deuil des Cu­bains pour TVA du­rant les jours qui ont sui­vi pen­dant que CNN et les autres grands mé­dias conver­geaient vers la ca­pi­tale.

« HYPERACTIF »

Cou­vrir un évé­ne­ment ma­jeur pen­dant ses va­cances n’a rien de sur­pre­nant quand on ap­prend que lors­qu’il était ado­les­cent, à Chi­cou­ti­mi, Pierre Jobin re­gar­dait re­li­gieu­se­ment les bul­le­tins de nou­velles.

« Je re­gar­dais Ber­nard De­rome et c’est quelque chose que je vou­lais faire. »

Sauf que c’est en ad­mi­nis­tra­tion que le jeune Jobin étu­die à l’uni­ver­si­té. Mais il n’aban­donne pas son rêve. Il fait de l’ani­ma­tion dans ses temps libres et cogne aux portes de CJPM.

« Je vou­lais en­trer au ser­vice des nou­velles de TVA. On me le re­fu­sait parce que je n’avais pas fait ATM à Jon­quière. » Il anime tout de même l’émis­sion Les

yeux du ma­tin. « Je me le­vais à 4 h et je fai­sais l’émis­sion jus­qu’à 8 h 30 puis j’al­lais tra­vailler comme ad­mi­nis­tra­teur dans une com­pa­gnie d’as­su­rances. J’étais un hyperactif. »

UNE DÉ­CI­SION DIF­FI­CILE

Une porte s’ouvre en­fin en 1989. Pierre Jobin tra­verse le parc pour re­le­ver le dé­fi de lan­cer la sta­tion TQS à Qué­bec. Il fait du ter­rain pen­dant deux ans et de­mi avant de de­ve­nir le chef d’an­tenne jus­qu’à son dé­part pour TVA, en fé­vrier 1993.

« Un BBM après mon ar­ri­vée à TVA, TQS qui était sur sa lan­cée est de­ve­nue nu­mé­ro un. On a re­pris le des­sus par la suite en ren­dant le bul­le­tin plus dy­na­mique », rap­pelle ce­lui qui avait vé­cu dif­fi­ci­le­ment son trans­fert.

« TQS m’avait don­né ma pre­mière chance. Par­tir, c’était une tra­hi­son pour moi. Ce fut une dé­ci­sion hu­maine dif­fi­cile à prendre. »

L’ÉVO­LU­TION DU MÉ­TIER

Les di­ri­geants de la sta­tion, qui avait à l’époque pi­gnon sur la rue My­rand, avaient vu juste. Presque un quart de siècle plus tard, Pierre Jobin est bien en selle. Et il ne monte au­cun signe d’es­souf­fle­ment, lui qui s’est fort bien adap­té à l’ar­ri­vée des ré­seaux so­ciaux et des nou­velles tech­no­lo­gies.

« Ça change nos fa­çons de tra­vailler et ça nous aide. L’autre jour, on fai­sait un dos­sier sur les mé­de­cins de fa­mille et on a de­man­dé à ceux qui n’en ont pas de se ma­ni­fes­ter. T’en­voies ça à 15 000 per­sonnes sur Twit­ter, ce n’est pas long que tu as des ré­ponses. »

Mal­gré tout, les mé­dias tra­di­tion­nels, no­tam­ment ceux qui dif­fusent des nou­velles lo­cales, de­meurent à ses yeux une source d’in­for­ma­tion pré­cieuse qu’il ne faut pas né­gli­ger. « Je dis tou­jours aux jeunes de lire un journal ou d’écou­ter le bul­le­tin de nou­velles lo­cales pour sa­voir ce qui se passe chez vous. Si tu veux être pom­pier ou po­li­cier à Qué­bec et qu’il n’y a pas de dé­bou­chés avant 20 ans, tu vas l’ap­prendre aux nou­velles. »

En tout cas, Pierre Jobin n’a rien per­du de sa pas­sion pour le jour­na­lisme.

« J’en mange, je m’in­forme sur ce qui se passe un peu par­tout dans le monde. À 55 ans, j’ai en­core une belle pas­sion de l’in­for­ma­tion, du scoop, de ren­sei­gner les gens. Es­pé­rons que ça va se pour­suivre pen­dant plu­sieurs an­nées. »

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.