Un 7e al­bum tou­jours aus­si sen­sible

Jack John­son

Le Journal de Montreal - Weekend - - SOMMAIRE - L’al­bum All the Light Above It Too est of­fert en ligne et en ma­ga­sin. Plus de dé­tails sur ja­ck­john­son­mu­sic.com.

Le pre­mier ex­trait de votre al­bum, My Mind Is For Sale, a été ins­pi­ré par l’ar­ri­vée au pou­voir de Do­nald Trump, même si vous ne le nom­mez ja­mais dans la chanson...

J’ai écrit cette chanson un ma­tin, as­sez ra­pi­de­ment. Les mots jaillis­saient. Quand on vit aux États-Unis, par les temps qui courent, c’est dif­fi­cile de ne pas pen­ser à la po­li­tique, puisque ça écla­bousse nos vies. Lorsque j’ai ter­mi­né la pièce, il ve­nait juste d’être élu. Pour moi, c’était si sur­pre­nant ! J’ai re­gar­dé les dé­bats avec mes en­fants les plus âgés. C’était la pre­mière fois qu’ils sui­vaient une cam­pagne en en­tier (...) Je me sou­viens leur avoir dit de ne pas s’in­quié­ter à pro­pos de Trump, qu’il était seule­ment là pour nous di­ver­tir. Quand il est de­ve­nu de plus en plus po­pu­laire, j’ai dû l’ex­pli­quer à mes en­fants. Ç’a donc oc­cu­pé mon es­prit un cer­tain temps (...) Les cou­plets ont été écrits comme des « com­mé­rages », chaque ligne com­mence par « j’ai en­ten­du ce­ci ou ce­la »... Le re­frain est plus clair, on com­prend mieux com­ment je me sens par rap­port à tout ce que l’on en­tend (...) Dans le re­frain, je dé­nonce cette ma­nière de pen­ser qui amène cer­taines per­sonnes à croire qu’il vaut mieux construire des murs qui di­visent les gens plu­tôt que de les en­cou­ra­ger à être so­li­daires.

Dans la vi­déo qui ac­com­pagne la chanson You Can’t Con­trol It, vous êtes cou­ché sur le sable d’une plage d’Ha­waii, où vous de­meu­rez. Ra­pi­de­ment, on com­mence à vous en­tou­rer du plas­tique, re­cueilli en une heure, sur cette même plage, dans un rayon d’en­vi­ron 91 mètres. Le ré­sul­tat, qui est aus­si pré­sen­té sur la po­chette de votre al­bum, est cho­quant...

Cette por­tion de plage, sur la côte est d’Oa­hu, est co­lo­rée tel­le­ment on y re­trouve du plas­tique. Le vent y pousse tout le plas­tique qui reste en­suite sur la plage (...) Je ne vou­lais pas cho­quer les gens, mais je suis heu­reux que ça ait pu dé­ran­ger des per­sonnes qui n’étaient pas au cou­rant de la si­tua­tion. Ça prouve que j’ai bien fait de la mettre de l’avant.

Par­lez-nous du voyage dans l’océan At­lan­tique Nord que vous avez fait avec 5 Gyres (un or­ga­nisme qui com­bat la pol­lu­tion par le plas­tique dans les océans). Votre chanson

Frag­ments, qui conclut l’al­bum, se re­trouve dans le do­cu­men­taire The

Smog of the Sea, qui a été tour­né du­rant ce pé­riple...

Quand j’écris une chanson qui traite d’une pro­blé­ma­tique en­vi­ron­ne­men­tale, j’es­saie de faire en sorte que ça n’ait pas l’air d’un mes­sage des ser­vices pu­blics (...) Dans la chanson Frag­ments, je mise da­van­tage sur l’émo­tion. Je m’in­ter­roge sur la na­ture hu­maine. Je me de­mande pour­quoi nous conti­nuons de po­ser cer­tains gestes quand nous sa­vons qu’ils en­gendrent des pro­blèmes. C’était ça, l’idée de cette chanson. Du­rant ce voyage, nous avons re­trou­vé du plas­tique même dans les en­droits où l’eau était plus bleue que bleue… C’était dé­pri­mant, mais ç’a aus­si été une source de mo­ti­va­tion, pour moi. Je me dis que je dois conti­nuer, entre autres, à es­sayer de ré­duire l’uti­li­sa­tion de plas­tique du­rant mes concerts. J’ai réa­li­sé que ça en va­lait réel­le­ment la peine.

Sur le plan mu­si­cal, on sent un cer­tain re­tour à la source, à un son plu­tôt brut, sur ce disque.

Lors de la créa­tion, j’ai un ami qui est ve­nu en stu­dio avec moi. Il m’a ai­dé à en­re­gis­trer et à réa­li­ser le disque. Il m’a aus­si don­né quelques idées, lors­qu’on en­re­gis­trait. J’ai joué de la plu­part des ins­tru­ments moi-même. À la fin du pro­ces­sus, ce­pen­dant, mes mu­si­ciens sont ve­nus nous re­joindre et ont re­fait ce qu’ils pou­vaient faire mieux que moi. En général, c’est un al­bum as­sez simple. La mu­sique est vrai­ment là pour mettre en va­leur les pa­roles des chan­sons. Comme vous l’avez sou­li­gné, on sent son cô­té brut.

Vous êtes re­con­nu pour vos nom­breuses chan­sons d’amour. Sur ce disque, vous avez même ap­po­sé un nu­mé­ro sur la plus ré­cente : Love

Song #16 !

Je trouve ça drôle ! (...) Je n’ai vé­cu qu’une seule his­toire d’amour, ce qui est une bonne chose, dans un cer­tain sens, mais c’est aus­si ce qui fait en sorte que j’écris tou­jours à pro­pos de la même his­toire. À mes yeux, mal­gré tout, c’est une his­toire qui mé­rite d’être ra­con­tée. C’est im­por­tant de par­ler de po­li­tique, par exemple, mais c’est aus­si im­por­tant de vé­hi­cu­ler de l’amour plu­tôt que de la haine, dans le monde. J’écris sou­vent mes chan­sons d’amour pour faire rire ma femme, à la mai­son, mais ce sont aus­si des chan­sons qui peuvent ai­der cer­taines per­sonnes à se sen­tir bien par rap­port au monde dans le­quel on vit.

VANESSA GUIMOND Le Jour­nal de Mon­tréal vanessa.guimond @que­be­cor­me­dia.com

Jack John­son est de re­tour avec un sep­tième al­bum in­ti­tu­lé All the Light Above It Too.

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