LE PE­TIT CHÂTEAU D’UNE GRANDE SÉDUCTRICE

Le Journal de Montreal - Weekend - - VACANCES - GILLES PROULX

Cette mai­son au nom bi­zarre et pé­jo­ra­tif – qui veut tout bon­ne­ment dire « mau­vaise mai­son », en rai­son de son en­vi­ron­ne­ment ma­ré­ca­geux et de ses oc­cu­pants peu re­com­man­dables pen­dant le Moyen-âge – a fi­ni par tom­ber dans l’oeil d’une grande séductrice de­ve­nue cé­lèbre pour avoir été l’amour de la vie de Na­po­léon Bo­na­parte : Jo­sé­phine.

Si­tué à en­vi­ron trente mi­nutes de Pa­ris en mé­tro et en au­to­bus, c’est un lieu in­con­tour­nable pour tout na­po­léo­nien, mais aus­si pour les tou­ristes amou­reux de l’his­toire.

Ce pe­tit château, qui est da­van­tage un ma­noir qu’un pa­lais, est de­ve­nu non seule­ment un bâ­ti­ment pré­cieux pour le pas­sé, mais un lieu pai­sible à vi­si­ter. Le charme opère. Tout est in­tact. J’avais par­fois l’im­pres­sion que le fan­tôme de l’em­pe­reur al­lait sur­gir au dé­tour d’un cor­ri­dor… Bi­zarre qu’un tel homme, si am­bi­tieux, qui s’est cou­ron­né lui-même de­vant le pape, se soit conten­té d’une si pe­tite ré­si­dence. On pense à de Gaulle et à son humble de­meure de Co­lom­bey-les-DeuxÉ­glises, dont je vous par­lais plus tôt cet été. Il y a quelque chose d’humble chez ces hommes trop pré­oc­cu­pés de gran­deur his­to­rique pour se sou­cier d’im­pres­sion­ner par le faste. Cer­tains fe­ront re­mar­quer que les membres de la fa­mille Bo­na­parte se­ront pour leur part avides de ri­chesse et de luxe, pres­sés de se bâ­tir une for­tune grâce à leur puis­sant « fran­gin ».

Juste à cô­té, dans l’église de Rueil, re­pose Jo­sé­phine… à plu­sieurs ki­lo­mètres de son an­cien amou­reux cé­lèbre qui, lui, se trouve au dôme des In­va­lides – dont je vous ai dé­jà par­lé. Si la Mal­mai­son est da­van­tage as­so­ciée à Jo­sé­phine qu’à Na­po­léon, c’est que ce der­nier, après leur rup­ture, lui en a fait cadeau. La vi­site des lieux prend en­vi­ron une heure et, étant don­né la proxi­mi­té de Pa­ris, ça se fait fa­ci­le­ment.

La Mal­mai­son est un château très pe­tit pour un homme de l’en­ver­gure de Na­po­léon.

Des sa­tires (en­core une ré­fé­rence à la Rome im­pé­riale) flanquent la porte don­nant sur la cour.

Le lit de Jo­sé­phine tra­hit un goût très « ro­main » qui n’est pas étran­ger aux am­bi­tions im­pé­riales de Bo­na­parte.

C’est une ques­tion que beau­coup se posent. Pour­quoi cette femme, en ap­pa­rence as­sez quel­conque, a-t-elle pu faire tour­ner au­tant de têtes pres­ti­gieuses ? Elle avait un je ne sais quoi, comme on dit.

Dans ce mi­nus­cule ca­bi­net, Na­po­léon réunis­sait ses ma­ré­chaux, au be­soin.

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