Un al­bum pour la Bol­duc

En at­ten­dant la sor­tie en salles de La Bol­duc, le pu­blic est invité à re­dé­cou­vrir, sur disque, quelques-uns des plus grands clas­siques de la lé­gen­daire mu­si­cienne. Pour l’oc­ca­sion, Le Jour­nal s’est en­tre­te­nu avec Deb­bie Lynch-White, l’in­ter­prète qui a eu

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - VA­NES­SA GUIMOND Le Jour­nal de Mon­tréal

Sur le disque, on nous pré­sente des ver­sions as­sez fi­dèles de clas­siques de La Bol­duc comme Le jour de l’an et J’ai un bou­ton sur la langue, mais chan­tées par toi. Est-ce un al­bum de re­prises ?

Je ne le vois pas comme ça. Oui, c’est moi qui chante, mais ça reste une co­mé­dienne au ser­vice du per­son­nage et au ser­vice d’une oeuvre. Il y a quelques pe­tites adap­ta­tions dans les mé­lo­dies, dans la mu­sique, mais pas tant dans la voix (...) Quand on m’a dit qu’on sou­hai­tait faire un al­bum pour ac­com­pa­gner le film, j’étais su­per em­bal­lée. Je trou­vais que c’était vrai­ment une bonne idée. Si, à tra­vers moi, les gens peuvent re­dé­cou­vrir La Bol­duc, c’est vrai­ment tant mieux. C’est ce que j’es­père, en fait.

Pour­quoi crois-tu que la nou­velle gé­né­ra­tion de­vrait s’in­té­res­ser à l’oeuvre de La Bol­duc ?

Parce que c’est en­core d’ac­tua­li­té, La Bol­duc. Oui, c’est de la mu­sique tra­di­tion­nelle. Oui, c’est un genre que cer­tains jeunes connaissent peut-être un peu moins, mais ça reste que c’est nos ra­cines et qu’il y a des clas­siques qui tra­versent les gé­né­ra­tions, dans son ré­per­toire. Elle vé­hi­cule des va­leurs qui sont en­core très per­ti­nentes.

Les­quelles, par exemple ?

Sa chan­son Ça va ve­nir dé­cou­ra­gez-vous pas est un hymne au cou­rage. La Bol­duc, c’est de l’es­poir. C’est une femme forte qui croit que même si tu tombes, dans la vie, le plus im­por­tant, c’est que tu te re­lèves. Ce qui est quand même di­cho­to­mique, c’est qu’elle chante les va­leurs de l’époque qu’elle connaît, une époque du­rant la­quelle les femmes étaient prin­ci­pa­le­ment au foyer (…), mais en fai­sant tout le contraire. Elle par­tait en tour­née et elle avait une vie re­la­ti­ve­ment mo­derne, très avant-gar­diste. Par contre, elle chan­tait ce qu’elle connais­sait. Je trouve ça su­per in­té­res­sant.

Est-ce que le pro­jet t’a ap­pris des choses sur l’époque dans la­quelle nous vi­vons, pré­sen­te­ment ?

J’en par­lais avec des amis, jus­te­ment, il y a quelques jours. On a en­core l’im­pres­sion qu’il y a une énorme côte à gra­vir pour les droits des femmes ou l’éga­li­té des sexes – on est té­moin de choses qui se passent qui nous prouvent que la par­tie n’est pas ga­gnée –, mais en peu de temps, il faut re­con­naître qu’il y a eu beau­coup de che­min de fait. En 100 ans, c’est fou ce qui a été ac­com­pli, sur­tout au Qué­bec. Nous sommes une société très ou­verte si on se com­pare à d’autres en­droits. Il y a en­core des camps où l’on tue des ho­mo­sexuels, en Tchét­ché­nie (...) On est bien, ici, même s’il y a en­core du tra­vail à faire.

Pour­quoi La Bol­duc était-elle si po­pu­laire, d’après toi ?

Elle a don­né une voix au peuple. Je crois que c’est pour cette rai­son qu’elle a connu le ve­det­ta­riat de son vi­vant. Elle fai­sait du bien aux gens. Elle était très drôle, aus­si, dans ses chan­sons. J’ai lu que cer­taines per­sonnes la consi­dèrent même comme la pre­mière hu­mo­riste. Elle avait un sens du punch et du ti­ming, dans ses chan­sons. Elle fai­sait ou­blier leurs tra­cas aux chô­meurs et aux gens qui tra­vaillaient dur pour nour­rir leur fa­mille. Elle leur fai­sait du bien parce qu’elle était l’une des leurs, aus­si.

Tu vis avec les chan­sons de La Bol­duc de­puis que tu as au­di­tion­né pour le rôle, il y a plus de deux ans. Par­le­nous de ta re­la­tion avec ses chan­sons...

Elles sont là et elles m’em­pêchent de dor­mir, des fois (rires). Les tur­lutes, je les ai faites dans ma douche, en au­to, en cui­si­nant… Je ne peux même pas comp­ter les heures in­ves­ties dans la pra­tique, mais je peux dire que j’ai ai­mé ça ! Là, je n’avais pas tur­lu­té de­puis la fin du tour­nage, en avril. Pour le lan­ce­ment de l’al­bum, je me suis re­plon­gée là-de­dans et j’ai réa­li­sé que ça ne se perd pas. Ça t’ha­bite vrai­ment. L’al­bum La Bol­duc est of­fert en ma­ga­sin et en ligne. Le film du même nom, réa­li­sé par Fran­çois Bou­vier, pren­dra l’af­fiche au prin­temps.

Deb­bie Lynch-White garde de bons sou­ve­nirs de toutes les heures de pra­tique in­ves­ties dans l’ap­pren­tis­sage des dif­fé­rentes tur­lutes que l’on peut en­tendre sur les chan­sons de La Bol­duc.

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