UN (AN­TI) -HÉ­ROS NOM­MÉ LÉO

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - MARC-AN­DRÉ LEMIEUX Le Jour­nal de Mon­tréal marc-andre.lemieux @que­be­cor­me­dia.com

Fa­bien Clou­tier re­fuse de qua­li­fier Léo d’« an­ti­hé­ros ». Le pro­ta­go­niste des spec­tacles Scots­town et Cran­bourne, qui au­ra bien­tôt sa sé­rie épo­nyme sur Club illi­co, a beau af­fi­cher des li­mi­ta­tions in­tel­lec­tuelles évi­dentes et pré­sen­ter de nom­breux dé­fauts, le co­mé­dien, au­teur et conteur per­çoit « le chum à Cha­bot » comme un hé­ros en bonne et due forme. « La per­fec­tion, c’est plate. C’est sans his­toire », dé­clare Fa­bien Clou­tier au Jour­nal.

Éter­nel ado­les­cent au grand coeur sous une al­lure gros­sière et rus­tique, Léo a pro­vo­qué de fortes ré­ac­tions pen­dant plu­sieurs an­nées au théâtre. Ap­pro­chant main­te­nant la qua­ran­taine, ce vieux gar­çon de ré­gion et ven­deur de pot dé­cide de prendre sa vie en mains. Fi­nis, les sa­me­dis à jouer au Mo­no­po­ly tout seul en at­ten­dant le pro­chain par­ty. Le nou­veau Léo sou­haite me­ner une vie ran­gée et réa­li­ser son rêve ul­time : avoir une conjointe, une mai­son et une pis­cine hors terre.

« Quand j’ai com­men­cé à faire Léo, j’avais au­tour de 25 ans, ex­plique Fa­bien Clou­tier. Au­jourd’hui, j’en ai 40. J’ai vieilli. Léo aus­si. On n’est plus au même en­droit. »

LE MÊME

Fa­bien Clou­tier n’est ef­fec­ti­ve­ment plus au même en­droit qu’en 2005, alors qu’il pré­sen­tait Oùs­qu’y é Cha­bot ? lors d’une soi­rée de Contes ur­bains au Théâtre La Li­corne à Mon­tréal. Di­plô­mé du Con­ser­va­toire de mu­sique et d’art dra­ma­tique du Qué­bec en jeu de­puis 2001, il était en­core in­con­nu du grand pu­blic, mal­gré quatre an­nées à voir son étoile grim­per au théâtre.

Mais c’était bien avant Scots­town (2008), Cran­bourne (2011), un prix lit­té­raire du Gou­ver­neur gé­né­ral pour

Pour réus­sir un pou­let (2015) et une pa­no­plie de contrats au pe­tit écran, au­tant comme chro­ni­queur (Pa­pa­raGilles, Es­prit cri­tique) que comme ac­teur, no­tam­ment dans Boo­me­rang, Les beaux ma­laises, Les pays d’en haut,

Plan B et Faits di­vers, une sé­rie pour la­quelle il rem­por­tait, en sep­tembre der­nier, le prix Gé­meaux du Meilleur pre­mier rôle dra­ma­tique.

« Ma vie n’a pas chan­gé, sou­tient le touche-à-tout. Mes in­té­rêts sont les mêmes. Je n’aime tou­jours pas ma­ga­si­ner. Je n’irai pas pa­ra­der dans un centre d’achats pour me faire dire bra­vo par du monde. Je ne m’at­tends pas à re­ce­voir des pri­vi­lèges. Je ne sens pas qu’on me doit quelque chose parce que je suis ren­du connu. J’ai tou­jours été quel­qu’un de simple. C’est res­té. »

TOUR­NAGE AGRÉABLE

Pro­duite par En­core Té­lé­vi­sion (Fu­gueuse, Lâ­cher prise) et réa­li­sée par Jean-Fran­çois Cha­gnon (Like-Moi,

Les Ap­pen­dices), Léo at­ter­ri­ra sur Club illi­co le no­vembre. Les 12 épi­sodes qui com­posent la pre­mière sai­son ont été tour­nés au prin­temps, au cours des mois de mai et juin. Fa­bien Clou­tier parle d’un tour­nage in­tense, mais agréable.

« C’est très tou­chant de voir des gens mettre tous leurs ta­lents au ser­vice d’une oeuvre. Des gens qui veulent faire la meilleure sé­rie pos­sible. Les ac­ces­soi­ristes, les ma­chi­nistes, les éclai­ra­gistes, la di­rec­tion ar­tis­tique, les ca­mé­ra­mans... C’est le fun de voir du monde y croire au­tant. Ça m’a en­le­vé beau­coup de pres­sion. Je pou­vais juste me concen­trer à jouer. Je n’avais pas be­soin d’avoir un oeil par­tout parce que c’était plein de monde qui vou­lait bien faire. »

LAIS­SER-AL­LER

Léo a beau être son « bé­bé », Fa­bien Clou­tier n’a éprou­vé au­cune dif­fi­cul­té à « lais­ser al­ler » et ac­cep­ter que d’autres têtes créa­tives y mettent leur em­preinte. Par­mi elles, si­gna­lons Steve La­plante, Eri­ka Sou­cy et Claude La­londe, qui ont tous contri­bué aux textes.

« Je suis un gars qui sait com­ment pas­ser la puck. C’est pour ça que j’ai pu tra­vailler avec une équipe d’au­teurs. Je de­vais leur don­ner du lousse. Je de­vais ac­cep­ter qu’ils aient des idées dif­fé­rentes des miennes. Ce n’est pas parce qu’une idée n’est pas pas­sée par moi qu’elle n’est pas bonne. Au contraire. »

AVEC AF­FEC­TION

En en­tre­vue, Fa­bien Clou­tier dis­cute de Léo avec beau­coup d’af­fec­tion. Certes, ce der­nier sacre comme un char­re­tier et ex­prime une pen­sée « as­sez car­rée », mais il té­moigne de belles qua­li­tés, in­siste le dra­ma­turge.

« Il est hon­nête. Avec lui, tu sais tou­jours ce qu’il pense. C’est un gars qui ose se re­mettre en ques­tion. Son bon fond fait en sorte qu’il peut avan­cer. Et de­vant des dé­fis, ce n’est pas quel­qu’un qui s’obs­tine bien long­temps ; il les prend à bras le corps. »

« C’est aus­si un gars sen­sible, pour­suit Fa­bien Clou­tier. Il est sen­sible aux autres et sen­sible aux in­jus­tices, mais il n’en est pas vrai­ment conscient. Ça rend la chose en­core plus belle. »

PRES­SION

Bien qu’il do­mine la dis­tri­bu­tion d’une sé­rie té­lé pour la pre­mière fois, Fa­bien Clou­tier pa­raît plu­tôt zen à quelques se­maines du grand lan­ce­ment de Léo.

« J’es­père que les gens vont ai­mer ça. S’il y a une pres­sion, c’est une pres­sion de tou­cher le pu­blic. On veut sur­prendre ceux qui connaissent les pièces et in­tri­guer ceux qui n’ont rien vu. »

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