FIC­TION PÉ­TRO­LIÈRE AU RÉA­LISME IN­QUIÉ­TANT

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES - MA­RIE-FRANCE BORNAIS Le Jour­nal de Qué­bec

L’écri­vain fran­çais Fran­çois Roux ra­conte dans Fra­cking, son nou­veau ro­man, com­ment cer­taines ré­gions du nord-ouest des États-Unis sont ra­va­gées par l’in­dus­trie pé­tro­lière et mi­nées par les conflits. Il dé­montre, par le biais de la fic­tion, com­ment cer­taines per­sonnes luttent, tan­dis que d’autres baissent les bras et se laissent ache­ter par des géants.

Son ro­man, réa­liste et contem­po­rain, met en scène les Wil­son, des agri­cul­teurs du Da­ko­ta du Nord qui voient leurs terres être dé­fi­gu­rées par l’ex­ploi­ta­tion du gaz de schiste. Ils se battent contre les géants qui conta­minent leur eau et tuent leur bé­tail.

Il les op­pose à un autre clan : ceux qui se sont ré­si­gnés et qui ont ac­cep­té de se lais­ser em­poi­son­ner. Ou qui ont ac­cep­té de se lais­ser ache­ter.

En toile de fond, on en­tend ré­son­ner les voix des ma­ni­fes­tants de Stan­ding Rock, un énorme mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion qui a fait les man­chettes il y a quelques mois.

« J’ai ha­bi­té trois ans à New York et j’écris tou­jours sur des choses qui m’en­tourent, des choses qui me pré­oc­cupent », dit-il.

« J’avais en­vie d’écrire sur les États-Unis – je suis ar­ri­vé l’an­née pré­cé­dant l’élec­tion de Trump. Je me suis dit : mais qu’est-ce qui s’est pas­sé dans ce pays ? Je vou­lais té­moi­gner de ça, et mon édi­trice, de qui je suis très proche, m’a par­lé d’un do­cu­men­taire à pro­pos du

fra­cking. Elle m’a dit : c’est pour toi. » L’IN­DÉ­PEN­DANCE ÉNER­GÉ­TIQUE

Il s’est do­cu­men­té. « Je suis al­lé plu­sieurs fois là-bas. J’ai in­ter­viewé des gens et ça m’a fas­ci­né de voir ce qui s’était pas­sé en si peu de temps dans cette ville que j’ap­pelle Midd­le­town, mais qui est en fait Willis­ton, et le ra­vage que ça avait fait. J’ai ren­con­tré des agri­cul­teurs, des syn­di­ca­listes, un peu de gens du pé­trole qui sont as­sez dif­fi­ciles à ap­pro­cher parce qu’ils ne veulent pas qu’on parle de leur his­toire. »

Il a été fas­ci­né par l’as­pect presque mys­tique des pay­sages to­ta­le­ment dé­nu­dés qu’il voyait, par les nom­breuses torches des puits de pé­trole.

« Plus Trump al­lait, plus je com­pre­nais pour­quoi cette éner­gie était vrai­ment im­por­tante pour les États-Unis. C’était vrai­ment leur in­dé­pen­dance, la nique faite aux pays du Golfe en ma­tière de dé­pen­dance éner­gé­tique. Je voyais bien qu’il y avait un en­jeu qui dé­pas­sait même les en­jeux fi­nan­ciers. C’était tout d’un coup l’Amé­rique qui al­lait chan­ger géo­po­li­ti­que­ment les choses. »

RÉ­PU­BLI­CAINS MAL­GRÉ TOUT

Au Da­ko­ta du Nord, Fran­çois Roux a ren­con­tré les éle­veurs de bé­tail et un grand nombre d’agri­cul­teurs, de même que des re­pré­sen­tants des mou­ve­ments qui se battent pour que les normes en­vi­ron­ne­men­tales soient res­pec­tées. Ces per­sonnes lui ont per­mis de créer les per­son­nages de Ka­ren et Pe­ter. « J’ai in­ven­té des choses au­tour de leur si­tua­tion, mais leur si­tua­tion est bien réelle : ce sont des gens qui, tout d’un coup, parce qu’ils ne pos­sé­daient pas les droits de leur sous-sol, se sont fait en­va­hir par 25 puits de pé­trole. Leur bé­tail est mort, écra­sé par des ca­mions. »

La réa­li­té dé­passe par­fois la fic­tion, a-t-il re­mar­qué lors de ses voyages.

« C’est des gens qui ne sont pas du tout contre le sys­tème. Ils sont ar­chi-ré­pu­bli­cains, pour l’in­dus­trie pé­tro­lière. Ils souffrent de ça, mais con­trai­re­ment à Ka­ren et Pe­ter, eux, ils ne se battent pas en se di­sant que c’est la faute des com­pa­gnies pé­tro­lières. Mais j’ai ren­con­tré aus­si des mi­li­tants qui dé­fendent les droits ci­viques et des agri­cul­teurs qui se rendent compte que leur com­merce est en dan­ger. »

Fran­çois Roux est l’au­teur de livres très re­mar­qués, comme Bon­heur na­tio­nal brut et Tout ce dont on rê­vait.

FRA­CKING Fran­çois Roux Édi­tions Al­bin Mi­chel 230 pages

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