Pas d’amé­lio­ra­tion dans le ré­seau

Dix ans après un ju­ge­ment de la Cour su­prême qui de­vait amé­lio­rer l’ac­cès aux soins

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - Hé­loïse Ar­cham­bault HAr­cham­baultJDM

Dix ans après un ju­ge­ment de la Cour su­prême du Ca­na­da qui de­vait amé­lio­rer les soins de san­té au Qué­bec, grâce entre autres au développement du sys­tème privé, l’ac­cès dans le ré­seau est au «sta­tu quo», dé­plore l’Ins­ti­tut éco­no­mique de Mon­tréal.

«C’est très mal­heu­reux pour le pa­tient, mais c’est en­core le sta­tu quo, constate dans un rap­port ren­du pu­blic au­jourd’hui Yanick La­brie, éco­no­miste spé­cia­li­sé en san­té à l’Ins­ti­tut. Mais il n’y a ja­mais eu de vo­lon­té po­li­tique de ré­for­mer le sys­tème.»

MAR­CHÉ RES­TREINT

«On n’a pas ac­cou­ché de grand-chose», croit aus­si Paul Bru­net, pré­sident du Conseil de la pro­tec­tion des ma­lades.

Il y a bien­tôt 10 ans (9 juin 2005), la Cour su­prême du Ca­na­da sta­tuait dans l’ar­rêt Chaoul­li que lorsque les Qué­bé­cois n’ont pas ac­cès aux soins de san­té au pu­blic dans des dé­lais rai­son­nables, ils de­vraient avoir la pos­si­bi­li­té de sous­crire à une as­su­rance pri­vée.

C’est le Dr Jacques Chaoul­li qui avait en­dos­sé cette cause avec un de ses pa­tients, qui avait dû at­tendre plus d’un an pour un rem­pla­ce­ment de la hanche.

Après le ju­ge­ment, la loi qué­bé­coise a été mo­di­fiée pour per­mettre une as­su­rance pri­vée, mais seule­ment pour les chi­rur­gies du ge­nou, de la hanche et de la ca­ta­racte, dé­plore M. La­brie.

«C’était bien en théo­rie, mais le gou­ver­ne­ment a li­mi­té ça le plus pos­sible, ce qui fait que ça n’a me­né à rien. Au­cune as­su­rance pri­vée ne s’est dé­ve­lop­pée, le mar­ché est trop res­treint.»

En pa­ral­lèle, le mi­nis­tère de la San­té s’est don­né l’ob­jec­tif de réa­li­ser les chi­rur­gies du ge­nou, de la hanche et de la ca­ta­racte en moins de six mois.

Or, l’ob­jec­tif n’est pas tou­jours at­teint (voir ta­bleau). En ce qui concerne les chi­rur­gies de la hanche et du ge­nou, un pa­tient sur cinq n’est pas opé­ré dans le dé­lai pro­mis.

EN­CORE PIRE

«On a beau leur­rer la po­pu­la­tion avec une ga­ran­tie d’ac­cès, mais rien n’a chan­gé pour le pa­tient. Ç’a em­pi­ré même», sou­ligne M. La­brie.

Par­mi les autres chan­ge­ments lé­gis­la­tifs, les hô­pi­taux de­vaient avoir la pos­si­bi­li­té de si­gner des en­tentes avec des cli­niques de chi­rur­gie pri­vées.

Ac­tuel­le­ment au Qué­bec, seuls les hô­pi­taux Sa­cré-Coeur (Mon­tréal) et Ci­té-de-la-San­té (La­val) ont ce type de contrats.

«On a tout fait pour éli­mi­ner ces en­tentes-là et gar­der le mo­no­pole du pu­blic. C’est très po­li­ti­sé et contro­ver­sé, constate M. La­brie. Pour­tant, quand on fait des son­dages, les Qué­bé­cois sont ou­verts au privé.»

PAS CONTRE LE PRIVÉ

De son cô­té, Paul Bru­net n’est pas contre un sys­tème pa­ral­lèle.

«Il faut rendre la pres­ta­tion des soins plus ef­fi­cace. On n’est pas contre le sys­tème privé, mais pour au­tant que ce soit payé par l’État.»

Le Dr Chaoul­li n’est plus membre du Col­lège des mé­de­cins du Qué­bec.

Bien que le mi­nis­tère de la San­té per­mette un ac­cès à cer­taines chi­rur­gies en l’es­pace de six mois, ce dé­lai maxi­mal n’est pas tou­jours res­pec­té.

YANICK LA­BRIE Éco­no­miste

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