La nou­veLLe vie de Louis Leb­Lanc

Le Journal de Montreal - - SPORTS - Ma­thieu Bou­lay MBou­layJDM ma­thieu.bou­lay @que­be­cor­me­dia.com

L’an­cien joueur de la LNH est de re­tour sur les bancs d’école à Har­vard après une ab­sence de sept ans

CAMBRIDGE, Mas­sa­chu­setts | Quand un joueur de hockey choi­sit de ti­rer sa ré­vé­rence, c’est la dé­ci­sion la plus dé­chi­rante de sa vie.

Du jour au len­de­main, il quitte un sport pour le­quel il s’en­traîne, et il joue de­puis qu’il est haut comme trois pommes.

Pour plu­sieurs de ces jeunes re­trai­tés, cette an­nonce est une source d’in­quié­tude et d’an­xié­té. Sou­vent, ils ne savent pas ce qu’ils fe­ront de leurs jour­nées dans les pro­chaines an­nées, car ils n’ont pas pla­ni­fié leur après-car­rière.

Ce ne fut tou­te­fois pas le cas du Qué­bé­cois Louis Leb­lanc qui a dé­ci­dé d’ac­cro­cher ses pa­tins à l’âge de 25 ans seule­ment, l’été der­nier.

L’an­cienne sé­lec­tion de pre­mier tour du Ca­na­dien a choi­si de re­tour­ner à Har­vard pour fi­nir les études qu’il avait amor­cées en 2009. Le Jour­nal de Mon­tréal l’a ren­con­tré il y a quelques jours sur le cam­pus de la cé­lèbre uni­ver­si­té où il mène une vie tout ce qu’il y a de plus nor­male.

«C’est un ajus­te­ment de re­trou­ver les de­voirs et les exa­mens après sept ans loin des bancs d’école, a ad­mis Louis Leb­lanc d’en­trée de jeu. Il y a des mo­ments plus dif­fi­ciles que d’autres.

«C’est dif­fé­rent comme rythme de vie, mais je sais que j’ai fait le bon choix en revenant ici. Je sais que ça va me rap­por­ter des di­vi­dendes pour l’ave­nir.»

Il a sur­tout consta­té qu’il était l’un des plus vieux de ses groupes.

«Tout le monde est âgé de 18 à 22 ans. Ce n’est pas une grosse dif­fé­rence avec moi (25 ans), mais elle est là, a-t-il pré­ci­sé. Com­pa­ra­ti­ve­ment à eux, j’ai dé­jà vé­cu une par­tie de ma vie.

«L’école n’a pas chan­gé, mais moi, oui. La der­nière fois que j’ai mis les pieds ici, j’avais l’ob­jec­tif de jouer dans la LNH. Au­jourd’hui, je tente sim­ple­ment de m’ins­truire et de ren­con­trer des gens à l’ex­té­rieur du monde du hockey.»

Re­tour à la réa­li­té

La pre­mière jour­née d’école est sou­vent stres­sante pour les étu­diants de tous les ni­veaux.

Louis Leb­lanc n’y a pas échap­pé, mais il est par­ve­nu à sur­mon­ter le trac prin­ci­pa­le­ment en rai­son de sa ma­tu­ri­té.

«Ma pre­mière jour­née était spé­ciale, car je re­nouais avec l’école, a-t-il ex­pli­qué. Par contre, pen­dant deux ou trois se­maines, je me po­sais beau­coup de ques­tions sur ma pré­sence ici.

«Je réa­li­sais que ma car­rière spor­tive était fi­nie.»

Une pres­sion dif­fé­rente

Dès son plus jeune âge, Leb­lanc a gran­di avec la pres­sion d’at­teindre les plus hauts stan­dards à me­sure qu’il fran­chis­sait les dif­fé­rentes étapes dans son che­mi­ne­ment au hockey.

Celle-ci ve­nait des en­traî­neurs, des ama­teurs ou des re­cru­teurs.

«Je n’ai plus la pres­sion de per­for­mer sur la glace, a sou­li­gné l’an­cien ath­lète ori­gi­naire de Kirk­land. Elle a main­te­nant une forme dif­fé­rente, car elle pro­vient des études.

«Tu penses aus­si plus sou­vent à ton après-car­rière et à dif­fé­rentes fa­cettes de la vie. Tu as un nou­veau cha­peau.»

Il a en­suite en­chaî­né avec une phrase lourde de sens sur le che­mi­ne­ment psy­cho­lo­gique qu’il doit faire ac­tuel­le­ment.

«En de­dans, je suis en­core un joueur de hockey, mais je ne le suis plus à l’ex­té­rieur», a-t-il dé­cla­ré.

Par contre, on sent qu’il est bien dans sa peau. On a sur­tout l’im­pres­sion que la pres­sion liée au hockey sem­blait pe­ser lourd sur ses épaules.

«Ça fait du bien d’être loin des pro­jec­teurs. Je suis à Bos­ton et per­sonne sur la rue ne me re­con­naît comme un joueur de hockey.

«Aux États-Unis, la culture est un peu dif­fé­rente à ce cha­pitre. Je fais mes af­faires et je me fais de nou­veaux amis. Puis, ma famille vient me voir de temps en temps.»

D’ailleurs, il a eu l’ap­pui in­con­di­tion­nel de ses pa­rents quand il a an­non­cé qu’il re­tour­nait aux études.

De l’ar­gent bien in­ves­ti

Si Leb­lanc a pu re­ve­nir à Har­vard, il le doit en grande par­tie aux sommes qu’il a en­cais­sées pen­dant sa car­rière pro­fes­sion­nelle. Se­lon dif­fé­rents sites, il au­rait em­po­ché en­vi­ron 1,5 M$ au cours de sa car­rière.

C’est avec cet ar­gent qu’il peut payer ses frais d’études qui sont éva­lués à 60000$US par an­née. Sans ou­blier les coûts de son ap­par­te­ment qui est si­tué sur le cam­pus de Har­vard.

S’il com­plète ses cours en trois ans, on peut pen­ser que sa fac­ture pour­rait fa­ci­le­ment s’éle­ver à plus de 200000$US (plus de 260 000 $ ca­na­diens).

«Je n’ai pas fait de mil­lions du­rant ma car­rière, mais j’ai été in­tel­li­gent avec mon ar­gent, a sou­li­gné Leb­lanc. Je ne vois pas mes études comme une dé­pense, mais bien comme un in­ves­tis­se­ment.

«Tout le monde me parle d’un planB, mais je pense que c’est da­van­tage un planA. De re­ve­nir à Har­vard, c’est loin d’être désho­no­rant.»

Sa­voir quand par­tir

Quand un joueur ap­proche de la re­traite, il jongle sou­vent entre les émo­tions et la rai­son lors­qu’il est ques­tion de pour­suivre ou non son che­min dans le sport pro­fes­sion­nel.

Dans le cas de Leb­lanc, c’est la rai­son qui l’a em­por­té.

«Quand tu vois que ça ne marche pas, c’est dur d’ar­rê­ter. Cer­tains s’ac­crochent au rêve et c’est cor­rect.

«Par­fois, ils se re­trouvent à 35 ans avec les mains vides. Sans hockey, tu fais quoi? Il n’y a per­sonne qui va t’em­bau­cher sur le mar­ché du tra­vail parce que tu as joué dans la Ligue de la Suisse ou en Al­le­magne.»

Dans son cas, il a dé­ci­dé de don­ner une nou­velle di­rec­tion à sa vie alors qu’il se trou­vait à Mon­tréal l’été der­nier.

«J’avais des offres pour re­tour­ner en Eu­rope, a-t-il af­fir­mé. Je me suis donc en­traî­né pen­dant six se­maines en ne sa­chant pas si j’al­lais re­jouer ou pas.

«Un mo­ment don­né, je me suis dit: Non! J’en ai as­sez.»

Même s’il n’a que 25ans, il est ca­té­go­rique quant à la pos­si­bi­li­té d’un re­tour au jeu après ses études.

«C’est une re­traite. Si tu ar­rêtes un an ou deux, c’est dif­fi­cile de re­tour­ner dans le hockey. J’ai ré­flé­chi à cette pos­si­bi­li­té pen­dant toute la sai­son es­ti­vale.

«Je peux tou­te­fois dire que je vais tou­jours m’en­nuyer du hockey.»

Pour ne pas faire une cou­pure trop nette avec son sport fé­tiche, il donne un coup de main à l’équipe mas­cu­line de Har­vard sur une base quo­ti­dienne (voir autres textes).

Il met la ma­jo­ri­té de son temps sur ses études.

«Quand j’ai dé­ci­dé de ti­rer ma ré­vé­rence, c’était pour fi­nir mon bac­ca­lau­réat à un âge rai­son­nable. Se­lon mes pré­vi­sions, je de­vrais ter­mi­ner mon bac­ca­lau­réat à 27 ou 28 ans.

«Je se­rai dans une bonne po­si­tion pour tom­ber sur le mar­ché du tra­vail et me trou­ver un bou­lot à mon goût.»

Un ho­raire char­gé, mais dif­fé­rent

Leb­lanc est tout aus­si oc­cu­pé que lors de sa pre­mière pré­sence à Har­vard. Tou­te­fois, son ho­raire a su­bi une trans­for­ma­tion im­por­tante, car le hockey n’en fait plus par­tie.

«Mes jour­nées sont com­plè­te­ment dif­fé­rentes, a sou­li­gné l’an­cien at­ta­quant. Pour le mo­ment, je fais juste re­trou­ver le rythme en sui­vant des cours gé­né­raux.

«Lors de la pro­chaine ses­sion, je de­vrai dé­ci­der dans quel champ d’in­té­rêt je sou­haite faire mes études.»

Il ai­me­rait pos­si­ble­ment se di­ri­ger vers une spé­cia­li­sa­tion en éco­no­mie afin de pou­voir tra­vailler en fi­nances dans les pro­chaines an­nées.

Au­cun re­gret

Quand on l’in­ter­roge sur son par­cours de ho­ckeyeur, il in­dique qu’il ne fe­rait pas les choses dif­fé­rem­ment. Les re­grets, il les laisse aux autres.

«J’es­saie de ne pas trop pen­ser au pas­sé, a men­tion­né Louis Leb­lanc. Je pour­rai tou­jours dire que j’ai joué pour le Ca­na­dien.

«Certes, je n’ai pas eu une car­rière de 20 ans dans la LNH, mais j’ai été ca­pable d’y ac­cé­der alors que plu­sieurs autres n’en sont pas ca­pables.»

À l’époque, après une seule an­née dans la NCAA, on se sou­vient qu’il avait dé­ci­dé de pour­suivre sa car­rière dans la LHJMQ. Une dé­ci­sion qui avait fait cou­ler beau­coup d’encre.

«Si j’étais de­meu­ré à Har­vard, peut-être que je n’au­rais ja­mais joué dans la LNH, a-t-il ex­pli­qué. C’est dur de pré­dire ce qui se­rait ar­ri­vé. Chaque cas est dif­fé­rent.»

Par contre, si un jeune lui de­mande conseil, il au­ra une ré­ponse claire.

«S’il a le choix entre la NCAA et la LHJMQ, je vais le di­ri­ger vers les uni­ver­si­tés amé­ri­caines. Tu peux te rendre à la LNH par les deux routes.

«Par contre, je suis d’avis que tu es plus prêt pour une car­rière pro­fes­sion­nelle et pour la vie en gé­né­ral en pas­sant par le sys­tème amé­ri­cain. Ce n’est rien contre la LHJMQ, car j’y ai évo­lué pen­dant plu­sieurs an­nées.»

L’im­por­tant, c’est que chaque ath­lète puisse trou­ver sa voie, et ce, au mo­ment qui lui convient.

C’est ce que Louis Leb­lanc vient de réa­li­ser avec son re­tour à Har­vard. Il a main­te­nant la chance de mar­quer des points ailleurs que sur un ta­bleau in­di­ca­teur.

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